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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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25eme dimanche dans l'année : Mc 9,30-37Marc chapitre 9, versets 30 à 37 « 30 Etant partis de là, ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu'on le sût. 31 Car il instruisait ses disciples et il leur disait : "Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera." 32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l'interroger. 33 Ils vinrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : "De quoi discutiez-vous en chemin ?" 34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux, qui était le plus grand. 35 Alors, s'étant assis, il appela les Douze et leur dit : "Si quelqu'un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous." 36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et, l'ayant embrassé, il leur dit : 37 "Quiconque accueille un des petits enfants tels que lui à cause de mon nom, c'est moi qu'il accueille ; et quiconque m'accueille, ce n'est pas moi qu'il accueille, mais Celui qui m'a envoyé. » Les annonces de la passion qui jalonnent les évangiles situent la mort de Jésus au cur de sa vie. Il marche vers elle et c'est en chemin (vers Jérusalem) que Jésus ici, comme en d'autres passages, parle à ses disciples de cette mort qui vient vers lui. La réalité de la souffrance et de la mort à venir placent et orientent toute la vie de Jésus sous le signe de l'offrande et du don. Il fait ainsi de la négation de la vie le lieu le plus intense et plus accompli de la vie, la mort s'anéantit en lui car en lui, elle devient suprême don de la vie. Cette perspective pascale éclaire le sens de toute sa vie. Ainsi doit-il en être pour le disciple du Christ : à ce lieu de total dépouillement et de totale vulnérabilité qu'est la mort à venir, il faut chaque jour s'y préparer, non pas comme une ombre mortifère et implacable qui plane sur nos vies, mais comme le moment culminant du mystère de chaque vie et dont le secret veut se murmurer chaque jour à notre vie à la mesure même du don de sa vie. Une orientation aussi décisive règle et façonne toute notre vie à partir de ce Dieu imminent, Celui qui vient, le Vivant. L'expression "le troisième jour" nous renvoie précisément à l'agir de ce Dieu imminent, chiffre symbolique qui souligne l'intervention salvifique et eschatologique de Dieu dans l'histoire des hommes (Ex 19,16 ; Os 6,2 ; Jn 2,1). Ainsi s'inscrit déjà le définitif dans ce provisoire qui passe, l'éternité dans le flux du temps qui s'écoule. Ainsi se dévoile peu à peu le mystère sacré de la vie, une vie dont on ne peut disposer ni soumettre à ses propres fins sans danger de mort, une vie qui surabonde dans le don de la vie. C'est ce secret de vie si contraire à l'esprit du monde qui ne songe qu'à profiter (terme mercantile s'il en est !) de la vie, c'est ce secret de vie dont Jésus veut s'entretenir avec ses disciples qu'il instruit par conséquent loin de la foule. L'incompréhension des disciples n'est pas levée pour autant, seule la participation vivifiante au mystère pascal de Jésus peut en effet illuminer le croyant de ce secret de vie. Devant une affaire aussi grave et aussi décisive, Jésus cependant donne le temps qu'il faut à notre vie pour pénétrer peu à peu dans le Mystère. Entré dans la demeure, voilà qu'il s'assied maintenant et appelle les Douze autour de lui : le Maître veut donner ici un enseignement fondamental, vital. Parole et geste vont s'y employer. La sentence de Jésus est une invitation à renverser complètement la perspective habituelle de l'homme à l'égard de la vie. Il ne s'agit pas de s'en servir mais de la servir, de se l'approprier mais de la recevoir, de l'utiliser mais de l'offrir, de l'asservir à nos instincts de domination mais de la laisser abonder dans l'abandon. Une seule disposition est requise à cette fin : être comme Jésus qui se reçoit du Père et obéit à son dessein de vie, être le dernier, le plus petit, pour avancer vers Celui qui est "le premier" et pour grandir dans "le plus grand". C'est ainsi seulement que ce chemin de l'homme qui conduit tout droit à la mort ne sera pas la négation de son désir de vie mais bien son accomplissement. Désir et espérance de vie qui ne saurait mieux se représenter que par le visage de ce petit enfant que Jésus embrasse et place au milieu des Douze. Comme Jésus "livré aux mains des hommes", le petit enfant sans défense devant les puissances de mort de ce monde doit orienter notre regard et notre cur sur le chemin de vie. Loin de tout sentimentalisme et de toute idéalisation de l'enfance, le geste de Jésus indique que c'est précisément ce qui d'ordinaire ne compte pas aux yeux des hommes, ce sur quoi on ne prête pas attention, ce qui est sans importance aucune, c'est cela qui doit désormais se trouver au cur de la vie du croyant et au milieu de la communauté chrétienne, à l'opposé par conséquent des hiérarchies de valeur que fabrique ce monde. Cette attention de l'esprit et du cur à ce qui ne compte pas aux yeux des hommes ainsi qu'aux plus petits fait alors participer le croyant au mystère filial de Jésus et par là, à l'avènement de son Royaume (v.36). Qui se soustrait et qui est effacé à toute considération "mondaine", celui-là laisse transparaître le visage du Christ et Celui qui l'envoie. Qui se soustrait et qui est effacé à toute considération mondaine, celui-là sait voir et vivre de cela seul qui importe en vérité à notre vie, il sait voir le caché du mystère de la vie, il est disciple de Jésus en son chemin de vie. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |