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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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26eme dimanche dans l'année : Mc 9,38-48Marc chapitre 9, versets 38 à 48 « 38 Jean lui dit : "Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas." 39 Mais Jésus dit : "Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi. 40 Qui n'est pas contre nous est pour nous. 41 "Quiconque vous donnera à boire un verre d'eau pour ce motif que vous êtes au Christ, en vérité, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense. 42 "Mais si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il serait mieux pour lui de se voir passer autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être jeté à la mer. 43 Et si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la : mieux vaut pour toi entrer manchot dans la Vie que de t'en aller avec tes deux mains dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint pas. 44 45 Et si ton pied est pour toi une occasion de péché, coupe-le : mieux vaut pour toi entrer estropié dans la Vie que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. 46 47 Et si ton oeil est pour toi une occasion de péché, arrache-le : mieux vaut pour toi entrer borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne 48 où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point. » L'évangile que nous propose la liturgie ce dimanche navigue entre deux attitudes que nous avons pour habitude d'opposer et qui pourtant se précisent et s'éclairent mutuellement : tolérer et ne pas tolérer, magnanimité et exigence, largeur de vue et nécessaire rigueur. Pour une part Jésus élargit sans poser de limite le champs de ceux qui lui appartiennent et d'un autre côté cette appartenance au Christ est d'une exigence telle qu'elle ne saurait admettre aucun compromis, aucune compromission avec ce qui ne vient pas du Christ. Appartenir au Christ ! Agir "en son nom" ou "dans son nom". Personne ne peut juger de cette appartenance si ce n'est le Christ et l'Esprit qui veut unir au Christ tout homme venant en ce monde. C'est bien l'humanité comme telle qui est le lieu de cette rencontre. L'union au Christ se propose à tout homme par le fait même qu'il est homme. Cette appartenance au Christ nous établit précisément comme "frères en humanité" et fils du même Père. Elle ne saurait jamais devoir être, pour quelque humaine raison que ce soit, réservée aux uns et confisquée aux autres. Penser de la sorte ou adopter un tel comportement excluant pourrait être paradoxalement le seul indice par défaut de notre non appartenance au Christ. N'est pas du Christ quiconque prétendrait à la place du Christ, juger de ceux qui lui appartiennent ou non. Prétexter de notre appartenance au Christ pour exclure qui que ce soit de cette appartenance est le comble même de "l'hérésie". C'est ainsi que Jésus met en garde ses disciples contre quelque forme d'exclusivisme que ce soit. Celui qui viendrait à considérer quelqu'un comme étant en dehors de cette communion au Christ qu'il revendiquerait pour lui-même, celui-là s'exclut ipso facto de cette même communion. Le propre de la communion au Christ consiste au contraire à cesser une fois pour toutes d'établir des divisions pour être serviteur de communion dans le Christ. Il n'est pas indifférent que ce soit Jean, le disciple qui est uni au Christ comme aucun autre, qui nous engage par sa question sur cet enseignement de Jésus. Qui est uni au Christ participe déjà de la venue de son Règne et il en irradie nécessairement quelque chose autour de lui. Il "expulse les démons", signe par excellence de cette venue du Règne du Christ en notre humanité, il est établi dans le bien. Qui enracine sa vie dans les biens du Royaume demeure dans le bien. Le Christ invite ses disciples à cultiver le bon regard, le regard qui voit le bien, où qu'il soit et d'où qu'il vienne. Il nous invite par là à ne pas se lasser de nous surprendre devant les chemins toujours inédits, toujours étonnants par lesquels il conduit les hommes à Lui. Quand l'homme perçoit quelque peu à quel point Dieu s'affranchit de nos univers clos, il perçoit également combien son propre cur était à l'étroit et son esprit pouvait être "borné". Il se libère par là de son propre enfermement. Il se dispose ainsi lui-même à une rencontre toujours renouvelée avec le Christ qui opère en lui, par son Esprit, ces dépassements salvateurs et recréateurs. Cette union dynamique et universelle au Christ est cependant le contraire de ce que nous entendons habituellement par "tolérance" : une acceptation sans frais et sans risque de tout et n'importe quoi. N'est pas tolérable ce qui précisément blesse au cur la promesse de communion au Christ et donc de notre vocation en humanité. Bien des démissions, bien des compromissions, bien de morbides complicités avec le mal se cachent trop souvent sous le vêtement justificateur de la "tolérance". A l'opposé de ce nivellement paresseux et dangereux par le bas, vers les strates obscures et boueuses de notre humanité, le Christ engage le croyant à une grande clairvoyance et à une sévère mise en question sur son propre comportement face à lui-même et face à autrui. Il ne craint pas à ce propos de manier la parabole jusqu'à l'hyperbole ! L'enseignement est trop grave pour ne pas devoir le transmettre jusqu'à la caricature s'il le faut. Il s'agit de bien se faire comprendre. Si tu es de quelque manière occasion de chute, ne crains pas de faire mal à ce qui en toi fais le mal ; fais ce qu'il faut pour cela, et chaque jour s'il le faut, demeurer dans le bien et dans la gratuité du don de Dieu n'a pas de prix ! Celui qui est uni au Christ sait qu'il ne demeure dans cette union que par ce Christ qui s'unit à lui. Il mesure également le drame que représente le scandale, ce qui veut dire ici, faire le mal et conduire à faire le mal, paralyser la croissance en humanité dans le Christ. La responsabilité de qui agit ainsi est d'autant plus engagée qu'il se sert à cet effet de quelque pouvoir que ce soit dont il pourrait disposer, tout comme de l'innocence, de l'absence de défense de celui qui en serait la victime. De mémoire d'Évangile, il n'est pas de parole du Christ plus terrible que ce verset 42 sur le scandale des petits. Dont acte. Pour disparate qu'elle apparaisse au premier chef, cette page d'Évangile établie une règle de comportement, profondément exigeante et équilibrée à la fois, à l'opposé bien souvent de ce que l'air du temps ou notre tendance naturelle pourraient nous laisser penser en la matière. Règle de comportement qui n'a d'autre raison d'être ni d'autre fondement que notre union au Christ comme le désir d'union au Christ pour tous nos frères en humanité. Il n'y a vraiment aucun moralisme dans cet enseignement de haute moralité. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |