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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p.

Pensées à penser
Recueil de prédications

Pensées à penser - Recueil de méditations sur les Evangiles

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30eme dimanche dans l'année : Mc 10,46-52

Marc chapitre 10, versets 46 à 52

« 46 Ils arrivent à Jéricho. Et comme il sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule considérable, le fils de Timée (Bartimée), un mendiant aveugle, était assis au bord du chemin. 47 Quand il apprit que c'était Jésus le Nazarénien, il se mit à crier : "Fils de David, Jésus, aie pitié de moi !" 48 Et beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence, mais lui criait de plus belle : "Fils de David, aie pitié de moi !" 49 Jésus s'arrêta et dit : "Appelez-le." On appelle l'aveugle en lui disant : "Aie confiance ! lève-toi, il t'appelle." 50 Et lui, rejetant son manteau, bondit et vint à Jésus. 51 Alors Jésus lui adressa la parole : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" L'aveugle lui répondit : "Rabbouni, que je recouvre la vue !" 52 Jésus lui dit : "Va, ta foi t'a sauvé." Et aussitôt il recouvra la vue et il cheminait à sa suite »

La marche vers Jérusalem touche à son terme. Jésus va entrer dans sa Pâque, il marche devant ses disciples (10,32), il va résolument vers cet événement pour lequel il est venu en ce monde et qui est l'accomplissement de notre Salut. Cet événement qu'il va réaliser et accomplir pour nous, ce qu'il doit "faire" (v. 51), c'est cet événement qui nous fait également entrer dans le mystère de sa personne. Jésus répond à l'aveugle Bartimée, comme il vient de répondre aux deux fils de Zébédée : "que veux-tu que je fasse pour toi". Mais ici la demande est bien différente. Elle jaillit d'un élan de foi sans réserve, nous pourrions dire sans jeu de mots à propos de Bartimée, que sa demande de voir n'est pas une demande à voir, elle est tournée entièrement vers Jésus Sauveur, tendue vers Lui. Bartimée ne soumet pas cette adhésion à Jésus au résultat de la demande mais c'est dans sa demande comme telle qu'il adhère à Jésus. Demande qui procède surtout de la pauvreté radicale d'un mendiant aveugle, à l'inverse de quelque instinct ou désir de supériorité et de domination que ce soit comme c'était le cas pour les fils de Zébédée. Quel contraste entre ces deux demandes, consécutives dans notre Évangile ! Elle intervient alors que Jésus n'a jamais été aussi incompris sur la perspective pascale au seuil de laquelle il se trouve désormais. Les disciples et la foule qui l'entourent sont devenus aveugles à ne regarder Jésus que depuis leur vision dérisoire. Le mendiant aveugle voit Jésus à partir de Jésus, Jésus Sauveur, Jésus dans sa Pâque. Les disciples et la foule qui le pressent de tous côtés sont aussi éloignés de Jésus qu'est proche de Lui ce mendiant exclu et à l'écart. Immobile depuis longtemps au bord du chemin, il est prêt à suivre Jésus dans sa Pâque quand tous les bien-portants qui le suivent se sont déjà égarés bien loin au sujet de Jésus, dans les méandres de l'illusion de la toute-puissance et les multiples fantasmes de l'Ego.

"Jésus, Fils de David, aie pitié de moi !". Le cri de Bartimée, c'est le cri du pauvre, le cri de qui est en état de totale nécessité, le cri de qui veut être rejoint par Jésus en sa plus profonde nécessité, au plus vital et au plus décisif de sa vie. "Fils de David" : cri de Foi en celui qui donne foi et qui donne la Foi. "Aie pitié de moi" : cri du pauvre qui n'a d'autre appui que cette foi en Jésus et que donne Jésus. Ce cri de foi de Bartimée s'identifie et se confond avec sa propre vie, il n'a d'autre bien propre que cette foi qui jaillit du dépouillement de tout bien propre. Il n'a d'autre bien propre que Jésus. Bartimée s'élance vers Jésus en laissant là son manteau : le seul bien dont l'Écriture exigeait que l'on ne dépouillât pas le pauvre, (Ex. 22,25-26). Cet unique bien propre disparaît aussi afin que la foi nue en Jésus sauveur prenne désormais toute la place. La foi en Jésus sauveur suffit, elle est bien le seul et unique bien propre de Bartimée et c'est ce que Jésus reconnaît : "va, ta foi t'a sauvé". Arrivé aux portes de Jérusalem, alors qu'il va être triomphalement accueilli par la foule comme le Fils de David (épisode suivant), Jésus est confessé Fils de David, Messie, par un pauvre qui sait par sa vie ce que cela veut dire quand la foule l'ignore, puisqu'elle crucifiera demain celui qu'elle va acclamer aujourd'hui.

Une fois guéri, Bartimée se met à la suite Jésus. Ce récit de guérison devient un récit de vocation. Jésus nous invite toujours à le suivre à travers une expérience de compassion et de miséricorde. Expérience vécue dans sa propre chair, qui unit à Jésus sauveur et fait de l'homme guéri un témoin de la compassion et de la miséricorde, un témoin du Christ. Le chrétien n'est jamais autant dans sa vocation que lorsqu'il fait de sa vie, l'écho pour autrui de cette miséricorde dont il vit lui-même. La vocation chrétienne n'est pas l'affaire de gens bien portant, bien pensant, bien sous tous rapport. Elle est l'affaire des pauvres que nous sommes et qui trouvent leur joie dans la Pâque du Sauveur, à l'instar de Bartimée qui bondit aujourd'hui vers Jésus et se met à le suivre. Il ne nous est donné qu'une opportunité et une seule pour suivre Jésus, c'est de laisser aujourd'hui le Christ nous rejoindre en lieu et place de cette pauvreté. C'est là une opportunité à ne pas laisser passer car il n'y en a pas d'autre. C'est l'opportunité que n'a précisément pas laissé passer Bartimée, lui qui a crié vers Jésus alors qu'il passait sur le chemin de sa misère. Ce chemin de misère, c'est le chemin qu'a voulu emprunter Jésus dans sa montée à Jérusalem, pour que ce chemin devienne en Lui chemin de Gloire.


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