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Frère Jean-Marc GAYRAUD, o.p. Pensées à penser
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31eme dimanche dans l'année : Mc 12,28-34Marc chapitre 12, versets 28 à 34 « 28 Un scribe qui les avait entendus discuter, voyant qu'il leur avait bien répondu, s'avança et lui demanda : "Quel est le premier de tous les commandements ?" 29 Jésus répondit : "Le premier c'est : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur, 30 et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. 31 Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas de commandement plus grand que ceux-là." 32 Le scribe lui dit : "Fort bien, Maître, tu as eu raison de dire qu'Il est unique et qu'il n'y en a pas d'autre que Lui ; 33 l'aimer de tout son cur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices." 34 Jésus, voyant qu'il avait fait une remarque pleine de sens, lui dit : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu." Et nul n'osait plus l'interroger ». L'amour pour Dieu est le plus grand commandement. Un amour qui est de Dieu, qui est Dieu et qui façonne le cur de l'homme pour le rendre capable d'aimer Dieu de cet amour même dont Dieu aime. Car il n'y a qu'un amour dans lequel et par lequel tout amour véritable peut surgir en ce monde, c'est bien l'amour de Dieu qui rend l'homme capable d'amour. Les formes que prend cet amour unique dans la vie des hommes, peuvent varier à l'infini mais de près ou de loin, un amour unique s'exprime toujours dans tout amour que cette terre voit naître et s'épanouir. L'expérience de tout amour véritable, quel qu'il soit, conduit d'ailleurs à ce pressentiment que l'amour est unique et infini, qu'il peut embraser le monde, qu'il unit tout, qu'il fait être et qu'il est le fondement ultime, le sens et la vérité cachée depuis toujours au cur de toutes choses. Pressentiment que si l'amour venait à disparaître, plus rien ne saurait ni ne pourrait jamais plus exister. Le non-amour en ce qu'il a de destructeur et de pouvoir d'anéantissement en ce monde ne fait que confirmer douloureusement un tel pressentiment. L'attitude fondamentale à adopter pour éveiller et cultiver ce sourd et irrésistible pressentiment est de commencer par mettre son cur en état d'écoute, tout simplement ! Sortir de soi et s'éveiller à l'amour, un amour qui est toujours là et qui t'attend, voilà en vérité le seul chemin spirituel qui s'offrira toujours à une humanité qui resterait sans cela désespérément repliée sur elle-même, et s'enfermerait chaque fois davantage dans son propre néant. Écouter vide de soi et fait de l'espace à l'Autre, c'est épuisant ! Écouter fait être soi dans un autre, dans le Tout-Autre, c'est reposant ! Écouter fait exister dans la relation, dans l'amour, l'écoute anéantit le moi et fait naître à soi-même à travers l'avènement d'un autre, car "je est un autre" comme dit le poète ! "Je" est un autre puisque "je" est fait pour aimer et hors cet amour, "je" s'anéantit lui-même. C'est donc bien là un enjeu de vie ou de mort et c'est pourquoi l'amour est un commandement, une injonction absolue, une exigence impérieuse, le seul commandement en vérité, tous les autres commandements ne faisant que décliner en fonction de situations humaines multiples ce commandement unique. "Ecoute Israël...". L'Ecriture exprime ici en peu de mot la quintessence de la Foi d'Israël. Le langage de cette foi se résume en termes d'unicité et de totalité. L'amour est unique et c'est pour cela qu'il a affaire avec le tout. Puisqu'il est unique, il attend de nous la même exclusivité et puisqu'il a à voir avec le tout, il attend de nous la même inclusivité. Le "Shema Israël", c'est le langage de l'amour : Dieu mon Unique, tout est de toi et tout est pour toi. Tout en moi veut t'appartenir afin qu'en tout tu m'appartiennes. C'est là en quelque sorte ce que nous dit le "Shema Israël" avec l'affirmation de "l'Unique" auréolé de son quadruple "tout". Le Christ n'a qu'à reprendre le contenu de l'Ancienne Alliance exprimé dans le Deutéronome pour indiquer au scribe qui l'interroge le chemin du Royaume de Dieu. C'est ce qu'il fait également quand il reprend le précepte du Lévitique, sur l'amour pour le prochain, en le greffant cette fois directement sur l'amour de Dieu. Ce qui est radicalement nouveau cependant, c'est que cet amour unique de Dieu va désormais se traduire d'une manière non moins unique dans l'amour pour le prochain. A Jérusalem où nous nous trouvons désormais, Jésus est la réalisation en personne et jusque dans le don de sa propre vie de l'unité indivisible de l'amour de Dieu et du prochain. Une telle intensité et une telle radicalité dans l'amour inséparable de Dieu et du prochain étaient tout à fait inconcevables avant le Christ en son mystère pascal, avant Jésus sauveur, visage humain de Dieu et visage divin de l'homme. Dans le Christ, le visage de Dieu a les traits de nos frères et soeurs en humanité et tout disciple du Christ a pour vocation de laisser apparaître chez ses frères et soeurs en humanité ce visage de Dieu qui s'y trouve caché. Ceci ne se fait pas sans un renouvellement fondamental de notre propre regard sur Dieu comme sur le prochain. Ce renouvellement est permanent, il se produit chaque fois que notre regard sur Dieu et notre regard sur l'homme sont mutuellement transformés, c'est-à-dire chaque fois que les chemins du cur de Dieu et du cur de l'homme viennent à se croiser dans notre propre cur. A la croisée de ces chemins, je deviens moi-même qui je suis et qui je suis appelé à être, je deviens capable d'aimer. L'acte religieux par excellence ne consiste plus désormais à offrir holocaustes et sacrifices mais à pratiquer la miséricorde c'est-à-dire, à laisser Dieu être Dieu au cur de nos relations humaines, à se comporter à l'égard d'autrui comme Dieu se comporte à l'égard de nous-mêmes. Le prochain est bien le sacrement de la rencontre de Dieu. Dans l'unité de l'amour de Dieu et du prochain se laisse découvrir à la fois le vrai visage de Dieu, le vrai visage de ce prochain que je ne suis pas et le vrai visage du prochain que je suis vis à vis d'autrui. version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2004 - tous droits réservés biblio.domuni.org |