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Frère Jean-Michel MALDAMÉ La Bible à l'épreuve de la science,
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FORMAT D'IMPRESSION
1. L'apport de l'archéologie à l'étude biblique1. La terre d'IsraëlLa première difficulté consiste à nommer le terrain et à le définir. Elle est d'une certaine manière insurmontable. Dans la littérature scientifique, bien des auteurs disent encore «la Palestine» ; en effet, les premiers travaux scientifiques ont été mené au temps où la région constituait une entité politique et administrative, colonie turque puis anglaise, appelée «Palestine». Mais le mot "Palestine" et l'adjectif "palestinien-palestinienne" n'ont plus le même sens aujourd'hui. D'autres disent tout simplement «Israël», ce qui correspond mieux à la situation actuelle, en reconnaissant l'existence de l'État d'Israël. Mais les limites de cet État ne sont pas acceptées par tous dans une perspective de paix et de stabilité. Pour parler de l'ancien temps, il convient de dire Canaan ou Retenu ou encore Amurru. Si on se place dans une perspective prophétique ou patriarcale, on peut dire "terre promise". Dans la perspective des rédacteurs de la Bible, on peur dire "la terre d'Israël" ou "Eretz Israël", mais aujourd'hui l'expression est surchargée de passions politiques et nationales avec des sentiments divers qui vont de l'enthousiasme à la haine. Les agences de voyage parlent prudemment de «Terre sainte» pour organiser des pèlerinages pour les croyants. Il faudrait donc être toujours très précis et changer de nom selon le contexte. D'une manière générale, il me semble - sans injustice majeure et dans le respect de tous - qu'il convient de dire «Le Pays de la Bible», puisque le pays existe pour tous à raison de la mémoire transmise par la Bible ; cette expression porte l'attention sur l'histoire, en sachant que le partage de ce territoire entre nations n'a cessé de changer. Cette manière respecte aussi l'importance accordée à l'histoire par la théologie biblique3. 2. Un nouveau regard1. De tous temps des pèlerins sont venus au pays de la Bible, considéré par eux comme "terre sainte". Ils n'y allaient pas en touristes ; ils cherchaient un horizon aux sources de leur foi. Tant à l'époque byzantine que médiévale, les chrétiens, venus dans ce pays, y ont vécu un travail de mémoire en retrouvant les lieux de la vie de Jésus et de ses ancêtres. Ces lieux étaient un écrin pour des sanctuaires, et les sites un espace pour la parole retrouvant son enracinement premier. Il en va de même pour les juifs pieux, dont on connaît la formule dite lors de la célébration de la Pâque : "l'an prochain à Jérusalem". Cette démarche de pèlerin a été une démarche de résistance à l'oubli face à la destruction de ceux qui voulaient détruire les racines d'une foi qui les dérangeait. Au premier siècle, Jérusalem a été détruite par Titus et ses armées romaines. Les Byzantins ont reconstruit ensuite des centres de pèlerinage qui ont été systématiquement détruits par les Perses. Puis vinrent les musulmans, qui sont revenus ensuite après avoir détruit le royaume latin. À cause de ces bouleversements, la mémoire a été brouillée et les traces du passé ont été effacées par les conquérants venus occuper la terre et voulant effacer sa valeur symbolique. 2. À l'époque moderne, l'affaiblissement de l'Empire ottoman a permis aux Occidentaux de venir nombreux. Des croyants érudits ont voulu retrouver, par delà l'arabisation et les destructions, les éléments originaux ; ils ont été attentifs à la toponymie et à la topographie ; ils ont mis en oeuvre les exigences de la raison scientifique, tenant à distance les traditions populaires qui se contredisaient, en attribuant plusieurs têtes à Jean-Baptiste, ou en trouvant plusieurs lieux qui seraient Emmaüs... Cette attitude était liée à un souci de rigueur et de vérification pour enraciner les faits dans l'histoire. Les pèlerins cherchaient à connaître comment vivaient les anciens pères et ils ont imaginé les patriarches comme les bédouins qu'ils croisaient dans le désert. Aujourd'hui encore le pèlerin a le souci de faire correspondre le texte biblique avec ses observations. 3. Une autre attitude s'est faite jour : celle qui, par méthodologie et par souci de rigueur scientifique, tenait à distance toute confession de foi. C'est ainsi que s'est développée une étude scientifique hors de toute conviction religieuse - que l'on appelle "objective". Liberté est donc prise par rapport à un enseignement confessionnel ou dogmatique, mais aussi par rapport au texte biblique. Pour la méthode scientifique, le texte biblique, lu en lien avec les observations, n'est pas un absolu. Cette attitude d'esprit met en oeuvre les principes qui fondent l'autonomie de la science par rapport à la révélation : l'observation méthodique et la démonstration scientifique l'emportent sur l'autorité d'un texte sacré. L'affaire Galilée porte sur ce point, et la position scientifique a été dite par Pascal4C'est ainsi que, sans les contredire, nous pouvons assurer le contraire de ce qu'ils disaient et, quelque force enfin qu'ait cette Antiquité, la vérité doit toujours avoir l'avantage, quoique nouvellement découverte, puisqu'elle est toujours plus ancienne que toutes les opinions qu'on en a eues, et que ce serait en ignorer la nature de s'imaginer qu'elle ait commencé d'être au temps qu'elle a commencé d'être connue.» (Préface au traité sur le vide, La Pléiade, Paris, Gallimard,2000, t. I., p. 458).. C'est dans cet esprit que se situe l'ouvrage de Finkelstein et Silberman qui retient notre attention. Pour bien le comprendre, il faut le situer dans une perspective plus ample. 3. Les découvertesLes travaux archéologiques ont été très important depuis le XIXe siècle. Ils ont donné un matériau qui a bouleversé complètement la connaissance traditionnelle et tout le champ des études bibliques en les replaçant dans un ensemble culturel insoupçonné par les Anciens. 1. Une découverte bien connue est celle de pierre de Rosette. Cette stèle gravée avec trois langues a permis à Champollion de trouver la clé qui ouvrait la lecture des textes égyptiens. Ceux-ci ont été l'objet du travail des spécialistes universitaires et des chercheurs érudits qui allaient sur le terrain découvrir les textes et rendre à la mémoire humaine sa richesse disparue.. Une autre série de découverte, non moins importante, a eu lieu en Mésopotamie ; le premier acte est la fouille de Korsabad (capitale du roi assyrien Sargon III), puis par A.H. Layard de Calah, Ninive, Assur. On a découvert l'écriture que l'on appelle cunéiforme - écriture syllabique qui a servi à écrire plusieurs langues : le vieux perse (langue indo-européenne), le sumérien, l'akkadien (langue sémitique) et le hittite (langue indo-européenne), l'ougaritique (sémitique de Canaan septentrional), l'élamite cunéiforme (non rattaché à une famille linguistique). Et encore l'écriture alphabétique : phénicien, moabite, araméen5... Les signes sont gravés sur des tablettes séchées et, par elles, on a eu accès à la connaissance de la culture et de l'histoire du grand bassin mésopotamien. Ainsi la Bible est apparue sous un autre regard. Ainsi, dans la préface de son livre Babel und Bibel, Friedrich Delitzsche écrit en 1903 : "Les pyramides ont ouvert leurs profondeurs et les palais assyriens leurs portails" ! Les fouilles ont donné accès à des textes essentiels tout au long de l'époque moderne citons comme événements fondateurs : la découverte de la bibliothèque d'Assurbanipal (lue en 1872 par George Smith), les archives de Mari (cours supérieur de l'Euphrate), les tablettes cunéiforme de Tell el Amarna qui donnent une information sur la situation de Canaan alors vassale de l'Égypte, Ras-Shamra-Ugarit et Ebla en Syrie. Il y a eu aussi des découvertes de documents écrits en Israël : Lakish, Arad, Samarie, Kuntilet-`Ajoud, Siloé, de l'époque royale. Il y a aussi les découvertes de Khirbet Qumrân qui sont bien connues. 2. Mais il n'y a pas que les textes écrits ; il y a le travail archéologique qui traite des restes enfouis : les monuments, le plan des villes, les matériaux de construction... À partir d'eux, on peut reconstituer la vie. Il y a aussi les restes des objets d'usage humain : outils, poteries, monnaies... Tous ces éléments permettent de reconstituer une histoire de plus en plus précise de la vie au Proche Orient pendant les siècles passés. En la matière, les résultats dépendent des techniques utilisées. Les premiers fouilleurs ont commis ce qui apparaît aujourd'hui comme des maladresses ; les méthodes actuelles de datation permettent d'avoir plus de finesse et de précision. les résultats anciens sont revisités et les travaux anciens sont repris, corrigés et complétés. C'est dans ce sens que le livre de Finkelstein et Silbermann apportent du neuf. Les méthodes de fouille sont soucieuses de relever tous les indices qui permettent de reconstituer la vie quotidienne d'une population et en particulier de reconstituer la vie économique. 3. Depuis deux siècles l'essor du travail archéologique n'a cessé de progresser6. Il est apparu dès le début que les résultats contredisaient la lecture reçue habituellement des Écritures et qu'il fallait donc repenser toute l'histoire biblique. Finkelstein et Silberman notent : «Avant que ne prit fin le XXe siècle, l'archéologie avait amplement démontré que les concordances entre, d'un côté, les découvertes réalisées en terre d'Israël et dans l'ensemble du Proche-Orient, et, de l'autre, le monde décrit par la Bible, étaient bien trop nombreuses pour laisser croire que cette oeuvre n'était qu'une fable littéraire et religieuse de composition tardive, écrite sans le moindre fondement historique. Mais par ailleurs, les contradictions évidentes entre les découvertes archéologiques et la version biblique des événements demeuraient elles-aussi, bien trop abondantes pour affirmer que la Bible nous offre une description fidèle de la manière dont ces mêmes événements se sont déroulés»7. La chronologie qui fait partir Abraham de Ur en Chaldée, puis errer en terre promise, puis la généalogie qui situe les tribus d'Israël dans leurs itinérances et leurs installations sur cette terre ne correspond plus bien avec ce que l'archéologie trouve. Ces résultats ont suscité une crise dans la pensée théologique - d'abord en Allemagne, puis en France et dans tout le monde religieux - tant juif que chrétien. Dans le monde catholique, ce fut la crise moderniste qui a été par ailleurs une triste période de répression dans l'Eglise. Le génie et le courage de l'étude scientifique de la Bible a pour figure exemplaire le Père Lagrange, fondateur de l'École biblique qui est selon son titre toujours actuel une "École biblique et archéologique française". Il a fallu du temps pour que puisse être largement diffusée une nouvelle manière de proposer une chronologie renouvelée et une vision de l'histoire biblique. Cette réception est douloureuse et contrastée. Mais au cours du XXe siècle, le monde chrétien cultivé s'est peu à peu habitué à une présentation qui tienne compte des exigences de la méthode scientifique et de ses résultats. Les histoires bibliques et les atlas bibliques de la deuxième moitié du XXe siècle tiennent compte de ces résultats. Ils ont permis aux chrétiens soucieux de réfléchir, de lire la Bible en surmontant la difficulté venue d'une lecture immédiate de la Bible8. Mais hélas la diffusion des résultats n'a pas été universelle et bien des milieux piétistes sont surpris par les remises en cause de leur lecture littérale. 4. Dans ces grands travaux de synthèse, deux éléments de méthode sont apparus. En premier lieu, le texte biblique, comme tout texte, n'est pas un texte absolu. Il est l'expression d'une vérité, mais cette expression a les limites de toute expression humaine. Or toute écriture t n'est pas uniforme, ni univoque. Il y diversité de styles et de manières de s'exprimer. Chaque style donne des possibilités spécifiques ; s'il permet certains choses, il en empêche d'autres. Pour cette raison, les théologiens ont forgé l'expression "genre littéraire" pour dire qu'il faut distinguer entre des formes d'expression : autre un texte poétique et un texte juridique, autre un texte épique et une lamentation, autre une prière de louange et un texte de méditation, autre une mise en demeure prophétique et une maxime de sagesse.... Le Père Lagrange concluait ses conférences à Toulouse en 1903 en disant : «Tout ce qui dans la Bible offre l'apparence de l'histoire n'est pas nécessairement une histoire ; il faudra en juger à chaque fois d'après le genre littéraire des récits bibliques»9. En deuxième lieu, l'archéologie a permis de vérifier un certain nombre de faits et de mieux les situer dans un ensemble. Un des grands auteurs savant reconnu en ce domaine, W. F. Albright, écrivait : «Il est indiscutable que l'archéologie a confirmé l'historicité substantielle de la tradition de l'Ancien Testament»10 ; dans une toute autre perspective, Finkelstein et Silberman notent : «L'évolution récente de l'archéologie nous permet enfin de combler le fossé qui séparait jadis l'étude des textes bibliques et celle des découvertes archéologiques»11. Mais le propos a une autre portée, comme nous le verrons plus loin. En troisième lieu, la théologie a changé ; elle doit tenir compte du fait que l'intelligence d'un texte ne peut être découverte si l'on ne tient pas compte du contexte. W. Harrington exprime le sentiment commun en écrivant : «La Bible ne peut être isolée de son contexte historique : elle ne peut être comprise qu'à la lumière de l'histoire»12. Ceci ne peut pas ne pas continuer de bouleverser une lecture fondamentaliste qui tient le texte pour un absolu, parce que dicté par Dieu. C'est dans ce contexte d'une réception des résultats de la science archéologique, que le livre de Finkelstein et Silberman apporte du nouveau dont il importe de relever les principaux points. 2. Des éléments nouveauxLe livre de Finkelstein et Silberman présente un panorama complet de l'histoire biblique. Il commence donc par les patriarches, puis considère l'Exode. Il s'attache longuement à l'histoire de la conquête du territoire considéré comme "terre promise" et surtout examine ce qui a trait au royaume de David et Salomon et de leurs successeurs. La dimension politique de l'étude est accentué par le contexte actuel des travaux archéologiques en Israël. L'Etat d'Israël a considérablement développé les fouilles, faisant en sorte qu'il ait le monopole des fouilles sur son territoire. Le propos était nationaliste comme pour dire : "nous sommes ici chez nous et les fouilles prouvent que nous sommes ici légitimement ; nous revenons de la diaspora sur notre terre». C'est dans ce contexte que le livre est subversif. Nous en resterons au plan théologique. La thèse de Finkelstein et Silberman est que les textes "historiques" de la Bible hébraïque ont été écrits pour l'essentiel au temps du roi Josias (VIIe siècle) et la mise en forme définitive est liée au travail d'Esdras (IVe siècle) : «Nous démontrerons que, pour l'essentiel, le Pentateuque fut une création de la monarchie tardive, destinée à propager l'idéologie et les besoins du Royaume de Juda, et qu'il est, de ce fait, étroitement lié à l'histoire deutéronimiste. Nous soutiendrons les savants qui affirment que l'histoire deutéronomiste fut compilée, en grande partie, sous le règne de Josias, afin de servir de fondement idéologique à des ambitions politiques et à des références religieuses particulières»13. Le terme historique demande à être précisé. Les auteurs anciens n'avaient pas le même sens de l'objectivité scientifique qu'aujourd'hui. Ils rapportent des événements, mais au sein d'une apologétique pour illustrer une conviction. La notion d'histoire doit donc être entendue avec nuance, autre les récits qui rapportent la geste des patriarches, autre les livres des Rois... L'étude littéraire des textes a montré que la mise en forme des récits seraient le fait de l'unification faite par Josias, puis du retour d'Exil. L'archéologie sur laquelle s'appuient Finkelstein et Silbermann radicalise cette analyse. 1. Les patriarchesSur la question des patriarches, l'ouvrage de Finkelstein et Silberman s'inscrit dans une perspective classique. En effet, les études bibliques reconnaissent sans peine (depuis plus d'un siècle) que les textes de la Genèse ne nous donnent pas une histoire fidèle des événements qui ont eu lieu aux origines. On reconnaissait depuis longtemps que textes écrits à Jérusalem plusieurs siècles après les événements, s'ils s'appuyaient sur des traditions orales, ne pouvaient rendre compte minutieusement des faits. À ce propos, on notait également que l'essentiel du texte était une légitimation du présent ; c'était aussi un idéal eschatologique projeté rétrospectivement sur les origines ; selon ces critères, on avait choisi parmi les traditions. Les auteurs ne se contentaient pas de mener un travail purement littéraire, attentif aux textes, à leurs contradictions, à leurs divergences et à l'aspect symphonique de l'ensemble ; ils cherchaient un enracinement historique. Dans des perspectives fort différentes, des érudits comme Allbright et de Vaux ont inscrit les patriarches dans les mouvements de nomades et des bédouins ; Benjamin Mazar les situe plus tard au temps de David... Finkelstein et Silberman sont plus radicaux : ils situent l'écriture des traditions au septième siècle14. 2. L'ExodeIl en allait de même de l'histoire de l'Exode. Depuis longtemps, les biblistes ont cessé de prendre les récits épiques à la lettre, reconnaissant que s'il y avait eu une fuite hors du pays d'Égypte ce ne pouvait être celle d'une masse humaine, mais d'un petit groupe apportant avec lui un esprit nouveau qui avait servi aux prophètes - comme Amos, Jérémie - de fondement pour leur défense d'un monothéisme strict. La migration d'une minorité d'hébreux dans la zone d'influence égyptienne ne fait aucune difficulté du point de vue historique15. Finkelstein et Silberman écartent cette solution et situent la mise en place des récits dans le contexte du septième siècle, au moment où il y a un double reflux des puissances assyriennes et égyptiennes. Le roi Josias veut conquérir les terres prises par les Assyriens et se trouve en opposition avec les Égyptiens qui veulent eux aussi profiter de la faiblesse assyrienne16. C'est pour légitimer son entreprise de reconquête qu'il fait appel à la figure de l'Exode : «L'histoire de l'Exode devait tirer son pouvoir non seulement de traditions plus anciennes adaptées aux détails géographiques et démographiques contemporains, mais encore plus directement des réalités politiques contemporaines»17. Pour ce qui concerne la traversée et le séjour au désert, l'étude plus précise montre cependant que les fouilles des lieux cités dans les récits canoniques ne correspondent pas aux dates de la Bible18. De même les adversaires du peuple hébreu (Araméens et Moab) n'existent pas comme tels au XIVe ou XIIIe siècle. Il faut donc une autre chronologie ! 3. La conquêteLe livre de Finkelstein et Silberman apporte des éléments encore plus radicaux dans le propos sur la conquête de la "terre promise". Il prolonge les travaux anciens qui ont montré que le récit épique de Josué est une construction ultérieure et ne rapporte pas les événements tels qu'ils se sont passé. Depuis longtemps, à cause des contradictions du récit, on a admis qu'il n'y a pas eu de conquête par une armée venue d'Égypte à travers le désert ; il a eu une diffusion progressive de la foi monothéiste dans une population sédentaire. S'il y a eu installation de populations nouvelles, elles se sont faites progressivement sur des terres à l'abandon et dans des villes en déclin. Finkelstein et Silberman radicalisent cette thèse en la situant dans le contexte de l'essor du royaume de Juda au temps de Josias. C'est pour légitimer sa reconquête de l'Israël du nord que Josias diffuse une idéologie de guerre sainte : «Les territoires du Nord décrits dans le livre de Josué correspondent au Royaume d'Israël vaincu, transformé par la suite en provinces assyriennes, considéré par les judéens comme un héritagee que Dieu avait accordé au peuple d'Israël et qui était destiné à être reconquis par une nouveau Josué»19. «C'est le visage du roi Josias qui se cache derrière le masque de Josué lorsque ce dernier proclame que le peuple d'Israël doit rester totalement séparé du peuple natif de la région. Le livre de Josué illustre brillamment les soucis les plus profonds et les plus pressants du VIIe siècle avant Jésus-Christ»20 La conséquence est subversive : on ne peut pas isoler une population qui serait étroitement liée à la foi monothéiste. Les hébreux rattachés au douze fils de Jacob-Israël étaient la même population que les autres peuples habitant le territoire appelé Canaan. Sur ce point cette thèse devrait être nuancée, car la notion de population est peu précise ; il ne faut pas confondre communauté linguistique et ethnie. 4. Le royaume de David et SalomonLa thèse la plus neuve de l'ouvrage étudié concerne la royauté de David et Salomon. L'archéologie justifiait l'ampleur du règne de Salomon par les fouilles faites dans tout Israël. Les découvertes étaient reçues comme une confirmation de la grandeur du règne de Salomon21. Or les travaux récents, grâce au perfectionnement des outils et des techniques archéologiques, ont modifié la datation reçue jusqu'alors. Les restes les plus glorieux qui se trouvent dans l'ancienne Samarie ne remontent pas à Salomon. Ils sont postérieurs à la séparation entre les dix tribus du nord, qui ont formé le royaume d'Israël et les deux tribus du sud, Juda et Benjamin qui avait pour capitale, Jérusalem, la ville de David. Les restes qui attestent une grande puissance témoignent de la puissance du royaume d'Israël et tout particulièrement du règne de Omri et de ses fils après lui. Il résulte de l'archéologie que la grandeur de Salomon doit être attribuée à un autre venu après lui. Or ces règnes sont critiqués par les livres bibliques qui soulignent l'impiété, la corruption et la perversion de l'héritage monothéiste par la dynastie d'Omri et ses fils. Le règne de Salomon n'a pas réalisé ce que l'archéologie montre comme l'oeuvre des rois d'Israël (avec pour capitale Samarie), alors séparé de Juda. Les auteurs des livres écrits à Jérusalem ont intenté un procès religieux aux rois d'Israël et pour cela ont passé sous silence la grandeur de ce règne et méconnu la valeur sociale, économique et politique de ce règne. Pour Finlelstein et Silberman, l'étude du royaume de Juda montre qu'au Xe siècle, ce royaume ne pouvait avoir l'importance que lui accordent les textes. «L'exploration du terrain de la Jérusalem biblique n'a apporté aucune preuve significative d'occupation au Xe siècle [....] La conclusion la plus optimiste que l'on puisse tirer de cette absence d'indices est que la superficie de la Jérusalem du Xe siècle était plutôt réduite, qu'elle devait se limiter aux dimensions habituelles d'un village de montagne typique. Cette modeste évaluation correspond bien à l'habitat très maigre du reste de Juda au cours de la même période. Ce dernier se résumait à une vingtaine de villages, abritant quelques milliers d'habitants, dont une bonne partie était des pasteurs transhumants»22. C'est le point le plus neuf ! Il semble à certains trop simplificateur, puisque l'on a trouvé une mention de la "Maison de David" à Dan, mais il n'en reste pas moins qu'il est nécessaire de remettre en cause la prétention de Jérusalem à avoir été la capitale d'un royaume puissant, harmonieux, paisible et juste, modèle et archétype de toute royauté. La reconnaissance de l'importance historique, du point de vue social, militaire et économique, va à l'encontre des textes. L'archéologie montre que le propos des écrivains est partisan ; il est motivé par le fait de grandir Jérusalem, au moment où cette ville a connu une grande expansion et, à cause de la disparition du royaume du nord, où elle peut prétendre à être le seul Israël. 5. Grandeur de l'Israël du NordEn corrélation avec la reconnaissance que Jérusalem et la Judée n'étaient que peu de chose au plan politique, culturel et religieux dans la région, Finkelstein et Silberman soulignent l'importance de l'Israël du nord. Ils font une présentation détaillée des résultats archéologiques qui permettent de reconsidérer les éléments donnés par la Bible. Ces derniers sont plus nombreux. Leur examen conduit à les évaluer autrement. L'histoire retracée correspond bien à la chronologie biblique, mais les dénonciations par les prophètes (Elie, Elisée, Amos, Osée...) ne peuvent plus empêcher de voir que ce royaume a eu une grande importance dans la région, au temps d'Omri et de ses descendants23. La période qui suit (plus d'un siècle) est moins glorieuse, mais pas sans importance24. Finkelstein et Silberman en retracent l'évolution qui s'achève par la destruction du royaume par la puissance assyrienne, qui néglige la Judée car elle n'a pas le pouvoir de contrarier ses desseins impérialistes. 6. L'essor de Juda et de JérusalemL'effondrement du royaume du Nord permet à Juda de se transformer : «C'est la chute d'Israël qui va permettre à Juda de se transformer en un État complètement constitué doté d'une clergé, professionnel et des scribes instruits»25, seuls capables d'entreprendre la rédaction des textes qui sont devenus la Bible. Cette montée en puissance et le rôle stratégique de Jérusalem est étudié avec minutie par Finkelstein et Silberman. Elle a déjà été évoquée. Les lecteurs de la Bible retrouvent avec bonheur les personnes et les lieux dont ils ont eu connaissance par leur lecture de la Bible. Tout prend une assise plus ferme 7. L'époque perseL'histoire continue en respectant la chronologie des livres historiques qui sont très fiables même s'ils ne donnent pas le même point de vue que les documents extérieurs, pour cette période comme pour les précédentes. Le travail de l'archéologue donne une vision réaliste de la population, de son activité économique, des lieux et des événements. En conclusion de cette étude, il apparaît que la dimension historique de l'Ancien Testament est réelle. Mais ce n'est plus "l'histoire sainte" harmonisée des catéchismes, c'est une histoire plus contrastée, plus modeste, plus soumise à des contraintes extérieures et à des contradictions internes. Donc une histoire finalement plus humaine et plus vraie ! Ce qui du point de vue de la théologie est une "heureuse nouvelle". 3. Réflexions théologiquesIl importe pour clarifier notre vie de foi de réfléchir sur cette question, sans entrer dans les implications politiques actuelles . La question radicale est : une conviction est-elle à la source d'une falsification de la narration des événements ? Pour répondre à cette question, il faut une réflexion sur la méthode, pour bien voir que l'archéologie ne s'oppose pas à la foi - au contraire ! 1. Un choix méthodologiqueL'attitude scientifique est indépendante vis-à-vis de toute confession de foi. Ceci vaut pour l'archéologie qui est une pratique scientifique. Un signe de cette indépendance est la détermination du cadre qui permet de situer les événements historiques. Il y a là un choix ; il est nécessaire en ce sens qu'on ne peut pas ne pas choisir, car toute analyse repose sur des postulats et des axiomes. L'histoire biblique, que reprennent les lecteurs croyants, détermine une chronologie d'histoire sainte. Les événements sont situés dans le cadre des événements qui sont compris comme salutaires ou salvifiques. Aussi le calendrier fixe-t-il comme repères la migration d'Abraham, l'arrivée de Jacob en Egypte, l'action libératrice de Moïse, la prise de Jérusalem par David, la construction du Temple par Salomon, l'Exil, le retour d'Exil,... C'est là une histoire qui n'a de sens que pour un peuple dont l'identité se fait par la foi. L'histoire retracée par l'archéologie n'a pas les mêmes repères. Ce sont des repères liés à ce que l'archéologie saisit dans ses investigations : donc une histoire culturelle dont les éléments caractéristiques sont matériels. On parle donc d'âge du bronze, d'âge du fer26. On affine ceci par des classifications liées aux techniques de la poterie, aux motifs et aux formes des objets d'art... Il y a là quelque chose d'englobant : d'une part on ne prend pas en compte une seule tradition, mais toutes. D'autre part, on ne prend pas en compte seulement des textes, mais toute la production humaine que l'on peut rejoindre par les fouilles archéologiques. Les archéologues se placent dans une perspective qui a pour effet de relativiser le calendrier de l'histoire sainte et la prétention du récit biblique à servir de cadre à l'histoire de l'humanité. 2. La mémoire construiteLa comparaison des textes bibliques avec d'autres ensembles littéraires et culturels a pour effet de bien montrer un phénomène universel : la mémoire collective d'un groupe social privilégie certains événements. Tous les événements ne sont pas mis sur le même plan. Or cette classification, qui hiérarchise et met aux oubliettes certains événements, est une interprétation. Ce processus est universel. Une réflexion épistémologique sur la science souligne le rôle construit de la recherche scientifique et de l'exposé des théories scientifiques. Ainsi la mémoire demande à être reconstruite chaque fois que paraît un événement nouveau. Il demande une réorganisation de la vision d'ensemble et une réévaluation des autres événements. C'est en fonction du présent que l'on juge du passé et quand le présent change, le regard change. L'histoire est donc toujours en travail de réécriture. L'archéologie invite à ce travail. Le chantier des études bibliques est donc ouvert. Il le restera. 3. La valeur de l'histoireLe débat est important parce que pour la tradition judéo-chrétienne, à la différence des autres traditions religieuses, l'histoire est essentielle. Pierre Gibert a montré comment la notion d'histoire est étroitement liée à la Bible, et avec elle l'intention de proposer une vision de l'humanité en son entier. Il y a une grande différence entre les chroniques anciennes et la vision d'ensemble de ce qui a été vécu par les hommes. C'est pour cette raison que le développement de l'archéologie a été le fait de ceux qui voulaient mettre en oeuvre cet aspect de la culture chrétienne (ou post-chrétienne) qui habitait les Universités et les Écoles européennes. La critique historique est nécessaire, puisque le salut est lié à un événement. C'est dans cet esprit qu'un archéologue écrit : «L'archéologie biblique a l'attrait d'une science qui cherche à élucider l'histoire des temps anciens en mettant au jour leurs vestiges. Mais elle présente un intérêt supplémentaire : celui de nous aider à comprendre et interpréter le livre de notre foi. Un des aspects les plus fascinants de ces recherches est de nous aider à vérifier l'authenticité de l'histoire des Écritures, qui sont le fondement de notre foi»27. L'expérience montre que ce n'est pas un travail de tout repos, parce que les fondements sont remis en cause par la science. Il faut sans cesse reprendre le travail. Ce n'est pas le signe de l'imperfection, mais bien le signe que la vérité ne tombe pas toute faite du ciel. 4. La manière de lireDans cette exigence, la manière de lire le texte importe. Comme le disait le P. Lagrange, ce n'est pas parce qu'un texte se présente comme le compte-rendu d'un événement que son auteur fait oeuvre d'historien, au sens actuel du terme. Aussi les livres de la Bible qui sont présentées habituellement comme "historiques" ne sont pas conforme aux exigences méthodologiques actuelles. Il serait fallacieux de demander à des hommes du passé lointain de raisonner et d'appliquer les mêmes méthodes qu'aujourd'hui - ce serait ne pas avoir "le sens de l'histoire" en matière culturelle. La notion d'objectivité est récente. C'est une lente conquête qui assume une longue tradition, et qui s'est développée dans le cadre universitaire. Aussi les textes doivent être lus selon leur nature ; la notion de "genre littéraire" déjà évoquée, s'impose ici. Que le récit manque à la qualité d'objectivité ne doit pas conduire à penser qu'il y a falsification. Il faut en tenir compte dans la lecture des textes et cette souplesse fait partie de la nécessaire intelligence du texte. C'est le sens littéral. Reconnaître cette dimension, ce n'est pas renoncer aux exigences intellectuelles qui fondent la modernité et font la valeur de la rigueur scientifique. 5. La fin de l'intoléranceLes remises en cause venues de la science - en l'occurrence l'archéologie - invitent à une lecture moins intolérante. La reconnaissance que la présentation du livre de Josué ne correspond pas à la réalité - affirmation ancienne que l'ouvrage de Finkelstein et Silberman radicalise - est une bonne nouvelle. Car enlever l'enracinement concret d'une conquête qui n'a jamais eu lieu enlève tout fondement à ce qui pourrait être compris comme "guerre sainte". C'est là un élément important pour la théologie de la paix, plus à l'aise avec une figure emblématique de la royauté de Jérusalem qui n'entre pas dans la perspective impériale ou théocratique - même si celle-ci est présente dans certains textes messianiques. Le caractère mélangé du peuple enlève tout fondement à des exigences ethniques pour privilégier la culture et la foi. La faiblesse reconnue au royaume de David et de Salomon rompt avec toute visée d'hégémonie. La lecture "nationaliste" du texte est devenue impossible. Le lecteur doit se dire en lisant les pages de la Bible qu'il lit une interprétation et qu'il doit tenir compte du contexte pour accéder au texte original. Le sens "littéral" suppose la connaissance de l'auteur et de sa manière d'être et de voir le monde. 6. Le mouvement de l'histoireUn autre point théologique est ici soulevé. La lecture chrétienne des Écritures repose sur le principe que tout l'Ancien Testament est une préparation de la venue du Messie et que les textes et les événements figurent le Messie. Ce principe préside à l'écriture du Nouveau Testament. Or cette lecture repose sur un fondement pluriel. Il n'est pas d'événement pur et absolu ; le texte biblique existe comme tel. Ainsi le principe de lecture est souple. La valeur prophétique du texte comme figure, pour reconnaître en Jésus le Messie, repose sur la manière dont les rédacteurs du Nouveau Testament recevaient le texte dans la culture de leur époque. Que le récit colle très "exactement" à la réalité n'introduit pas un doute sur la valeur du texte comme prophétie. 7. La parole plus que la lettreLa relativisation de la valeur documentaire des textes selon une lecture qui prend tout à la lettre a pour effet d'introduire une dimension spécifique de la lecture croyante des Écritures. La lettre n'est pas un absolu ; elle est au service de la parole. C'est la parole qui est vivante et qui est source de vie. La parole est en effet liée à la vie.... le texte est au service de la vie. Celle-ci est en excès par rapport à ses constituants. La parole est en excès par rapport au texte fondateur. Un texte particulier peut véhiculer un message qui ne se lie pas à sa matérialité : Ainsi la référence à l'Exode et sa proclamation dans la liturgie, comme événement fondateur, font que l'Exode est vécu par tous ceux qui communient dans la parole vive à ce que cela signifie : la rupture avec l'asservissement, la peur surmontée pour s'engager dans un itinéraire périlleux, la persévérance pour durer dans le désert, la fragilité éprouvée de la foi, le désir de la paix et de l'accomplissement de la promesse... C'est par la parole que cela prend sa vraie dimension. La racine événementielle peut être mineure et précaire aux yeux de l'histoire universelle, l'événement devient source et repère fondateur pour la vie. La remise en cause de la lecture littérale ou fondamentaliste du texte biblique invite à vivre de la parole. ConclusionAu terme de cette analyse, je relève un point qui m'importe en tant que chrétien. Le Livre n'existe comme livre que dans une communion et une communication de foi. Je me situe donc en disciple de Paul pour qui la lettre tue et l'esprit vivifie. Or la foi est vécue dans l'Esprit ; elle ne relève pas de la chair, au sens où il s'agit d'une appartenance nationale. Le travail de l'archéologie est donc libérateur ; il faut le prendre au sérieux - ce qui veut dire aussi avec prudence. Dans le travail de l'archéologie, il y a une exigence de vérité. Celle-ci renvoie au réel - à ce qui s'est réellement passé. Or le christianisme est lié à une histoire concrète : celle de Jésus. Il est donc important que lumière soit faite sur son histoire, et sur toute l'histoire qui lui donne sens. Il y a donc nécessité pour le croyant de prendre au sérieux l'archéologie. Il y a nécessité de le faire pour accéder à la vérité. Si ce travail se fait sérieusement, cela conduit à des changements dans la manière de percevoir l'ensemble des récits bibliques. La foi ne saurait être paresseuse. Elle suscite et accueille les nouvelles découvertes. Le chemin est donc à faire. La vie de la foi est un combat contre l'invérifié de la croyance. Jean-Michel Maldamé, op 1 Israël FINKELSTEIN et Neil Asher SILBERMAN, The Bible Unearthed, New York, The Free Press, 2001, trad. fr. par Patrice Ghirardi, La Bible dévoilée. Les nouvelles révélations de l'archéologie, Paris, Bayard, 2002. 2 «Il est aujourd'hui évident qu'un grand nombre d'événements de l'histoire biblique ne se sont déroulés ni au lieu indiqué, ni de la manière dont ils sont rapportés. Bien plus, certains épisodes les plus célèbres de la Bible n'ont tout simplement jamais eu lieu» (op. cit., p. 16). 3 «À l'encontre d'autres récits mythologiques du Proche-Orient comme des histoires égyptiennes d'Osiris, d'Isis et d'Horus, ou bien l'épopée mésopotamienne de Gilgamesh, la Bible s'ancre fortement dans l'histoire terrestre» (op. cit., p. 19) 4 «Dans les matières où l'on recherche seulement de savoir ce que les auteurs ont écrit, comme dans l'histoire, dans la géographie, dans la jurisprudence, dans les langues et surtout dans la théologie [...], il faut nécessairement recourir à leurs livres, puisque tout ce que l'on en peut savoir y est contenu [...]. C'est l'autorité seule qui nous en peut éclaircir. [...] Il n'en est pas de même des sujets qui tombent sous les sens ou sous les raisonnements : l'autorité y est inutile ; la raison seule a lieu d'en connaître. Elles ont leurs droits séparés : l'une avait tantôt l'avantage ; ici l'autre règne à son tour. Mais comme les sujets de cette sorte sont proportionnés à la portée de l'esprit, il trouve une liberté tout entière de s'y étendre : sa fécondité inépuisable produit continuellement, et ses inventions peuvent être tout ensemble sans fin et sans interruption. L'éclaircissement de cette différence doit nous faire plaindre l'aveuglement de ceux qui apportent la seule autorité pour preuve dans les matières physiques, au lieu du raisonnement et des expériences, et nous donner de l'horreur pour la malice des autres, qui emploient le raisonnement seul dans la théologie au lieu de l'autorité des Écritures et des Pères. C'est de cette façon que l'on peut aujourd'hui prendre d'autres sentiments et de nouvelles opinions sans mépris et sans ingratitude, puisque les premières connaissances qu'ils nous ont données ont servi de degrés aux nôtres, et que dans ces avantages nous leur sommes redevables de l'ascendant que nous avons sur eux ; parce que, s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'ils pouvaient remarquer dans la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux. 5 Sur ces langues, voir BARUCQ, CAQUET, LEMAIRE, Écrits de l'Orient ancien, «Sources bibliques», Paris, Desclée, 6 Sur ces travaux, voir les classiques anciens, André PARROT, Découvertes des mondes ensevelis, Neuchâtel, 1952 ; W.F. ALBRIGHT, Archéologie de la Palestine, Paris, Cerf, 1955 ; Roland de VAUX, Histoire ancienne d'Israël, Paris, Cerf,1960. 8 L'ouvrage qui a marqué une date dans l'Église catholique est l'Introduction à la Bible écrite par ROBERT et FEUILLET, un excellent manuel d'étude qui diffuse les résultats les plus sûrs accompagnés d'une réflexion théologique sur l'inspiration et le statut du texte et de la tradition. Il prépare le Concile Vatican II. L'ouvrage de Wilfrid HARRINGTON, Nouvelle introduction à la Bible, trad. fr. Paris, Seuil, 1971, réactualise dans le même esprit dans le prolongement de l'élan de Vatican II qui déclare : «Il appartient aux exégètes de travailler selon ces règles [celles de la recherche scientifique] pour comprendre et expliquer plus profondément le sens de l'Écriture, pour que, par une étude qui l'aurait pour ainsi dire préparée à l'avance, le jugement de l'Église puisse mûrir» (Dei Verbum § 62). Une introduction plus récente est celle de Michel QUESNEL et Philippe GRASSON, La Bible et sa culture, Paris, Desclée de Brouwer, 2000 9 Reprises dans l'ouvrage célèbre La Méthode historique, Paris, Gabalda, 1905. 10 Dans Archeology and the Religion of Israël, Baltimore, 1955, p. 176, Archéologie de la Palestine, Cerf, 1955. Voir aussi De l'âge de pierre à la chrétienté, Paris, Payot, 1951 ; KITCHEN, Traces d'un monde, Lausanne, PBU, 1981 ; André PARROT, Bible et archéologie, Delachaux et Niestlé ; Découvertes des mondes ensevelis, Neuchâtel, 1952, ; Roland de VAUX, Histoire ancienne d'Israël ; Edmond JACOB, Ras Shamra et l'A.T., Delachaux et Niestlé, ; VINCENT et STÈVE, Jérusalem et l'Ancien Testament, Gablada, 1955 ; E. M. Blaiklock, Out of the Earth, Grand Rapids, 1957 ; J. FINEGAN, The Archeology of the New Testament, Princeton, 1969 ; Pierre BENOIT, Un siècle d'archéologie à l'École Biblique de Jérusalem, Jérusalem, 1988 ; H. DARREL-LANCE, Archéologie de l'Ancien Testament, Labor et Fides, 1990 ; H. CAZELLES, Histoire politique d'Israël, Desclée, 1982. 14 «C'est tout à fait possible, voire probable, que les épisodes individuels du récit des patriarches soient fondés sur d'anciennes traditions locales. Cependant l'usage qui en est fait et l'ordre dans lequel ils ont été réarrangés en font une puissante expression des rêves judéens du VIIe siècle [...]. Le récit traditionnel des patriarches doit donc être considéré comme une sorte de "préhistoire" pieuse d'Israël, dans laquelle Juda joue le rôle central» (op. cit., p. 60). 15 «Ainsi des documents archéologiques indépendants mentionnent bien des immigrations en Egypte de peuples sémitiques en provenance de Canaan, ainsi que des rois égyptiens qui les expulsent de force hors du pays. Dans ses grandes lignes, cette histoire d'immigration suivie d'un retour brutal à Canaan correspond assez bien au récit biblique de l'Exode» (op. cit., p. 74) 16 «Les ambitions de la puissante Égypte, qui veut étendre sa domination contrarient celle du minuscule Juda, qui tente d'annexer les territoires de l'Ancien royaume d'Israël et d'imposer son indépendance. L'Égypte de la XXVIe dynastie, aux ambitions impérialistes, barre la voie qui conduit à la réalisation des rêves de Josias. Surgissant de la brume d'un lointain passé, certaines images et certains souvenirs servent donc de munitions dans l'épreuve de force nationaliste qui oppose les enfants d'Israël au pharaon et à ses régiments de chars» (op. cit., p. 89). 18 «Les sites mentionnés dans le récit de l'Exode ont bel et bien existé. Certains étaient connus et furent apparemment occupés, mais bien avant, ou bien après le temps présumé de l'Exode - en fait, après l'émergence du Royaume de Juda, quand le texte biblique fut composé pour la première fois. Malheureusement pour ceux qui se sont attachés à l'idée d'un Exode historique, ces sites étaient inhabités au moment précis où ils auraient, parait-il, joué un rôle dans les événements qui ont ponctué la marche dans le désert des enfants d'Israël» (op. cit., p. 83). 21 «Pendant des siècles, dans le monde entier, tous les lecteurs de la Bible ont partagé une vision identique des règnes de David et Salomon, comme d'une sorte d'âge d'or de l'histoire d'Israël [...]. Nombre de piliers archéologiques qui soutiennent l'édifice historique de David et de Salomon ont été récemment ébranlés. Les fouilles entreprises à Jérusalem n'ont apporté aucune preuve de la grandeur de la Cité à l'époque de David et de Salomon. Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d'autres rois paraît aujourd'hui beaucoup plus raisonnable» (op. cit., p. 150). 23 «Fort heureusement - pour la première fois dans l'histoire d'Israël - nous possédons un certain nombre de sources historiques extérieures à la Bible, qui permettent de voir les Omrides sous une perspective différente : comme de puissants chefs militaires de l'un des État les plus fort du Proche-Orient» (op. cit., p. 205) 24 «La Bible offre une interprétation purement théologique du royaume nordiste. En contraste, l'archéologie ouvre une perspective différente sur les événements survenus durant le siècle qui suit la chute des Omrides» (op. cit., p. 229). 26 Voici les dates retenues : Bronze ancien : 3100-2200 ; Bronze intermédiaire : 2200-2000 ; Bronze moyen : 2000-1550 ; Bronze récent : 1550-1150 ; Fer I : 1150-900 ; Fer II : 900-586 ; après l'Exil on dit Fer III : Période babylonienne : 586-538 ; Période perse : 538-333. Les deux dernières périodes sont liées à la chronologie biblique. 27 J. A. THOMSON, «La Bible à la lumière de l'archéologie», dans La Bible et sa culture, Genève, édit. Guebwiller, 1988, p. 7.
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