Recension par
Hervé Ponsot, dominicain
G. Aragione, E. Junod, E. Norelli
(dir.), Le canon du Nouveau Testament, Regards
nouveaux sur l'histoire de sa formation, coll.
Le Monde de la Bible n° 54, 1 vol. de 328 p.,
Genève, Labor et Fides, 2005.
L'ouvrage est le produit d'un enseignement
de 3e cycle organisé par les Facultés
de théologie des Universités de Fribourg,
Genève, Lausanne et Neuchâtel, durant
l'année universitaire 2003 - 2004. Il a l'ambition
d'ouvrir des pistes nouvelles dans le domaine de
la connaissance de la formation du Nouveau Testament,
à partir d'éléments peu étudiés
ou au contraire rebattus et désormais négligés.
A cet effet, on trouvera donc les contributions
suivantes : Ch. Markschies, Époques de
la recherche sur le canon du Nouveau Testament en
Allemagne : quelques remarques provisoires ;
E. Norelli, Papias de Hiérapolis a-t-il
utilisé un recueil « canonique »
des quatre évangiles ? ; W. L. Petersen,
Canonicité, autorité ecclésiastique
et Diatessaron de Tatien ; A. Magri,
Notes sur la réception de l'évangile
de Jean au IIe siècle, l'idée
gnostique de canon ; F. Amsler, Les citations
évangéliques dans le roman pseudo-clémentin.
Une tradition indépendante du Nouveau Testament
? ; E. Junod, D'Eusèbe de Césarée
à Athanase d'Alexandrie en passant par Cyrille
de Jérusalem : de la construction savante
du Nouveau Testament à la clôture ecclésiastique
du canon ; G. Aragione, La lettre festale
39 d'Athanase. Présentation et traduction
de la version copte et de l'extrait grec ; S.
J. Voicu, Le rôle des centres de copie
dans la fixation du canon du Nouveau Testament
; G. Wurst, L'état de la recherche sur
le canon manichéen ; F. Mali, Le canon
du Nouveau Testament chez les auteurs syriaques
; M. E. Stone, L'étude du canon arménien.
Ce simple relevé montre la
diversité et l'intérêt des approches.
Arrêtons-nous sur les trois premières.
Avec Markschies, nous sommes dans le champ de l'histoire
presque contemporaine, puisque l'auteur s'intéresse
au traitement de la question du canon à partir
de la Réforme et jusqu'en 2000 : l'A. montre
en particulier, sous forme de thèses, la
dépendance à l'égard des principes
généraux de l'historiographie, ou
la pérennité des méthodes utilisées.
Norelli nous reconduit dans les années 115-120,
pour une lecture très attentive des fragments
de Papias, destinée à établir
« qu'aucun fragment de Papias ne documente
un recours indubitable ou même seulement probable
au texte des quatre évangiles tels que nous
les connaissons » (p. 75). Petersen, après
avoir consacré de nombreuses pages à
expliquer comment, à partir de citations,
d'harmonies et autres textes, il était possible
de reconstituer des leçons propres au Diatessaron,
remarque que cet ouvrage atteste en premier lieu
à son époque l'existence de tradition
extra-canoniques fort populaires, déjà
intégrées dans les évangiles
canoniques ou constituant une cinquième source,
et en second lieu la conviction de Tatien de s'inscrire
dans une continuité en créant une
sorte de nouvel évangile. D'où il
ressort que « si nous avions sous les
yeux les évangiles tels que les ont connus
Justin ou Tatien, nous constaterions que leur texte
est très différent de celui
que nous avons aujourd'hui sous les yeux, dans nos
éditions critiques modernes » (p.
116).
Les éditeurs de l'ouvrage avaient
prévenu dans l'introduction « qu'il
ne s'agissait pas de proposer une nouvelle synthèse
sur la formation du canon du Nouveau Testament dans
les cinq ou six premiers siècles »
(p. 8) : la diversité des approches et des
conclusions montre à l'évidence que
cette synthèse est encore loin, mais sans
doute aussi que les notions mêmes de canon
et de canonicité sont des réalités
fluctuantes qu'il sera toujours difficile de cerner
de manière globale.
Frère Hervé PONSOT
o.p.
Présentation
par l'Editeur
Contributions
Frédéric Amsler, Gavriella Aragione,
Eric Jund, Annarita Magri, Franz Mali, Christoph
Markschies, Enrico Norelli, William L. Petersen,
Michael E. Stone, Sever J. Voicu, Gregor Wurst.
G Aragione est chercheuse en histoire
su christianisme ancien aux universités
de Genève et de Lausanne.
E Junod est professeur d'histoire
du christianisme à l'université
de Lausanne. Il est un spécialiste du christianisme
alexandrin et des Pères du Désert.
Enrico Norelli est professeur des
origines du christinisme à) l'université
de Genève. Il est un spécialiste
de l'histoire et de la littérature des
premiers siècles chrétiens et l'auteur
avec Claudio Moreschini de l'Histoire de la
littérature chrétienne ancienne
grecque et latin (Labor et fides, 2000)
Comment, dans les premiers siècles
de l'histoire du christianisme, se sont formés
les livres du Nouveau Testament ? Une dizaine
de spécialistes européen et américains
abordent ce problème majeur avec une double
souci : présenter au public phrancophone
un état de la recherche et daire progresser
les éétudes par le recours ) l'histoire
sociale et à l'histoire des controverses.
Une attention particulière est portée
à des sources habituellement négligées
parce qu'elles sont d'un accès difficile
; il s'agit en particulier de textes orientaux
(coptes, syriaques, arméniens) qui montrent
que le Nouveau Testament est loin de s'être
constitué de manière strictement
uniforme au cours des cinq premiers siècles.
Geneve
maj 18.08.2006
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