Recension par Michel Van Aerde, op
uarante ans après le Traité de Rome et neuf ans après être
paru, le livre L’Europe et les femmes,
vaut toujours la peine d’être lu. « L’Europe
et les femmes » forment en effet le lieu d’un malentendu nous dit
Agnès Hubert, chiffres à l’appui, qui nous montre que le vote des femmes a été
défavorable à l’Europe en maintes consultations électorales. L’auteur en
analyse les multiples raisons[1]
et, européenne convaincue, nous montre comment ce regrettable malentendu peut
être dépassé.
L’article 119 du traité de Rome (25 mars 1957) proclame le
principe de l’égalité de salaire entre hommes et femmes à travail égal. Agnès
Hubert en présente l’histoire contrastée des motivations parfois obscures et
paradoxales[2].
Il n’empêche que ce principe est porteur d’un dynamisme[3]
civilisateur qui favorise la démocratie et l’intégration des nations en un
ensemble riche et diversifié. Il y a en effet, selon Agnès Hubert, une étroite
relation entre la mentalité masculine et l’état-nation. « L’enjeu de
l’égalité entre hommes et femmes (…) dépasse de loin ce que d’aucuns réduisent
par facilité à une lutte des sexes[4].
Reconnaître que le féminin n’est pas faible mais solidaire, pas lascif mais
patient, pas subordonné mais soucieux des autres, et qu’il n’y a pas de honte à
être un homme sans être celui qui domine, ou impose ou tyrannise, est une voie
d’entrée essentielle pour construire la solidité de l’Europe et de la paix.
L’Europe offre le cadre pour en débattre » p 149
« N’est-ce pas la qualité essentielle de la démocratie
que de transformer les rapports d’autorité et les modes de légitimation
autrefois dominants, de substituer à la force brutale et incontrôlée la
délibération, la participation ? C’est le principe fondateur de la
construction européenne » p 128
Pour Agnès Hubert, si l’Europe
est « profondément
malade », c’est de « n’être
déclinée qu’au masculin singulier »
p 146. Le mal non nommé « s’apparente à
une certaine idée de la virilité
qui doit tuer pour vivre » p 144.
Ce livre touche donc aux questions anthropologiques
fondamentales du rapport à l’autre, de l’homme et de la femme[5],
du national et de l’international. Il est remarquablement bien documenté du
fait de l’ample culture de l’auteur, de son expérience professionnelle et de
ses relations humaines très étendues.
Les questions posées ne trouvent pas toutes
leur réponse, les problèmes
n’ont pas encore tous une solution adaptée, ce livre
n’est pas une collection
de recettes mais présente très honnêtement les
difficultés qu’affronte
l’humanité, et l’aube d’une nouvelle
civilisation qui se présente avec le
phénomène européen. Cette vue est pleine de
santé et donne à espérer, elle
révèle
le goût que peut avoir l’Europe, tout son sens. Michel Van Aerde, dominicain
« La réduction des
dépenses de services publics dont elles sont à la fois employées et clientes
majoritaires, a un impact disproportionné sur leur situation et accentue les
courbes en hausse d’une féminisation de la pauvreté… » p 111
« La France du général de Gaulle
fut alors soupçonnée de chercher un prétexte pour retarder la mise en place du
Marché Commun…p 59 »
« Quand vous avez
introduit un ferment de nouveauté dans un système devenu statique, nul ne sait
où s’arrêtera le mouvement ». Jean Monnet clefs pour l’action, Association Jean Monnet. Phrase citée en finale de la conclusion du
livre d’Agnès Hubert
« C’est pourquoi
notre devoir est de défendre l’ordre et de ne jamais souffrir qu’une femme ait
le dessus ». Créon dans l’Antigone
de Sophocle.
« Fini le temps des
muscles, l’heure est aux alliances » p 95
Présentation par l'éditeur
Et
si notre Europe ne pouvait parvenir à ses fins parce qu'encore trop
masculine, trop façonnée dans ses concepts et dans son organisation par
une main d'homme? Telle est bien l'intuition à laquelle il nous est
proposé d'adhérer au fil de cette lecture alerte de l'histoire
européenne contemporaine. Auteur
Ancienne
journaliste, Agnès Hubert est aujourd'hui conseillère à la Cellule de
Prospective de la Commission européenne. Elle y a dirigé de 1992 à
1996, l'Unité pour l'égalite des chances entre les hommes et les femmes. maj 08.11.2007 |