D. POMPEY, Mon cur n'était-il
pas brûlant ?, 1 vol. de 282 p., Nice,
Éditions Bénévent, 2006 (disponible
sur des sites Internet tels que alapage.com).
L'auteur de cet ouvrage est quelqu'un
qui, longtemps éloigné du Christ
et de son Église, a retrouvé l'un
et l'autre lors d'une fulgurante rencontre. Encore
marqué par celle-ci, il a donc voulu évoquer
quelques-unes des innombrables rencontres avec
Jésus dont les évangiles se sont
faits les témoins : entre autres avec
l'apôtre Thaddée, le chef de synagogue
Jaïre dont la fille est malade, le centurion
au pied de la croix qui confesse le Christ, la
Samaritaine, la Syro-Phénicienne de Mc
7,24-30, Barabbas ou même un anonyme comme
le démoniaque terré dans les tombeaux
en Mc 5,1-20...
La difficulté évidente tient au
fait que les évangiles ne sont pas toujours
très diserts sur les acteurs de ces différentes
rencontres. Qu'à cela ne tienne : notre
auteur a choisi de reconstituer le tissu constitutif
des personnages, ou de relier entre eux des événements
qu'aucun des évangiles n'a jamais joints ; c'est ainsi que l'apôtre Thaddée
serait précisément le jeune homme
guéri par Jésus après avoir
été descendu du toit d'une maison
(Mc 2,1-12, et non 5,1-12 comme indiqué
par erreur), que le jeune homme qui s'enfuit tout
nu en Mc 14,52 serait l'apôtre Marc, que
Jaïre aurait été aux prises
avec le psaume 21 etc.
Une telle liberté, on le sait depuis longtemps
avec la littérature apocryphe, peut donner
naissance à bien des excès, mais
l'immense réussite de notre auteur est
précisément de rester totalement
fidèle à l'évangile, et en
particulier aux paroles de Jésus, qui prennent
alors une résonance nouvelle. On pense
bien sûr à E. E. Schmitt et son Évangile
selon Pilate, mais D. Pompey va d'une certaine
manière plus loin en brassant de multiples
figures évangéliques ; mais aussi
en multipliant les réflexions opportunes,
toutes simples mais souvent si justes :
"Ne pas avoir d'amis, ça ne laisse
pas beaucoup d'espace pour vivre. Je m'étais
ainsi confiné dans la lecture, sans jamais
pouvoir ouvrir mon cur, ni même,
finalement, m'aimer moi-même" (p.
160)
"Si l'on voit dans nos défauts
un tremplin, comment ne pas voir encore plus
de positif dans les défauts des autres
?" (p. 164)
"Je n'avais jamais vu
une prostituée sourire. Rire, oui, pour
nous accompagner dans nos ébats, mais
sourire, jamais" (p. 212)
"L'Amour est totalement fragile, puisqu'il
ne peut exister qu'en abandonnant toute carapace.
On doit écarter les bras avant d'embrasser,
sinon personne ne pourra venir s'y réfugier"
(p. 257).
Les derniers chapitres du livre délaissent
l'évangile pour évoquer des rencontres
plus récentes, récits personnels
ou recueillis par l'auteur, aujourd'hui impliqué
dans l'aumônerie étudiante de Nanterre.
Belles pages là encore. Merci, Denis.
Frère Hervé PONSOT o.p.