Recension, par Michel VAN AERDE, dominicain
oici un livre très sérieux mais qui
se lit aussi facilement que Le guide du
Routard. La parole y est libre, légère, attentive aux hommes, aux femmes et
jusqu’aux conditions de travail des enfants. On y parle de la famille, comme d’un
mode de production et d’organisation industrielle. L’auteur vous partage
son expérience, sa recherche et sa réflexion, il parle à la première personne
et vous fait goûter des ambiances exotiques qu’il apprécie. Il vous promène de
par le monde sans jamais se départir d’un esprit critique bien français, capable
de fuser parfois en affirmations aussi définitives qu’assassines. Ainsi, comme
pour prouver son propos, il dénigre « l’auto-dénigrement français et le
recul du sentiment européen ». Il ne déborde vraiment pas de sympathie à
l’égard des États-Unis (40% de la production mondiale du coton) mais l’Afrique
le fait rêver. Le réveil de la
Chine le fascine, le Brésil l’inquiète, l’Égypte l’enivre et
il semble se perdre à tout jamais quelque part en Ouzbékistan
L’expérience est globale et la
pensée synthétique, mais sans aucun effort de démonstration : « La
mondialisation qui annule l’espace, veut aussi tuer le temps. » L’auteur
est parfois nostalgique :
« Le renchérissement du prix de
l’énergie (…) redonnera de la réalité
à
l’espace et ressuscitera le temps ». A propos
d’espace, la présence de
cartes par régions est bien venue.
La culture du coton est décrite
ainsi que sa transformation. On apprend au passage que l’araignée lui communique
certains gènes pour donner un meilleur fil, que la méduse lui enseigne comment
devenir phosphorescent en présence d’explosifs. La mondialisation supprime les
frontières, même celles qui séparent les espèces, dans le monde des vivants. Le
style du livre est toujours plaisant, rythmé par les bonnes formules et
l’on progresse par succession d’allusions. Il y a toujours quelqu’un de précis
qui parle et l’on est associé aux circonstances des rencontres.
« Subventions ouvertes ou
déguisées, manipulations monétaires ou douanières, batailles de normes,
contrats préférentiels… » : les mensonges et les inégalités sont clairement
dénoncées, tout comme l’hypocrisie, mais pas sur le ton de l’indignation,
plutôt sur celui de la dérision, avec un brin de tendresse pour ceux qui
triment : « l’actionnaire et le consommateur se sont alliés pour
étrangler le producteur. »
Un livre facile à lire, donc, qui
peut enchanter un grand nombre de lecteurs sans pour autant les éloigner des
réalités les plus conflictuelles du village planétaire.
Présentation
par l'éditeur
« Cette histoire commence dans la nuit des temps. Un homme qui
passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des
flocons blancs. On peut imaginer qu'il approche la main. L'espèce
humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton. Depuis
des années, quelque chose me disait qu'en suivant les chemins du coton,
de l'agriculture à l'industrie textile en passant par la biochimie, de
Koutiala (Mali) à Datang (Chine) en passant par Lubbock (Texas), Cuiabá
(Mato Grosso), Alexandrie, Tachkent et la vallée de la Vologne (France,
département des Vosges), je comprendrais mieux ma planète. Les
résultats de la longue enquête ont dépassé mes espérances. Pour
comprendre les mondialisations, celles d'hier et celle d'aujourd'hui,
rien ne vaut l'examen d'un morceau de tissu. Sans doute parce qu'il
n'est fait que de fils et de liens, et des voyages de la navette. » E.O.
Biographie de l'auteur
Erik Orsenna est conseiller d'Etat et président du Centre international de la mer.
maj 28.05.2007 |