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frère Michel Froidure est entré dans sa 75e année,
et, comme tant d’autres, il est tenté de relire sa vie
pour en tirer quelques enseignements. Incontestablement, comme son
livre en témoigne dans plusieurs pages, le plus important
d’entre eux est celui que lui a livré son engagement comme
officier dans la guerre d’Algérie : ‘tu
n’assassineras pas’ (une formulation que l’A.
préfère à celle, plus classique, ‘tu ne
tueras pas’, car « il existe une réciprocité
dans le combat qui est absente des exécutions sommaires »
p. 10).
L’A. est un ancien
élève de l’Ecole biblique de Jérusalem, et
cela se sent tout au long des pages : d’une part il
n’hésite pas à retoquer certains traductions tel le
Pantokrator, tout-puissant, adjectif du Credo auquel il
préfère un « maître de tout » nominal
(p. 67), ou bien encore l’humilité de Marie dans le
Magnificat quand il s’agit clairement, d’après le
texte grec, de son humiliation (p. 82) ; d’autre part et surtout
il puise à larges bords dans la source des Écritures,
tout spécialement celle des Psaumes qu’il cite ou commente
avec une grande justesse. Tout cela pour servir et éclairer son
aspiration fondamentale, celle d’une « fraternité
universelle ».
Le témoignage est
beau, solide, chaleureux. Marqué par une relation profonde au
Christ telles que l’attestent ces lignes : « Si je
n’ai pas abandonné mon rêve en cours de route,
c’est que Jésus, lui, ne m’a pas abandonné,
en m’envoyant suffisamment souvent des anges et des messagers,
pour me réconforter sur la route. Ils n’avaient
peut-être pas conscience d’être des anges
chargés d’une mission, mais moi je l’ai su tout de
suite, et c’était l’essentiel. Si je n’ai pas
quitté l’Ordre comme les deux tiers de ma
génération, c’est en grande partie à eux que
je le dois, et ma gratitude à leur égard leur est acquise
pour toujours » (p. 209).
J’ai connu
le frère Michel et plusieurs liens de formation continuent de me
rattacher à lui, j’aime son livre, l’élan
qu’il manifeste. Je regrette d’autant plus que lui qui
aspire à la fraternité universelle s’autorise, par
des jugements d’exclusion trop rapides, à vilipender
d’autres figures du monde chrétien tels que les cardinaux
Feltin ou Garrone, ou bien encore les congrégations romaines :
je suis sûr que, s’il connaissait mieux par exemple ces
dernières, il ne laisserait pas entendre qu’elles se
dispensent « de rechercher l’intelligence du coeur,
le souci des plus petits » (p. 142). Puisqu’il aime tant,
et je le comprends, Etty Hillesum, je ne peux que le renvoyer à
certains propos de celle-ci, par exemple : « La saloperie des
autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution,
vraiment aucune autre solution que de rentrer en soi-même et
d’extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois
pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde
extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en
nous » (Une vie bouleversée, p. 102).
Oublions
donc ces jugements-là pour retenir que ceux qui sont
marqués d’une réelle fraternité : par
exemple à l’égard de l’Église («
Pour moi, l’appartenance à l’Église,
c’est d’abord une extraordinaire expérience de la
fraternité vécue, et très secondairement un
« problème », p. 255), ou de certains proches
(« De cette « bourgeoisie chrétienne »,
je ne dirai d’ailleurs jamais de mal, car c’est
d’elle que je viens, et j’y ai rencontré non
seulement des frères et des soeurs, mais surtout beaucoup de
vrais amis », p. 235). Pour retenir surtout les innombrables et
belles méditations bibliques, en particulier sur les psaumes,
dont il nous livre de nombreux extraits, tant elles ont
contribué à orienter et soutenir sa vie et ses combats.
Frère Hervé PONSOT o.p.
Hervé
Ponsot est dominicain, diplômé de l'École biblique
et archéologique française de Jérusalem et Docteur
en théologie et en sciences religieuses. Il est Maître
de conférence à l'Institut catholique de Toulouse et enseignant
à Domuni, Université Dominicaine.
Vieillir
avec la Bible n'est ni une autobiographie ni un ouvrage
d'exégèse. C'est le bilan de quarante-cinq ans de
fréquentation assidue de la Bible par un homme qui a
tenté de la mettre en pratique sans jamais cesser de confronter
le faire avec le dire. Au fil des lignes, l'auteur est conduit à
reconsidérer les textes de l'Ecriture loin de la langue de
bois : ainsi les représentations de Dieu, les pratiques de
Jésus et les chemins tracés par les Psaumes prennent une
tournure nouvelle et inattendue. Les années de guerre en
Algérie, son engagement comme prêtre-ouvrier et la crise
de 1954 poussant à l'exil les meilleurs théologiens, sa
vie dans un quartier populaire pauvre de Lille, son expérience
de formateur auprès des jeunes frères dominicains,
l'assassinat de son ami Pierre Claverie à Oran en 1996 et une
opération du cancer qui l'a obligé à regarder sa
propre mort en face, conduisent l'auteur à rendre compte de la
pertinence du pari qu'il a fait sur Dieu, sur Jésus et son
Evangile - bonne nouvelle pour les pauvres -, et sur une vie
spirituelle mise au service d'une fraternité universelle
identifiée à la vie tout court. Une parole féconde
à l'épreuve de l'expérience humaine d'aujourd'hui,
parole d'un homme libre dont l'appartenance à l'Eglise est avant
tout une extraordinaire expérience de la fraternité
vécue. Parole véritable dont les repères
évangéliques font pressentir la vérité du
Dieu de Jésus, le Dieu qui est venu habiter parmi nous pour
partager la douleur humaine et lui ouvrir une issue. "La mort de
Jésus, écrit Michel Froidure, n'est pas le dernier mot de
son histoire : sa mort est une victoire sur la peur de la mort... et
surtout une victoire sur la mort elle-même, car elle
s'achève dans la Résurrection."
Biographie de l'auteur
Michel
Froidure, dominicain, est né en 1933. Diplômé des
Hautes études commerciales, il entre dans l'ordre des
Frères dominicains après deux années de guerre en
Algérie comme officier, étudie au Saulchoir et à
l'Ecole biblique de Jérusalem. Il fut successivement
aumônier d'étudiants, prêtre-ouvrier, maître
des étudiants dominicains, responsable du vicariat du " Monde
arabe " de la province dominicaine de France. Ses domaines de recherche
vont de l'étude de la Bible (langues et traductions) à la
philosophie (Hans Georg Gadamer, Paul Ricoeur) en passant par les
sciences humaines (Michel de Certeau, Hannah Arendt).