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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Premières séparations, premières blessures affectives.Durant ses premiers mois, le serviteur de Dieu tombe gravement malade. La première maison de ses parents, qui comprend le magasin de tissu, n'est pas un endroit très salubre pour un enfant en danger. Il est envoyé « au bon air » à quelques kilomètres de Cadillac, dans le petit village de Loupiac, où il est confié à Mme Anne Neveu9, qui avait déjà été la nourrice de son frère Honoré. [...] une bonne, brave et digne femme que j'aimais sincèrement encore, qui avait été ma nourrice, m'avait gardé deux ou trois ans auprès d'elle et m'avait sauvé la vie alors que j'avais été condamné par les médecins10. Sa guérison est en effet obtenue alors que le médecin avait renoncé à tout espoir. Les prières adressées à Notre Dame de Verdelais ayant été nombreuses, le serviteur de Dieu gardera toute sa vie une reconnaissance à la Vierge Marie et aimera revenir se confier à elle dans ce sanctuaire11. Oh ! que j'aimais alors le bon Dieu et la Sainte Vierge ! s'écriait-il. Puis il était bien juste que je l'aimasse plus que tout autre, moi qui avais touché de si près aux portes du tombeau ; moi que les médecins, que tout le monde regardait comme perdu excepté Dieu et sa bonne Mère, qui veillaient sur moi12. Il reste trois ans à Loupiac, et il considérera toujours cette maison comme la sienne, au point qu'une fois rentré dans sa famille, il lui arrivera plusieurs fois de retourner de lui-même chez Mme Neveu 13. C'est en effet un nouveau choc, un nouveau déchirement lorsque ses parents le reprennent chez eux à Cadillac et l'arrachent à ce qu'il considérait comme sa nouvelle famille. De plus, en mars, sa sur et marraine Rosy entre chez les Filles de la Sagesse. Elle y reçoit l'habit quelques mois plus tard, en septembre, sous le nom de sur Saint-Crescentien14. Le frère et la sur n'auront donc vécu que deux courtes années sous le même toit. Cela n'empêche pas la constitution d'une relation très forte entre eux, malgré la différence d'âge15. Il ne faut pas sous-estimer l'importance de ces séparations multiples vécues par un tout jeune enfant. Il est arraché lorsqu'il a quelques mois à la cellule familiale pour être confié à une autre famille à laquelle il s'attache. Il est à nouveau séparé de cette famille d'adoption vers quatre ans pour revenir dans sa famille d'où il voit partir quelques mois plus tard sa sur et marraine. Tout cela avait de quoi constituer une blessure profonde, une attente affective qui se manifestera avec force durant l'adolescence et les débuts de l'âge adulte. 9 . Anne Dejean, née à Loupiac le 19 octobre 1785, mariée à Jean Neveu le 10 juin 1816, décédée le 12 octobre 1855. Voir à son sujet la lettre de Mme Tourré reproduite intégralement p. 26. 10 . Lettre 459, du 3 avril 1856, à son ami Blacas, reproduite intégralement p. 89. (Orig. A.B.) 11 . Un jour le jeune garçon au cours d'un pèlerinage familial coupa un petit morceau d'une robe dont on avait orné la statue de la Vierge. Ce morceau d'étoffe longtemps conservé par la famille Lataste est actuellement à Béthanie (Evers, p. 20). 13 . Sermon 193 (1865) à Loupiac, sur l'oubli de Dieu (Orig.A.B.) : « C'est ici que s'est écoulée ma première enfance, c'est ici que mes lèvres ont appris à balbutier pour la première fois, avec le nom de ma mère, le nom de Jésus et de ma mère du Ciel ! C'est ici que mon cur et ma jeune intelligence, grâce à des soins pieux, ont commencé à s'épanouir aux pensées de la foi et aux espérances du Ciel ! Plus tard, après avoir quitté ces lieux, je les aimais encore ; je les préférais même au toit paternel ; y revenir était toujours pour moi une nouvelle fête et le prêtre vénérable qui dirigeait alors cette paroisse, pourrait, au besoin attester la vérité de mes paroles. Bon et saint vieillard, qui si souvent avez levé sur ma jeune tête vos mains sacerdotales pour la bénir, à votre tour soyez béni. » Texte intégral à la fin de ce chapitre. 14 . Lettre de la supérieure générale des Filles de la Sagesse, du 28 juillet 1936. (Orig. A.B.) 15 . C'est probablement durant ces années, que le serviteur de Dieu a souffert d'une affection des yeux. On l'en a guéri par une vésication au bras qu'il a portée durant quatre ou cinq ans (Lettre 209, à Mère Henri-Dominique, du 31 janvier 1868 ; Orig. A.B.) |
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