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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Une vocation précoce, soumise à l'épreuve.Il semble que le désir d'être un jour prêtre soit né assez tôt dans l'âme du serviteur de Dieu. En effet, après lui avoir fait commencer sa scolarité dans l'école maternelle des Filles de la Sagesse16, puis dans l'école des frères du Saint-Esprit17 à Cadillac, c'est au petit séminaire de Bordeaux que ses parents l'inscrivent le 3 septembre 184118. C'est dans cet établissement qu'il recevra les sacrements de la première communion19 et de la confirmation20. A part une lettre de nouvel an envoyée à son curé21 par le jeune élève encore peu familier des règles de l'orthographe, nous avons peu de renseignements sur sa vie scolaire durant cette période22. Ces années au petit séminaire de Bordeaux semblent avoir été assez heureuses ; vingt ans plus tard, il aura l'occasion de passer au petit séminaire et de « retrouver avec joie les souvenirs de ses jeunes ans23. » C'est au petit séminaire qu'il a l'occasion de faire pour la première fois la connaissance d'un dominicain, et non des moindres, le Père Lacordaire, restaurateur de l'ordre des Frères prêcheurs en France, entré au noviciat à Rome en 1839. Le 10 avril 1842, le célèbre orateur venu à Bordeaux pour prêcher à la cathédrale rend visite aux jeunes élèves du petit séminaire24. Comment douter que cette personnalité si forte et si célèbre n'ait marqué l'imagination du jeune Alcide Lataste ? C'est vers Lacordaire qu'il se tournera près de vingt-cinq ans plus tard lorsqu'il cherchera à concrétiser son désir de vie religieuse. La vocation sacerdotale grandit dans le cur de l'adolescent, mais elle est déjà marquée par une grande humilité. Il n'ose pas parler de ce sujet : « je n'osais me déclarer, tant la mission du prêtre me paraissait grande, et tant je m'en reconnaissais indigne25. » Son père ne semble pas s'être opposé explicitement à l'attrait de son fils pour la vie consacrée, mais il a souhaité que cette vocation soit éprouvée. C'est pourquoi, quand le jeune Alcide est envoyé poursuivre ses études au collège de Pons26, en Charente-Maritime, ses parents ne le placent pas dans la section des ecclésiastiques, mais dans celle des laïques. Ceux-ci recevaient une éducation religieuse solide des professeurs qui étaient presque tous prêtres, mais ils n'étaient pas identifiés comme abbés, contrairement à ceux du premier groupe dont la vocation était publique. Alcide Lataste arrive dans ce collège « ayant au dedans de lui la ferme conviction qu'il serait un jour prêtre27 » selon ses propres mots. Aussi est-ce une déception très vive de voir que sa conviction n'est pas prise en compte et qu'on le place avec les laïques. Le supérieur du collège, l'abbé Boudinet qui fut ensuite évêque d'Amiens de 1857 à 1873, reçoit sa confidence et comprend sa déception. Il cherche en vain à faire revenir M. Lataste sur sa décision. Ce choix de la section laïque du collège n'a fait que renforcer le sentiment d'indignité qui habitait le serviteur de Dieu à l'égard du sacerdoce. Il était très impressionné par la mission du prêtre et on lui en interdisait apparemment l'accès. Il n'en fallait pas plus pour que peu à peu ce projet s'estompe dans sa conscience, d'autant plus que les camarades qu'il côtoyait quotidiennement ne semblent pas l'avoir beaucoup aidé spirituellement. L'entrée dans l'adolescence, qui s'est accompagnée sans doute des perturbations normales de cet âge28, a été vécue par le serviteur de Dieu comme des années terribles, des années noires dont il gardera longtemps un souvenir douloureux et amer. A l'issue de cette année de troisième, il caresse encore l'espoir d'être prêtre au moment où il revient dans sa famille. Le supérieur du collège envoie pourtant une note à ses parents affirmant « qu'il ne croit pas l'enfant appelé à l'état ecclésiastique29 », sans préciser le motif de ce jugement. Ce coup de tonnerre vient le convaincre pour longtemps que l'état sacerdotal n'est pas fait pour lui. La correspondance avec sa sur Rosy, aujourd'hui perdue, a montré que celle-ci n'a jamais désespéré de la vocation de son frère et qu'elle a cherché au long de ces années de collège à maintenir la petite flamme qu'elle se refusait à croire éteinte. 16 . Lettre de la supérieure générale des Filles de la Sagesse à la prieure générale de Béthanie, 21 mai 1937. (Orig. A.B.). 17 . Lettre du Supérieur général des frères de Saint-Gabriel, 23 mai 1937. (Orig. A.B.). La spiritualité mariale du serviteur de Dieu a donc été nourrie, dès son jeune âge par des éducateurs montfortains : il n'est pas surprenant qu'on puisse repérer des aspects montfortains dans ses pratiques religieuses, bien avant qu'il n'ait lu le Traité de la vraie dévotion. « On dira plus tard chez les Frères que le Père Lataste était un saint et qu'il serait canonisé un jour » témoignage de l'abbé Cirons rapporté par Evers, p. 19. 18 . La lettre du Père A. Biersoux, supérieur du petit séminaire, au P. Philippe, du 27 juillet 1936 (Orig. A.B.) atteste que le nom du jeune Alcide Lataste figure sur les registres d'inscription à cette date sous le numéro 1758, et qu'on le retrouve dans les palmarès des prix pour l'année scolaire 1841-1842, classe de 8e : premier prix de calcul et de thème latin, premier accessit de version latine, et en 1845-1846 pour le deuxième prix de version latine. Les palmarès des prix manquent pour les années intermédiaires. 19 . Il n'a pas été possible de retrouver avec précision la date de cette première communion, mais elle a sans doute eu lieu le 21 juin 1843, à l'occasion de la visite annuelle de Mgr Donnet. 20 . Le cardinal Donnet venait au petit séminaire le 21 juin de chaque année (fête de S. Louis de Gonzague), mais il n'est pas possible de savoir avec certitude en quelle année le serviteur de Dieu a reçu ce sacrement, en l'absence de registres de confirmation (lettre de Mgr Feltin, archevêque de Bordeaux, du 8 mai 1940 ; Org A.B.). Il s'agit très probablement du 21 juin 1844. Mercier (p. 25) rapporte qu'il a choisi ce jour-là la Vierge Marie pour patronne. 21 . Lettre 342, du 31 décembre 1842. (Orig.A.B.). 22 . Voir les quelques renseignements donnés par le supérieur du petit séminaire sur la scolarité du serviteur de Dieu, Summ. Num II, p. 49-50, § 39-40. 23 . Lettre 42, du 6 juillet 1842 à son frère Emile, (Orig. A.B.). 24 . Annales du petit séminaire de Bordeaux. (Orig. A.D.Bx). 25 . Fragment d'une lettre dont le texte est perdu, citée par Mercier, p. 6. 26 . Le collège est installé dans l'ancien couvent de Cordeliers de ce chef-lieu de canton de la Charente-Maritime. Jusqu'en 1833, il n'accueille que des candidats au sacerdoce (les abbés). A cette date, le nouveau supérieur, l'abbé Boudinet, permet l'accès de la maison à tous les élèves, sans distinction, moyennant une différence de statut et d'obligations. Leslaïques reçoivent une éducation religieuse sérieuse, de la part des enseignants dont la plupart sont prêtres, mais de manière moins suivie que les abbés (voir Mercier, p. 7). 27 . Lettre à sa sur, citée par Mercier, p. 7. (original perdu.) 28 . Les bulletins scolaires, cités par Mercier, p. 18, témoignent de ces perturbations de surface chez un enfant réputé excellent par ailleurs : « Caractère très léger mais bien bon ; Il y a du mieux chez ce cher étourdi, dont le cur est parfait, mais dont la tête est bien légère ; Vous ne vous douteriez pas de la dissipation de cet enfant, si excellent d'ailleurs, et si capable de faire de bonnes études. » 29 . Lettre perdue, citée par Mercier, p. 10. Le même supérieur, devenu Mgr Boudinet enverra au serviteur de Dieu une lettre testimoniale des plus chaleureuses au moment de son entrée dans l'ordre. (Orig. A.B.) Summ. Num. II, p. 51, § 5. |
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