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Document 1. Lettre de Mme Tourré à la prieure générale de Béthanie, 11 novembre 1937. (Orig. A.B.)
Mme Tourré, dont la belle-mère a été élevée avec le serviteur de Dieu, apporte dans cette lettre un précieux témoignage sur la famille et l'environnement du jeune Alcide Lataste.
Loupiac, 11 novembre 1937.
Madame la Prieure et vénérée Mère,
Je vous remercie bien de m'avoir envoyé la partie du sermon prononcé par le P. Lataste le jour de l'inauguration de l'église de Loupiac. Je l'ai aussitôt communiquée à M. le Curé et à quelques personnes qui s'intéressent à l'uvre que vous poursuivez avec tant de zèle.
Malheureusement, je n'ai pu récolter plus de renseignements que ceux que vous avez déjà. Grâce à la complaisance des secrétaires de la mairie, voici ce que nous avons trouvé.
La grand-mère de mon mari, Anne Dejean, est née à Loupiac le 19 octobre 1785. - Mariée à Jean Neveu le 10 juin 1816. - Décédée le 12 octobre 1855. - Elle a eu trois enfants : une fille, Anne, née le 28 août 1819, décédée le 17 mai 1837. - Un fils, Bernard, né le 11 juin 1822, décédé le 8 octobre 1824. - Une fille, Jeanne, née le 18 novembre 1825 qui était la mère de mon mari.
Pour le caractère de la grand-mère, je ne l'ai pas connue. Je peux dire que la famille était religieuse, avait de très bons sentiments et que l'abbé Bonnet était souvent reçu dans la famille comme voisin et ami.
J'ai entendu parler du R. P. Lataste par la mère de mon mari qui avait été élevée avec lui. Je n'ai pu en entendre parler souvent, n'habitant pas avec elle et ne la voyant que très peu de temps pendant les vacances. Elle avait une vénération extraordinaire pour le P. Lataste et nous disait souvent avec un culte tout spécial : « c'était un saint, il a été bien diable, mais si calme et si affectueux qu'on oubliait aussitôt ses taquineries. » Elle ne cessait de répéter que c'était un saint. On voyait bien qu'elle avait pour lui une sincère affection.
La grand-mère n'a pas nourri le P. Lataste puisque quand on le lui a confié, la plus jeune enfant avait sept ans à la naissance du Père. Le jeune Alcide lui fut confié à l'âge d'un an. Etant faible de constitution et vivant avec ses parents dans un local (magasin) privé d'air, en bas des anciens remparts de Cadillac qu'on appelle aujourd'hui les Fossés.
Il demeura à Loupiac jusqu'au jour où sa constitution devint plus forte et lui permit de commencer ses études et qu'il put revenir dans sa famille à Cadillac. Son père était de murs très austères et très rigide, d'une autorité excessivement sévère qui faisait peur à l'enfant, lequel était heureux de s'échapper parfois de la maison paternelle et d'aller confier ses peines enfantines à sa vieille nourrice Anna Neveu.
Cette excellente nourrice habitant à côté de la cure, fut heureuse de mettre une dépendance de sa demeure au service de la paroisse pour y célébrer le culte lors de la restauration de l'église de Loupiac en 1846.
Le vieux curé, M. Bonnet, dont le souvenir est resté très vivant dans la paroisse de Loupiac, était un saint prêtre originaire de l'Aveyron, qui avait une dévotion très vive envers la t.s.Vierge dont il installa l'Archiconfrérie de N-D-des-Victoires en 1841, et qui fit de nombreuses conversions dans la paroisse, ce dont M. Bonnet fit une relation particulière dans un registre appartenant à l'église de Loupiac. Il avait la réputation de réciter le chapelet d'une manière si fervente et si émouvante que les fidèles en y répondant, avaient les larmes aux yeux, d'après le récit de son vicaire, M. Buche, qui l'a raconté lui-même à son jeune vicaire, l'abbé Moulineau, devenu son successeur à Loupiac. A la mort de M. Buche, (un saint prêtre), ancien vicaire et successeur de M. Bonnet à Loupiac, M. le vicaire est descendu dans le caveau des prêtres situé sous le clocher de l'église et a vu le cercueil de M. Bonnet ouvert et son corps revêtu de la soutane et du surplis conservé tout entier. Il tenait son chapelet entre les mains. Nul doute qu'il inspirait à son petit séminariste de Cadillac une grande dévotion envers la T. S. Vierge.- Ci-joint la photographie de l'abbé Bonnet que M. Soubiran m'a remise sans hésitation et ce que M. l'abbé Moulineau a cru pouvoir vous envoyer. Le registre est à l'église de Loupiac, il faudrait le recopier. J'avoue que ce serait un peu long. Cependant, si vous y tenez, je le ferai moi-même.
Il y a fort longtemps que je n'ai vu mon amie Mme Lataste. Je ne la crois pas malade, mais ma pauvre amie se débat comme moi au milieu des ennuis de toute sorte. Je pense aller la voir un de ces jours. Je crois vous avoir dit tout ce que j'ai pu trouver. Si j'avais quelque chose de nouveau, je vous l'écrirai.
Croyez, Madame la Prieure et chère sur, à mes sentiments les plus respectueux.
Marie Tourré.
   
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