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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Les Conférences, une famille.« J'ai retrouvé là une famille de frères. » En arrivant à Privas, à la suite de sa première mutation de fonctionnaire, Alcide Lataste peut ressentir la richesse que constitue l'appartenance aux Conférences : dans cette ville froide et enneigée où il semble ressentir fortement la solitude, les confrères l'ont tout de suite accueilli comme l'un des leurs. Ce qui sans contredit contribuera le plus à m'habituer à Privas, c'est la conférence Saint-Vincent-de-Paul dont je faisais partie à Bordeaux et que j'ai retrouvée ici. Il y a dix-huit mois qu'elle est formée et nous comptons déjà 63 membres32. [...] « Il faut les visiter comme des amis, et s'efforcer de se faire accepter comme tels33. » Si les différences sociales sont mises au second plan par Alcide Lataste, à propos des visites aux pauvres, c'est bien parce que, au sein même des Conférences, il en était ainsi. Voilà bien réellement la véritable fraternité - écrit-il à propos d'une retraite organisée pour les membres des conférences de la Drôme et de l'Ardèche. C'était bon à voir, cette franche intimité, cette franche cordialité qui régnait entre tous. Il était facile de voir que sans se connaître, chacun s'estimait et s'aimait. Nous avions des magistrats, [...] des hommes de haute condition, et aussi des hommes de peine, [...] des paysans en veste. Les premiers ne se croyaient pas déshonorés de se trouver mêlés aux seconds, au contraire, ils rivalisaient de prévenance pour eux à l'église, au réfectoire, dans les cours, et les seconds ne se croyaient pas déplacés à côté des premiers. Ils sentaient qu'ils étaient membres de la même famille34. Nos membres ici sont très zélés, nous en avons de toutes les classes. Le payeur du département, notre président, des avocats, notaires, un avoué, un juge, plusieurs architectes et ingénieurs, un médecin, et plusieurs employés et des propriétaires ; tous pratiquants35. Cette famille de frères tient une place centrale dans sa vie ; il goûte le bonheur d'y retrouver des hommes de toutes conditions unis par la même foi pratiquée sans pudeur, et le même souci des pauvres. Quand diverses épreuves personnelles l'amèneront à approfondir la question de sa vocation chrétienne, il rédigera des prières pour chaque jour de la semaine. Le mercredi est consacré à la prière pour les Conférences : Mon Dieu j'appelle vos bénédictions sur la grande famille Saint-Vincent-de-Paul, les missionnaires lazaristes, les Filles de la Charité, et nos Conférences. Secours des chrétiens, soyez avec nous. Faites-nous triompher dans nos luttes quotidiennes contre nous-mêmes, contre le mal, contre les préjugés. O Notre-Dame des Victoires, si vous combattez avec nous, nous sommes assurés du succès... Mère des pauvres, donnez à nos curs une sainte compassion pour les misères de l'indigent, donnez-nous l'intelligence de ses besoins ; habituez-nous à ne voir en eux que les membres souffrants de votre fils bien-aimé. Faites, ô mon Dieu, que notre Société se consolide, s'étende et se perpétue, avec son esprit primitif de piété de simplicité et d'union fraternelle, afin que ses uvres, pleinement dégagées des intérêts de la terre, deviennent de plus en plus fécondes pour le ciel. [...] Bénissez en particulier chacun de nos confrères. Que la force, les lumières, la paix et l'espérance ne manquent à aucun d'eux ; que leurs épreuves et les nôtres supportées avec patience et résignation vous soient agréables et portent des fruits de salut. Bénissez aussi chacune de nos familles pauvres, les militaires, les ouvriers, les apprentis, les écoliers, et généralement tous ceux qui à quelque titre, de près ou de loin, font partie de notre famille. Faites qu'un jour, nous nous retrouvions tous ensemble et pour toujours à vos pieds, dans le ciel36. Cette dimension communautaire des Conférences Saint-Vincent-de-Paul est souvent soulignée dans la correspondance du serviteur de Dieu comme un appui très important pour la vie chrétienne. Il est en effet manifeste que, dans les milieux que fréquente Alcide Lataste, il est difficile pour un homme de s'afficher comme chrétien et plus encore comme chrétien pratiquant, « de vaincre le respect humain pour s'avouer religieux37. » Cela renforce les liens entre les confrères, qui au sein des conférences, non seulement se dévouent à la même cause caritative, mais plus encore goûtent la joie de pouvoir partager sans honte les mêmes sentiments et pratiques religieuses avec d'autres hommes. 32 . Lettre 15, du 29 mars 1853, à son frère Emile, citée intégralement p. 51. (Org A.B.) 33 . Lettre 16, du 9 mai 1853, à son frère Emile. (Orig. A.B.). 34 . Lettre 17, du 28 juillet 1853, à son frère Emile. Texte intégral p. 55. (Orig. A.B.). 35 . Lettre 16, du 9 mai 1853, à son frère Emile. (Orig. A.B.). 36 . « Prières de tous les jours de la semaine », Notes spirituelles. (Orig. A.B.). 37 . Lettre 15, du 29 mars 1853, à son frère Emile. Texte intégral p. 51. (Orig.A.B.). |
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