Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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L'eucharistie et l'adoration nocturne.

C'est dans le cadre des Conférences qu'Alcide Lataste a découvert l'adoration nocturne, dont il fut un participant très fidèle. A la demande des Conférences Saint-Vincent-de-Paul, le P. Hermann Cohen, carme40, avait prêché à Bordeaux pour y organiser l'adoration nocturne. Il avait été invité à la suite d'une première prédication de deux pères carmes qui avaient suscité l'intérêt pour cette nouvelle forme de prière. Le P. Cohen écrit, le 30 août 1852, à l'un de ses amis, officier de marine avec lequel il avait fondé l'adoration nocturne à Paris :

    Je viens de recevoir la demande des Conférences Saint-Vincent-de-Paul de Bordeaux d'établir l'adoration nocturne. [...] Veuillez m'envoyer au plus tôt un petit règlement et d'autres pièces qui puissent mettre ces zélés frères au courant. Il serait encore mieux que vous puissiez aller à Bordeaux faire tout par vous-même. Vous y trouveriez d'abondantes ressources parmi les jeunes gens. Deux de nos pères y ont prêché, et il faut profiter du moment : il y a enthousiasme, on leur a parlé de l'Adoration et le secrétaire général m'a écrit une lettre brûlante41.

Les nuits d'adoration furent l'une des activités prisées par les jeunes gens du cercle Fénelon42. Il semble néanmoins que ce soit les Conférences Saint-Vincent-de-Paul qui aient été les chevilles ouvrières de cette activité. Alcide Lataste est, avec son ami Leyer, un participant fidèle de ces nuits, qui semblent avoir rencontré un grand succès puisque le P. Hermann écrit le 30 novembre de la même année : « A Bordeaux, ils sont déjà plus de cent, ils font les choses en grand : la première nuit ils étaient vingt- quatre43. »

Cette première expérience de l'adoration eucharistique est assez forte pour inciter Alcide Lataste à en faire profiter ses confrères de Pau. En novembre 1853, en effet, il leur propose de demander au célèbre prédicateur, alors occupé à la fondation d'un couvent de carmes à Bagnères44, de venir prononcer un sermon de charité à Pau, en faveur de la conférence et d'établir par la même occasion l'adoration nocturne dans la ville. Ses vœux sont comblés puisque lors de sa conférence, donnée le 2 décembre, le Père Cohen recommande aux confrères deux œuvres qui lui sont chères : l'adoration nocturne et l'œuvre des soldats.

Il est important de noter, dans ces premiers pas du serviteur de Dieu dans le culte de l'eucharistie, le lien étroit qui existe pour lui et ses amis entre l'adoration et le service des pauvres : l'adoration est l'une des activités des Conférences dont la raison d'être est l'exercice de la charité. D'autre part, notons que ce qui le touche, ce n'est pas le culte public de l'eucharistie, les grandes processions ou les saluts, mais la prière nocturne et silencieuse, le tête-à-tête avec le Sauveur qu'il placera comme la pierre de fondation de Béthanie.


40 . Le P. Hermann Cohen est un prédicateur très écouté de la moitié du XIXe siècle. Sa conversion du judaïsme alors qu'il était pianiste à Paris avait fait grand bruit. Obligé de retarder son projet d'entrer dans la vie religieuse à cause de dettes contractées au jeu, il passa deux années dans le monde avant d'entrer chez les Carmes. Il déploya alors une activité importante aux Conférence Saint-Vincent-de-Paul et mit sur pied une association d'hommes ayant pour objet l'organisation de nuits d'adoration du Saint-Sacrement. La première eut lieu le 6 décembre 1848 à Notre-Dame-des-Victoires. Entré en religion sous le nom d'Augustin Marie du Saint-Sacrement, il eut une activité importante de prédicateur dans laquelle il resta fidèle aux deux piliers de sa jeune vie chrétienne : les Conférences Saint-Vincent-de-Paul et l'adoration nocturne. (Vie du Père Hermann Cohen, en religion Père Augustin Marie du Saint-Sacrement, o.c.d., par l'abbé Charles Sylvain, Paris, Ed. H. Houdin, 1883).

41 . Op. cit., p. 132.

42 . « Oh ! Qui me rendra notre petit Cercle, et nos causeries intimes, et nos nuits passées en commun près de l'autel, où nous allions ensemble adorer et prier le Dieu qui nous donnait toutes ces choses ? J'allais le prier de m'accorder des grâces et je ne pensais pas à le remercier pour toutes les joies qu'il me donnait ! Qu'on est ingrat quand on est heureux, et comme on n'apprécie bien une chose que lorsqu'on ne la possède plus ! » (lettre du serviteur de Dieu à son ami Leyer, (s. d.) ; reproduite par Mercier, p. 31. Orig. perdu).

43 . Op. cit., p. 133.

44 . Op. cit., p. 152 sv. Le biographe ne semble pas avoir eu connaissance de la prédication du Père Hermann Cohen à Pau. Celle-ci est pourtant attestée par le registre de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Martin, qui précise même que la quête faite à cette occasion en faveur de la conférence a rapporté 1 903, 95 F. On peut également y lire : « Plusieurs membres de la conférence se font inscrire sur une liste qui doit être remise à Monsieur le Curé de Saint-Martin parmi les fidèles qui désirent faire partie de l'Œuvre de l'Adoration nocturne du Très-Saint-Sacrement. »

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