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Document 4. Lettre 338, du 20 novembre 1855, à Mme de Saint-Germain, (Orig. A.B.).
Cette lettre de condoléance est écrite par le serviteur de Dieu quelques jours après le décès de Cécile. Elle montre bien que l'attachement d'Alcide Lataste pour la jeune fille était toujours très fort, malgré les deux années de séparation et la conviction qu'il avait d'être dans le bon chemin en obéissant à son père.
Pau, 20 novembre 1855.
Pauvre mère, que vous dirai-je ? Hélas ? Voilà que Dieu vient de nous enlever ce que nous aimions le plus au monde ! voilà que tout ce qui faisait notre joie, la douceur des jours présents, l'espérance de ceux à venir vient de nous être ravi ! Que faire, que dire ? Hélas ! courber la tête...
Oh ! que ne suis-je auprès de vous en ce moment, je voudrais vous apporter quelques consolations et je sens que vous ne pouvez les recevoir ; hélas ! je sens aussi que mon cur s'y refuse. Oh ! pourquoi, n'écoutant que mon cur, ne suis-je pas parti pour Privas à la première nouvelle de cette maladie fatale. Me voir séparé d'elle, ainsi, brusquement, sans avoir reçu son dernier adieu, sans l'avoir revue une seule fois depuis plus de trois ans. Oh ! mon avenir est brisé ; ma vie est déflorée ; mon horizon est sombre ; il est triste et noir !
Et moi, qui me réjouissais déjà à la nouvelle de sa convalescence, moi qui croyais déjà à sa guérison définitive, oh ! pourquoi la mort ne m'a-t-elle pas pris à sa place ?
Pardon, ma mère ; que votre douleur pardonne à la mienne de remuer ces cendres brûlantes et cruelles. Non, du courage ! il nous faut avoir du courage ! Elle n'est plus avec nous ; eh bien ! Elle est au Ciel. Elle nous voit, elle veille sur nous. Nous sommes malheureux, mais ne soyons pas égoïstes, ce serait faire mentir notre amour pour elle qui ne l'était point. Nous devons songer qu'elle est toute heureuse aujourd'hui, à l'abri des misères de la vie, et ne pas tant songer à la douleur de nous avoir privés d'elle désormais.
O Léonide, vous étiez bien avant dans mon cur ; et vous n'en sortirez pas. Quoi qu'il puisse arriver votre souvenir y restera enfermé comme un baume précieux, comme le parfum d'un lis qui ne se flétrira pas.
O ma mère, veuillez accepter pour vous ce petit chapelet que j'avais envoyé pour elle. Qu'il vous serve un peu à vous consoler dans vos prières ; qu'il vous soit toujours un souvenir de l'attachement de l'amour inaltérable que j'avais voué à celle qui fait aujourd'hui l'objet de nos larmes, et que je veux désormais reporter sur vous. Combien M. de Saint-Germain doit être terriblement affecté de ce malheur et que je souffre moi-même à la pensée de tout ce que vous devez souffrir. Je compte sur Eugène et M. Eldin pour vous aider à supporter un peu notre malheur commun, et je prie Dieu qu'il vous donne tout le courage nécessaire, il vous en faut tant !
Notre pauvre amie avait recouvré la connaissance avant sa mort ; oh ! lorsque vous en aurez le courage, parlez-moi un peu de ses derniers moments. Parlez-m'en beaucoup ; à cur ouvert. Laissez couler avec vos larmes le récit de vos cruelles douleurs ; cela vous fera du bien, j'en suis sûr ; ce sera comme si vous me disiez toutes ces tristes choses tête à tête. Il fait bon épancher ses douleurs dans un cur qui les sent de même. O ma mère, ne me refusez pas cette triste faveur. Que je connaisse tous les détails de sa dernière heure ; que je les connaisse pour les graver dans mon cur et ne les plus oublier jamais. Que je vous saurai gré d'un tel courage et d'une telle complaisance.
Ne serait-il pas aussi permis à mon affection pour elle de solliciter quelque souvenir, quelque objet, n'importe lequel qu'elle ait touché ou porté dans ses derniers jours. Jamais je ne me séparerai de ces souvenirs funèbres mais si doux et si chers, et avec son portrait chéri ils me suivront jusqu'aux dernières limites de ma vie, jusqu'au jour où Dieu m'accordera d'aller me reposer auprès de lui et auprès d'elle. Oh ! quand sera-ce ?
Que Dieu nous protège, ma bonne mère, ma mère chérie ; qu'il vous donne à M. de Saint-Germain et à vous et à nous tous la force de supporter un tel malheur.
Je vous embrasse mille fois de cur et d'âme,
A. Lataste.
Écrivez-moi un peu ; votre lettre m'est si nécessaire ; elle est si désirée et si impatiemment attendue.
   
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