Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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3. Rencontre de Cécile de Saint-Germain et approfondissement de sa vocation religieuse. (1853 - 1857)

La rencontre d'une « pure jeune fille ».

Le 14 février 1853, Alcide Lataste est nommé contrôleur surnuméraire à Privas, en Ardèche1. Pour la première fois, il va devoir vivre loin de sa famille, loin de la Gironde. Lorsque le serviteur de Dieu arrive à Privas, il est précédé d'une réputation flatteuse2. C'est principalement son activité caritative qui attire l'attention : certains la trouvent ridicule, d'autres sont édifiés3. Il consacre en effet une grande partie de son temps libre à visiter les pauvres et les soldats4. Ses parents l'ont confié à un couple qui l'accueillit souvent, les Poncet. C'est chez M. et Mme Poncet qu'il va faire une rencontre capitale dans le courant d'avril 18535. Une jeune fille de Privas avait en effet entendu parler de lui et nourrissait à son égard une admiration qui était toute prête à se développer en un véritable amour. Léonide Cécile de Saint-Germain6 est nettement plus jeune que le serviteur de Dieu, elle a à cette époque seize ans. Elle est de famille aristocratique, mais ses parents n'ont pas de fortune. Son père est depuis un an receveur des Contributions indirectes à Privas. Il semble que les deux jeunes gens se soient assez vite appréciés7. Les fondements d'une relation solide semblent assurés : ils sont l'un et l'autre pieux et désireux de vivre chrétiennement. Elle admire son activité charitable, il apprécie sa piété douce et angélique et son élévation de caractère.

Dans l'incertitude où se trouve Alcide Lataste à propos de son avenir, il interprète la rencontre de cette jeune fille comme un signe providentiel de la volonté de Dieu. Il est en effet toujours marqué par la coexistence de son ancien projet de vie consacrée et la conviction que son besoin d'affection ne pourra trouver une issue que dans l'amour d'une créature. Plus tard, il demeurera convaincu, mais pour d'autres raisons, que cette rencontre était providentielle, et qu'elle lui a permis de purifier et de mûrir sa vocation.

Il est encore mineur, puisqu'il n'a pas vingt et un ans accomplis. Sur le conseil de son confesseur, l'abbé Eldin8, il fait part de cette rencontre à ses parents, sans pour autant leur demander l'autorisation de se marier, car il ne se croit pas encore prêt pour un tel engagement9. La réaction de son père manifeste réticence et inquiétude. D'une part, le sentiment qui unit les jeunes gens semble bien récent : ne s'agit-il pas d'un caprice passager ? Il lui semble nécessaire que cette affection naissante soit soumise à l'épreuve de l'absence. D'autre part, la famille de Saint-Germain n'a pas de fortune, mais a une position sociale qui n'est pas celle des Lataste, et le serviteur de Dieu est encore loin d'avoir une situation stable : il n'est que contrôleur surnuméraire. Cette opposition de M. Vital Lataste va se manifester par une intervention auprès de l'administration des Contributions directes : son fils étant mineur, il demande que celui-ci soit rapproché de Bordeaux. C'est ainsi que le serviteur de Dieu reçoit le 6 août son affectation à Pau. Le directeur des Contributions de Privas regrette de devoir se séparer d'un collaborateur qu'il avait commencé à apprécier ; il lui demande d'assurer son service jusqu'à l'arrivée d'un remplaçant. Alcide Lataste quitte Privas le 11 septembre ; il ne reverra jamais Cécile.


1 . Orig. Archives départementales de l'Ardèche, Privas, (Pers. C.D. Liasse p. 19895).

2 . Une lettre du secrétaire général des Conférences Saint-Vincent-de-Paul de Bordeaux pour le président de la conférence de Privas lui a permis d'être admis sans élection, (voir la lettre 15, du 29 mars 1853 à son frère Emile reproduite intégralement p. 51 ; Orig. A.B.).

3 . Mercier, p. 48.

4 . Lettre 15, du 29 mars 1853, à son frère Emile, reproduite intégralement p. 51. (Orig. A.B.).

5 . Voir lettre 457, du 22 novembre 1853, à son ami Blacas reproduite intégralement p. 82. C'est de cette lettre que sont tirés les détails qui suivent sur la rencontre des deux jeunes gens. (Orig. A.B.).

6 . Léonide Cécile de Saint-Germain, née en 1837, de Ferdinand de Saint-Germain et Adèle Verriot. (Orig. A.B.). Le serviteur de Dieu et l'entourage de la jeune fille emploient indifféremment l'un ou l'autre des deux prénoms.

7 . Dès la fin du mois, le 26 avril, le jeune homme ose quelques vers en acrostiche (Orig. A.B.) :
L
a violette aussi comme vous est timide
E
lle va sous la mousse épandre ses senteurs
O
h ! d'un trop vif éclat ne soyez pas avide,
N
'enviez pas au public ses murmures flatteurs,
I
ls ne donnent qu'ennui ! Mais que votre coeur brille
D
e modestes vertus, d'innocentes amours
E
t vous serez heureuse, ô pure jeune fille,
       Toujours !
Un autre poème, intitulé Une épine pour une rose (Poème 11, non daté), est manifestement adressé à Cécile. Il offre une méditation sur les unions que Dieu ménage pour le bien des deux parties, l'épine et la rose. On y retrouve un sentiment qui habitait souvent le serviteur de Dieu, celui de son indignité. (Essais littéraires ; Orig. A.B.).

8 . L'abbé Joseph Eldin est né à Ruoms, le 29 septembre 1821, ordonné prêtre le 6 juin 1846, nommé vicaire à Privas le 11 février 1847. Prêtre très estimé, il était directeur et confesseur de Cécile de Saint Germain, ainsi que celui du s.d. lorsqu'il résida dans cette ville. Il mourut à 80 ans (voir la lettre 457, du 22 novembre 1853, à Blacas ; Orig. A.B.).

9 . Lettre 19, du 4 octobre 1853, à son frère Emile, citée p. 79. (Orig. A.B.).

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