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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Premiers pas dans la vie religieuse.Arrivé au couvent de Flavigny le 4 novembre 1857, Alcide Lataste commence sa nouvelle vie par quelques jours de retraite à l'hôtellerie. Il est vivement impressionné par tout ce qu'il voit, en particulier par la visite de deux novices venus lui laver les pieds9. Sa candidature est acceptée par le conseil conventuel le 8 novembre10 ; il passe l'examen d'entrée le lendemain. Ces jours de préparation ultime à la vie religieuse sont pour lui un temps de grâce. Il goûte une paix et une joie auxquelles il ne s'attendait pas, lui qui était arrivé courbé sous le poids de son indignité et prêt au sacrifice. Lucide, il sait que le temps de l'épreuve ne lui sera pas épargné, mais il reçoit cette paix avec gratitude : Je ne puis comprendre comment il se peut faire que je sois si calme, si tranquille, si heureux, certainement j'espérais l'être, mais non pas sans peine, sans lutte, sans combat. Le bon Dieu, je le vois bien ménage mes forces ; il réserve les épreuves pour les jours où je serai plus fort. Ce qu'il y a de certain, c'est que jamais je n'ai été si heureux, aussi calme, aussi gai ; jamais je n'ai ri, jamais je n'ai dormi d'aussi bon cur11. Cette paix, cette joie transparaissent dans le comportement du jeune postulant : il fait d'emblée l'impression d'un jeune homme aimable, gai et généreux12. Le Père Sicard13, le maître des novices, et ses futurs compagnons de noviciat sont frappés par son heureux caractère, mais également par ce que le serviteur de Dieu laisse deviner de sa fermeté d'âme et de sa piété. Il édifie en particulier ses futurs frères par le temps qu'il passe devant le Saint-Sacrement14. C'est le vendredi 13 novembre qu'il a la joie de recevoir l'habit des Frères prêcheurs15 et le nom de frère Jean-Joseph16 ; ce même jour il renouvelle son acte de donation à Marie qu'il avait déjà fait quelques mois plus tôt17. Le jeune novice cherche immédiatement à accomplir le mieux possible ce qui lui est demandé. Rien n'est petit ou peu important à ses yeux ; toutes les charges et les obligations de la vie religieuse sont des moyens qui peuvent l'aider à se rapprocher de Dieu. Ce refus de la demi-mesure va le pousser à aller plus loin que ce qu'on lui demande dans la séparation avec son ancienne vie. Il avait obtenu de l'administration un congé d'un an. Il l'avait demandé pour venir au noviciat examiner sa vocation. Il voulait transformer ce congé en démission absolue et renoncer à poursuivre sa carrière. Je lui donnais un avis contraire qui me semblait prudent car il ne compromettait point l'avenir et ne nuisait pas au présent qui n'assurait pas encore la conclusion finale de l'épreuve du noviciat. Non, me dit-il, non, mon Père : ma démission ! J'y suis résolu. Si je ne la donnais pas ainsi, je garderais peut-être une cause de tentation, une occasion du moins de retourner dans le siècle sous le coup d'une épreuve. Si je dois y retourner Dieu y pourvoira18. Le serviteur de Dieu ne veut pas garder de sécurité, car il est « heureux d'avoir eu une position, une place à quitter pour l'amour de Dieu19 ». Le jeune postulant est habité par l'idée qu'il a tout quitté pour l'amour de Dieu. Il éprouve, spirituellement, quelque chose qui est de l'ordre du salut : il lui semble, après avoir traversé des moments difficiles, qu'il est arrivé à bon port. « [...] je n'échangerais pas ma place pour toutes les plus belles positions du monde ; il me semble être sorti d'une mer agitée d'où j'ai eu bien de la peine à me tirer sain et sauf20 ; [...] » Le serviteur de Dieu avait déjà connu un tel sentiment de gratitude à l'égard d'une autre communauté. Il se souvient en effet, durant ces premiers jours au noviciat, des Conférences Saint-Vincent-de-Paul21 dont il retrouve quelques membres dans l'Ordre22 : « cette société, je l'aime comme un fils aime sa mère, comme on aime l'amie qui vous a tendu la main au moment du danger et vous a évité une chute, peut-être votre perte23. » Il est important de souligner cette expérience que fait le serviteur de Dieu de la communauté chrétienne comme lieu du salut, car elle façonnera certainement la manière dont il proposera aux détenues une communauté pour les accueillir. Le serviteur de Dieu a probablement prévenu rapidement ses parents de son entrée dans l'Ordre. Aucune correspondance à ce sujet n'a été conservée. Son père, malgré ses doutes religieux, assistera à sa profession et à son ordination ; en revanche, sa mère semble avoir mis longtemps à accepter une telle décision. On ne trouve aucune allusion à elle dans les lettres du serviteur de Dieu à sa famille durant six ans : toute communication semble coupée. Les préoccupations d'un novice.Selon ses condisciples, le jeune frère Jean-Joseph entre sans difficultés dans les observances dominicaines24. Il se donne à la vie religieuse à sa manière, totalement. Il est en cela un digne fils de Lacordaire : « Quand nous, Français, nous faisons moines, c'est avec l'intention de l'être jusqu'au cou25. » Une seule observance continue à l'effrayer : la souffrance volontaire. Ne pensez pas que j'ai exagéré mes pénitences. Je vous avouerai que j'ai toujours eu autrefois une répulsion instinctive à la fois et raisonnée pour la mortification corporelle. En entrant à Flavigny, je disais à Dieu, je m'en souviens : Mon Dieu, si vous voulez que je souffre, envoyez-moi des souffrances : avec votre grâce, je les accepterai avec joie, mais ne comptez pas sur moi pour me faire souffrir26. Il entre avec la même générosité dans la prière quotidienne. Il est attentif à en faire une prière d'intercession pour tous ceux qu'il aime27, dans la suite de ses « intentions de prière pour tous les jours28 » pratiquées dans la vie laïque. L'obéissance enfin lui semble simple et facile. Il éprouve une sorte de libération à appliquer ses efforts à l'essentiel et à être débarrassé des obligations de la vie mondaine. L'objectif de sa présence au noviciat est celui qu'il continuera de se donner et de donner aux autres durant toute sa vie religieuse : devenir des saints. Priant pour ceux qu'il aime, il le fait en ne demandant pour eux « qu'une seule chose, c'est que coûte que coûte, ils deviennent des saints29. » La correspondance qu'il commence à cette époque avec Mme Piron30 manifeste le même désir. Il insiste pour qu'elle fasse partie d'un tiers ordre, qu'elle ne laisse passer aucune occasion de s'inscrire à une confrérie : devenir un saint nécessite l'appartenance à une communauté. L'épreuve de la maladie.Le serviteur de Dieu n'avait pas demandé à Dieu la souffrance ; il avait même prévenu son Seigneur qu'il ne fallait pas compter sur lui pour s'infliger des souffrances volontaires. La maladie va venir à lui sans qu'il l'ait cherchée, elle va l'accompagner durant toute sa formation religieuse, et mettre rapidement un terme à son activité apostolique. C'est en effet après quelques mois de noviciat, en janvier 1858, que le frère Jean-Joseph se blesse, en accomplissant son travail de sacristain à l'autel de saint Dominique. Il se coince l'index avec un chandelier31. La chair est meurtrie, mais il ne dit rien. Quelque jours plus tard, le 2 février, le panaris nécessite l'intervention d'un médecin ; celui-ci sectionne maladroitement les tendons extenseurs de l'index en voulant inciser l'abcès. Le serviteur de Dieu supporte la douleur avec un courage qui édifie son père maître. La douleur la plus terrible devait venir par la suite : on craint en effet dans les jours suivants d'avoir à l'amputer de l'index. Or, à cette époque, le droit canonique interdisait l'ordination sacerdotale d'un homme dont la main n'était pas complète. Le serviteur de Dieu fait alors en lui-même le deuil de sa vocation sacerdotale, décidant de rester dans l'Ordre comme simple frère si l'ordination lui est refusée. J'aurai demandé à être convers, plutôt que de rentrer dans le monde ; car plus que jamais, je me trouve heureux et je tiens à rester dans la vie religieuse. ( ... ) Aussi, cette épreuve aurait-elle achevé, si cela n'eût été déjà fait, de m'attacher pour jamais à Dieu et à l'Ordre32. La guérison du panaris, constatée le 13 février par un médecin de Dijon33, n'est pourtant pas la fin de ses épreuves. En effet, l'infection a probablement été la cause d'une septicémie, puisque quelques jours plus tard une ostéomyélite34 de la hanche droite se déclare. Cette fois, les douleurs sont très intenses : on ne peut remuer le malade sans le faire crier35. Cette nouvelle maladie risque d'entraîner pour le novice des conséquences encore plus graves que la première, car ses supérieurs peuvent le refuser à la profession s'ils jugent qu'il n'a pas une santé satisfaisante. Le serviteur de Dieu affronte cette épreuve dans la foi : Le frère Jean-Joseph ne se troubla pas un seul instant, et sa foi resta à la hauteur de cette nouvelle épreuve. Intimement convaincu que Dieu le voulait dans l'Ordre, il ne s'inquiéta nullement des mesures que ses supérieurs pourraient prendre à son égard36. Le serviteur de Dieu laisse peu paraître les difficultés qu'il traverse dans la correspondance qui est conservée. Il semble surtout soucieux du salut de ses destinataires, et désireux de leur faire partager la joie qu'il a trouvée dans l'Ordre. Il propose aux uns l'entrée dans le tiers ordre, et aux autres il fait la proposition à peine voilée de l'imiter : « vous seriez le bienvenu, comme vous n'en doutez pas ; mais prenez garde, la vie ici est bonne et douce pour l'âme et vous pourriez succomber à la tentation d'y rester37. » La maladie de la hanche va handicaper le serviteur de Dieu durant toute sa formation religieuse. La douleur et le repos forcé lui ont imposé un rythme de vie différent de celui de ses frères au noviciat et au noviciat profès. Il a dû passer de longs moments dans la solitude de sa cellule, ne pouvant participer aux promenades38 ou à certaines récréations quand la douleur était trop vive. L'une des traces de ces moments de retraite forcée est le volumineux cahier dans lequel il a recopié plus de cinq cents notes de lectures concernant la vie des saints - en particulier des saints de l'Ordre, à partir de lectures faites dans L'Année dominicaine39. Ces notes fourniront les exempla dont sa prédication sera truffée. L'état de sa jambe qui était loin d'être guérie le retint à plusieurs reprises pendant un temps assez long en cellule durant son séjour à Saint-Maximin. Cette solitude à laquelle il était voué, et dont il s'accommodait bien, exerça une influence sur sa vie spirituelle, en lui donnant une direction plus contemplative. Le temps qu'il gagnait sur ses frères en étant affranchi des exercices de communauté et des promenades hebdomadaires, il l'employait à de pieuses lectures et à une prière plus affective. Ainsi ce besoin d'union avec Dieu se trouvait favorisé par cette vie de souffrance et de solitude. La lecture de saint Bernard, qui était alors son auteur favori, le remplissait d'onction ; le Traité de l'amour de Dieu de saint François de Sales faisait également ses délices40. Le seul remède à l'infection osseuse à cette époque reposait sur des cures thermales41. Le serviteur de Dieu est amené à faire des séjours aux eaux de Barèges, dans les Pyrénnées, chaque été de 1860 à 186342. La guérison est lente. En mai 1861, on parle de carie au fémur : une parcelle de la tête fémorale se détache de l'os. Ce morceau d'os mettra deux ans à sortir de la hanche. Il est encore conservé à Béthanie, il mesure plusieurs centimètres. On imagine les douleurs et les plaies que l'extériorisation progessive de ce sequestre ont dû entraîner. Ce n'est qu'en 1863 que l'on peut parler de guérison. A la suite de la cure à Barèges, le serviteur de Dieu est soumis à ce qui est alors considéré comme un remède particulièrement tonique : des bains de mer à Arcachon. Séjour au couvent de Toulouse et première profession.Au terme de l'année de noviciat canonique, le frère Jean-Joseph n'a pas la santé suffisante pour qu'on puisse l'admettre à la profession. Profitant du délai qu'autorisent les constitutions, ses supérieurs l'envoient au couvent Saint-Romain de Toulouse, pensant que la chaleur du Midi lui fera du bien. Il séjourne dans ce couvent de la mi-novembre 1858 à la mi-mai 1859. Il commence à étudier la théologie ; sa première dissertation sur la présence de Dieu date du 9 décembre. Il se lance dans l'étude à sa manière, c'est-à-dire sans retenue, et en cherchant à faire profiter son entourage de ses découvertes. Son zèle apostolique tout neuf le pousse à s'inquiéter de l'influence du positivisme sur son père et ses frères, en particulier Emile. Il les sait éloignés des sacrements. Sans trop de tact, il prend la situation en main, et leur expédie le texte de ses dissertations43, en proposant la fondation d'un cercle d'études dans la famille, à partir de son travail, avec la proposition d'intervenir en cas d'objections trop difficiles. La famille se lasse assez vite d'une telle activité : une lettre de 186144 fait référence à des lettres envoyées par M. Lataste père et par Emile où ceux-ci demandent au jeune prédicateur de modérer son zèle et de ne plus discuter de questions religieuses avec eux dans sa correspondance. Il espère un moment pouvoir faire profession le 2 février 1859, mais la date est à nouveau retardée. Il accueille la nouvelle avec une confiance imperturbable en Dieu, ce qui ne l'empêche pas de ressentir de la tristesse : Dieu m'a appelé, écrit-il le 5 mars, je suis résolu de faire en toutes choses sa volonté ; et j'ai mis toute ma confiance en lui, assuré d'avance que ce ne sera pas en vain. Je suis sans inquiétude ; et une fois passées les heures de tristesse causées par ce nouveau délai, je me retrouve calme, me reposant de toutes choses sur la bonté de Dieu, certain qu'il ne permettra pas que mon mal augmente ou persiste assez, pour que mes supérieurs ne puissent me recevoir définitivement dans l'Ordre45. C'est finalement le 10 mai 1859, en la fête de saint Antonin de Florence que le frère Jean-Joseph peut enfin faire profession46 au couvent de Toulouse entre les mains du père prieur47. Il annonce cette nouvelle à son frère Honoré dans une lettre datée du 1er. mai, dans laquelle il décrit la cérémonie, dont il souligne la grandeur et la simplicité. Il fait part de son désir de voir quelques membres de sa famille à ses côtés, tout en soulignant que leurs affaires les empêcheront probablement d'être présents48. Son père et deux de ses frères, Théophile et Honoré, font pourtant le voyage et lui procurent la joie de voir unies autour de lui sa famille de sang et sa famille religieuse. C'est à Toulouse, le 10 mai, que j'ai eu le bonheur d'être accepté par Dieu, et de contracter avec lui cette union spirituelle qui permet de voir en lui, non seulement un père, un ami, un frère, mais plus que cela : un époux, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus cher, de plus aimé, de plus aimant, de plus confondu en nous. Ah, c'est maintenant que je goûte vraiment malgré mes ingratitudes et mes péchés sans nombre, le sens de cette parole que tu aimais si souvent à répéter, sans en comprendre toute la portée : qu'il fait bon être aimé ! Que j'aime à être aimé49 ! Le besoin d'amour qui se trouve dans le cur de l'homme n'est rassasié qu'en Dieu : cette conviction pourrait résumer la trajectoire du serviteur de Dieu, à la suite de celle de saint Thomas d'Aquin. Dans ce temps de grâce, il connaît le bonheur après lequel il a longtemps couru ; désormais, il ne fera plus allusion dans ses notes ou dans sa correspondance à ce besoin d'affection qui l'habitait et le rendait malheureux. La joie qu'il éprouve est celle de l'amour donné et reçu ; elle est aussi celle du salut. De même qu'il avait eu l'impression d'arriver au port après la tempête en entrant au noviciat, de même il connaît une paix jamais ressentie depuis sa profession. Il est libéré de la culpabilité : Au lieu qu'autrefois j'essayais de revenir devant Dieu sur ma vie passée, pour déplorer mes fautes et lui en demander pardon ; depuis cet heureux jour, quand je veux faire de même, je crois entendre une voix me dire : « Laissons cela, n'y pensons plus, tout est oublié, la justice est satisfaite, il ne reste plus que l'amour50. » C'est à une telle libération, à une telle expérience spirituelle qu'il conviera les détenues quelques années plus tard en leur ouvrant toutes grandes les portes de la profession religieuse. Dès le lendemain, il prend la route du couvent d'études de la province, alors installé à Chalais près de Grenoble. C'est l'occasion pour lui de passer à nouveau par des régions qui lui rappellent bien des souvenirs, Privas, Viviers..., et de rendre grâces51. Les frères étudiants, de Chalais à Saint-Maximin.Le couvent que rejoint le jeune profès est différent de ceux qu'il a connus. On ne trouve à Chalais, en effet, que des frères étudiants et des professeurs. La communauté relativement nombreuse puisqu'elle abrite dix-sept novices profès. Le serviteur de Dieu goûte avec joie l'atmosphère de ce couvent où il n'y a pas le va-et-vient habituel des pères partant pour prêcher à l'extérieur. Tout, à Chalais, est ordonné à la concentration que réclame l'étude. Le spectacle de la nature est grandiose. Je bénis la divine miséricorde qui, non contente de m'avoir arraché aux faiblesses, aux dangers, aux peines et aux soucis du monde, m'a conduit dans cette sainte maison, où dans les pratiques extérieures d'une vie de pénitence que je n'avais pas embrassée, je l'avoue, sans quelque terreur, elle inonde mon âme de tant de joies douces, calmes, inattendues, et semble ainsi vouloir, pour me servir de l'expression d'un saint, me mener en carosse au paradis52. Ce séjour en montagne va pourtant être de courte durée. Le couvent est trop petit pour l'affluence des novices profès, et le climat est trop rude pour leur permettre de se livrer sans difficultés à l'étude. Le Père Lacordaire nourrit depuis longtemps un projet qu'il va pouvoir enfin mettre à exécution, au mois de juillet 1859. Le 2 juillet, il arrive à Chalais, sans être annoncé, et convoque la communauté au chapitre. Il annonce aux frères qui commençaient la retraite annuelle, que la retraite est suspendue et qu'ils doivent se tenir prêts à partir deux jours plus tard en compagnie de leur provincial pour Saint-Maximin53. L'émotion de reprendre possession de l'antique couvent de l'Ordre qui abrite les reliques de sainte Marie-Madeleine, la joie de voir le Père Lacordaire prendre lui-même la tête de l'expédition laissent complètement dans l'ombre le côté impulsif et imprudent de cette décision. Le couvent provençal est en effet loin d'être en état pour accueillir les frères, et rien n'empêchait d'attendre quelques semaines que les travaux fussent finis. Après vingt-quatre heures d'un voyage harassant vécu dans l'enthousiasme, les jeunes prêcheurs reprennent possession de leur couvent provençal le 5 juillet aux aurores. Il n'y a presque pas de mobilier, les cellules récemment replâtrées sont terriblement humides : une grande partie du noviciat profès tombe malade durant les jours qui suivent ! Ce couvent de Saint-Maximin va pourtant abriter la fin de la formation religieuse du frère Jean-Joseph, jusqu'à l'ordination. Il va être le lieu où deux évolutions importantes vont se dérouler sur plan religieux et, sur le plan spirituel : la découverte progressive d'une vie spirituelle plus profonde, et la rencontre de Marie-Madeleine. 9 . 6 novembre 1857. « Notes personnelles... ». 10 . Registre du conseil conventuel de Flavigny, Archives de la province de France, 1-25. 11 . 7 novembre 1857. « Notes personnelles... » 12 . Rapport du Père Sicard, maître des novices. (Summ. Num. p. 76, § 88-89 ; Org A.B.). Le bonheur qu'il ressent lui permet de mettre un terme, enfin, à la douleur qu'il éprouvait depuis la mort de Cécile. Il peut en effet écrire à son père : « S'il m'était donné de rappeler à la vie celle qui n'est plus, et que je crois parfaitement heureuse, eh bien ! je ne le ferais pas ; et si, ce qui est plus encore, il m'était donné avec mes idées d'aujourd'hui de revenir aux anciens jours, je lui dirais, à elle que j'aimais plus que ma vie : ma sur, vous voulez mon bonheur et moi le vôtre, n'est-ce pas ? Eh bien ! consacrons tous les deux notre jeunesse au Seigneur et nous serons unis dans l'éternité » (lettre à son père, original perdu ; citée par Mercier p. 79, et Summ. Add., p. 612, § 90.) 13 . Le père Camille René-François Sicard est né le 29 mars 1827 à Puyraveux (diocèse de La Rochelle). Il entre dans l'Ordre alors qu'il était déjà prêtre de ce diocèse, ce qui explique qu'il ait pu avoir des renseignements sur le comportement d'Alcide Lataste au collège de Pons. Il fait profession le 14 septembre 1856 et devient maître des novices un an plus tard : sa signature apparaît au registre du conseil et dans les actes de prise d'habit à partir de septembre 1857 et jusqu'en juillet 1858. Il meurt en 1907. Notice nécrologique dans L'Année dominicaine, 1907, 138-139. 14 . Note du Père Colchen (identifiée par les comparaisons d'écriture ; Orig. A.B. ; Summ. Num. III, p. 79, § 103). Ce souvenir souligne la persistance chez le serviteur de Dieu des pratiques découvertes aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul. (Le fr. Réginald Colchen a reçu l'habit un mois avant le serviteur de Dieu ; originaire de Metz, il a fait profession le 20 octobre 1858 ; ayant choisi la province de Toulouse après la restauration de celle-ci, il en a été provincial.) 15 . La cérémonie prévue pour le lendemain (9 novembre 1857 ; « Notes personnelles...») a été avancée (lettre 243, du 29 décembre 1857, à Mme Piron). La date de vestition (9 novembre) donnée par la note du Père Colchen reproduite dans le Summarium Num. III, p. 79, est erronée. 16 . Saint Jean-Joseph de la Croix était né en 1654 à Ischia, près de Naples. Il entra dans l'Ordre de saint François d'Assise, réformé par saint Pierre d'Alcantara. Il pratiqua l'obéissance jusqu'à l'héroïsme. Il avait le don d'apaiser les doutes contre la foi et faisait partager à tous son espérance invincible. Il répétait volontiers que « Dieu est un tendre Père qui aime et secourt ses enfants ». Il mourut en 1734 et fut béatifié en 1789, (Evers, p. 109). 17 . Ce texte est daté de « Flavigny, le 13 octobre 1858 ». C'est probablement le jour où il a su qu'il serait retardé à la profession. Il le contresigne à nouveau les jours de sa profession simple, de sa profession solennelle et de ses ordinations, ainsi qu'à la Grande Chartreuse le 16 avril 1867. Une signature est écrite avec son sang en date du 10 mai 1861, à Saint Maximin, en la fête de Saint Antonin. (« Notes...» ; Orig. A.B.). 18 . Notes du P. Sicard, Summ. Num..III, p. 77, § 93-95. 19 . « Notes personnelles », 8 novembre. (Orig. A.B.) 20 . « Notes personnelles », 7 novembre. (Orig. A.B.) 21 . Son attachement aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul apparaît également dans le fait qu'il espérait recevoir en religion le nom de frère Marie-Vincent. Il note que le nom de Vincent prête à équivoque, sans doute à cause de saint Vincent Ferrier. Il ajoute que le père maître lui en a choisi un qui est très bien. A cette époque, en effet, les postulants ne choisissaient pas leur nom de religieux, mais le découvraient le jour de la vestition. « Notes personnelles » du 9 novembre. (Orig. A.B.) 22 . C'est en particulier le cas du Père Mas entré au début d'avril 1856. (p. m. etcheverry, Le Très Révérend père J.-L. Mas, des Frères prêcheurs, Paris, Lethielleux, 1917, P. 33-37). Sur la présence d'autres confrères de Saint-Vincent-de-Paul, voir les «Notes... » du 8 novembre. (Orig. A.B.) 23 . « Notes... » , 8 novembre. (Orig. A.B.) 24 . Sur l'horaire d'un noviciat à cette époque, voir le texte d'Henri Jouin cité p. 109. 25 . Lettre de Lacordaire, novice, du 20 octobre 1839. à Ozanam. (Orig. A. o.p. Paris.) 26 . Lettre 252, du 18 novembre 1861, à Mme Piron. (Orig. A.B.). 27 . Fragment de lettre non numéroté, (s. d.), à son frère Honoré (Orig. A.B.). 28 . Des extraits en ont été cités p. 47, 69, 73 et 74. 29 . Fragment de lettre non numéroté, (s.d.), à son frère Honoré. (Orig. A.B.). 30 . Sur cette correspondance, voir p. 72. (Orig. A.B.). 31 . Récit par le Père Sicard. (Summ. Num. III, p. 77-78, § 96-100 ; Orig. A.B.). 32 . Citations de lettres reproduites par Mercier, p. 90-91. Summ. Add., p. 616, § 102-103. Orig. perdu. 33 . Lettre 11, du 16 février 1858, à son frère Honoré, reproduite intégralement p. 114. ( Orig. A.B.) Cette lettre contient une confidence du serviteur de Dieu qui fait comprendre à son frère combien il a été touché de la charité de ses frères en religion dans l'épreuve qu'il a traversée : il a pu expérimenter la communauté comme une véritable famille. - La guérison de l'infection ne permettra pas une récupération fonctionnelle totale de l'index. Le serviteur de Dieu portera durant le reste de sa vie une attelle métallique au doigt. 34 . Infection osseuse qui peut entraîner la destruction de l'os et un handicap majeur. 35 . Summ. Add., p. 616, § 104. 36 . Note du Père Sicard, (Summ. Add., p. 617, § 106). La patience du serviteur de Dieu dans l'épreuve est confirmée par l'un de ses frères de noviciat, le Père Lévy : (Summ. Num. IV, p. 249, § 54 ; Orig. A.B.). 37 . Lettre 411, du 15 avril 1858, à l'abbé Destrac. Cette lettre exprime également le bonheur qu'il a trouvé dans l'Ordre et la reconnaissance qu'il éprouve à l'égard de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. (Orig. A.B.). 38 . « C'était aujourd'hui jour de promenade, et ne pouvant y aller, j'ai causé avec vous de Dieu comme je l'aurais fait avec mes frères, si j'avais pu les suivre » ( fragment de lettre, (s.d.), à son frère Honoré ; Orig. A.B.). 39 . On retrouve souvent dans sa prédication par la suite de petites anecdotes sur la vie des saints qu'il a pu puiser dans ce recueil. Dans ses débats avec ses supérieurs à propos de la fondation de Béthanie, il fera également appel à des exemples tirés de la tradition de l'Ordre. 40 . Récit du P. Colchen. Summ. Num. III, p. 81, § 119-120. 41 . Ce traitement a peut-être été décidé à la suite de la consultation médicale que le serviteur de Dieu a eu en décembre 1859 à Montpellier (lettre 245, du 22 décembre 1859, à Mme Piron ; Orig. A.B.) 42 . Voir en particulier les lettres 246, du 12 août 1860, à Mme Piron ; 34 bis, du 4 juillet 1861, à son frère Emile ; 260, du 9 août 1862, à Mme Piron ; 420, du 20 juin 1863, au Père Nespoulous et 270, du 22 juin 1863, à Mme Piron. La lettre 421, du 2 juillet 1863, au père Nespoulous décrit le régime de l'hospice Sainte-Eugénie de Barèges, où le serviteur de Dieu est hébergé lors de ses cures. - C'est en revenant de Barèges, en août 1863, qu'il a eu la possibilité de rencontrer Bernadette Soubirous à Lourdes (lettre 272, (s. d.), à Mme Piron, Orgs. A.B.). 43 . Lettre 2, du 25 avril 1859, à son père. Le style est très apologétique ; il s'agit d'opposer des preuves aux arguments qui cherchent à montrer « la fausseté de la religion ». Le jeune prêcheur invite fermement les membres de sa famille à participer à la mission qui est donnée à Cadillac. (Orig. A.B.). 44 . Lettre 34, du 30 mai 1861, à son frère Emile, reproduite intégralement p. 119. (Orig. A.B.). 45 . Lettre à son frère. (Summ. Add. p. 617, § 108 ; Orig. perdu). 46 . A cette date, les vux prononcés à la fin du noviciat sont des vux perpétuels mais simples. Il s'agit d'une profession jusqu'à la mort, mais dont le Saint-Siège relève plus facilement que de vux solennels. Cette pratique est en vigueur depuis le décret du 18 mars 1857 de Pie IX, immédiatement appliqué dans l'Ordre par le Père Jandel (H. M. Cormier, Vie du P. A.-V. Jandel, Paris, Poussielgue, 1896, p. 313-314). 47 . Acte autographe dans le registre des professions de Toulouse. Archives o.p. Toulouse. 48 . Lettre du 1er mai 1859, à son frère Honoré, (non numérotée original perdu ; copie A.B.). 49 . Lettre citée par Mercier, p. 94-96, reproduite dans Summ. Add., p. 618-619, § 112-114. (Orig. perdu). 50 . Lettre à un ami, dont l'original est perdu, citée par Mercier, p. 96-97. 52 . Lettre à son père, de la fin de mai 1859, (original perdu ; publiée par Mercier, p. 97-99 ; Summ. Add., p. 620-621, § 115-118). |
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