Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

Page précédenteSommairePage suivante

Document 3. Lettre 11 à son frère Honoré, du 16 février 1858. (Orig. A.B.).

Cette lettre à son frère Honoré est écrite d'une plume malhabile. En effet, le serviteur de Dieu souffre toujours de son doigt. Il raconte à son frère ce qui s'est passé et le risque qu'il a encouru de se voir écarté définitivement de l'ordination sacerdotale. Le reste de la lettre manifeste la diversité des centres d'intérêt du serviteur de Dieu quand il pense à sa famille, et le souci qu'il a de la sainteté des siens.

Flavigny, 16 février 1858.

Loué soit à jamais Notre Seigneur Jésus-Christ.

Mon bon frère,

Pour des motifs qu'il serait trop long de t'expliquer en entier je n'ai pas pu faire plus tôt ce billet particulier à la lettre déjà prête à partir depuis plusieurs jours.

Je te dirai seulement mais à l'oreille (entre nous trois) et uniquement dans l'espérance que vous redoublerez de prières que Dieu toujours bon et miséricordieux a voulu, par quelques souffrances légères, me faire expier toutes les fautes de ma vie passée et m'attirer plus près de son coeur. Mon panaris a été des plus sérieux ; j'ai perdu les deux tendons flecteurs du doigt et la carie s'est déclarée de deux côtés ; j'ai commencé à craindre qu'il ne fallût l'amputer ; or, cet index coupé, impossible d'être prêtre ; juge de mes inquiétudes et de ma douleur, mais Dieu et Marie aidant, mon parti était pris et j'ose espérer que vous l'auriez approuvé. J'aurais demandé à être convers plutôt que de rentrer dans le monde, car plus que jamais je me trouve heureux et je tiens à rester dans la vie religieuse.

Avant-hier je suis allé à Dijon et à ma grande surprise le médecin a déclaré que mon doigt était sauvé ; qu'il était en pleine voie de guérison, seulement il faudra encore bien du temps, des soins et des prières. C'est en cette occasion surtout que j'ai éprouvé le bonheur de faire partie d'une famille religieuse. Toute la communauté a prié pour moi ; on a fait et l'on fait encore des neuvaines ; les uns ont fait la sainte communion, les autres ont offert la sainte messe pour moi ; nos frères convers qui sont vraiment des saints, ne m'ont pas oublié. Ne sens-tu que ce sont là vraiment des frères et qu'il fait bon vivre au milieu d'eux ?

Je devrais faire en sorte de te procurer la vie de sainte Catherine de Sienne par le B. Raymond de Capoue, son confesseur, père de notre Ordre. C'est une vie toute angélique et surnaturelle. C'est effrayant et gracieux à la fois, et l'on y respire un parfum de franchise et de vérité que l'on trouve rarement ailleurs. Cela vous fera plaisir.

J'ai appris une chose qui vous sera agréable en attendant mieux, c'est qu'en se faisant recevoir dans la confrérie du Cordon de saint Thomas on a part à tous les mérites de l'Ordre, en proportion des prières et de ses propres mérites.

Je t'avais engagé à venir ici, pendant la semaine sainte, mais je n'avais pas réfléchi qu'en ce moment tous nos pères sont encore hors du couvent pour les prédications de carême et je ne pourrais pas adresser papa au R. P. prieur, comme je le voudrais. Si tu venais seul, il n'y aurait plus le même inconvénient et tu assisterais du jeudi au dimanche à de bien belles et bien touchantes cérémonies. Si tu viens avec lui, viens après Pâques et à l'époque que vous voudrez.

Comment va la conférence ? Que deviennent Myrtil et Léopold ?

Je ne sais si je t'ai prié de t'informer si le R. P. Marie de Jésus est encore au Broussey ; dans ce cas tu lui souhaiterais le bonjour en Jésus et Marie de ma part et de celle du R. P. Sicard, mon père maître. Ce bon père carme est un ancien élève de Pons.

Chéri a-t-il toujours envie de faire comme moi ? que Dieu lui en accorde le courage, il s'en trouverait bien heureux.

C'est avec plaisir que je recevrais les nouvelles relatives à la bonne et toujours chère société de Saint-Vincent-de-Paul.

A Dieu, cher frère ; c'est avec peine que j'ai appris l'indisposition de Félicie, mais j'ai lieu de croire qu'elle est aujourd'hui entièrement guérie. N'oubliez plus désormais dans vos lettres de me dire tous deux si vous allez bien.

Si vous allez à Verdelais ne manquez pas de recommander mon doigt à Notre Dame de Verdelais. Si c'est un dimanche et que vous y rencontriez la bonne sœur Théobald demandez-lui des prières dans le même but.

Je commence demain 17, mercredi des cendres, ma neuvaine à Marie, refuge des pécheurs et salut des infirmes. Elle consiste en deux communions et tous les jours les litanies de la Très Sainte Vierge et le memorare avec cette invocation trois fois répétées : sainte Catherine de Rici, notre sœur, priez pour nous. Joignez-vous à nous autant que vous le pourrez.

Cette sainte est une vierge de notre Ordre ; elle m'est échue en partage le premier janvier pour patronne de l'année et le premier février pour patronne du mois. Sa fête était samedi dernier, le 13, troisième anniversaire mensuel de ma prise d'habit et jour de mon heureux voyage à Dijon.

Adieu bon frère, a Dieu sœur bien-aimée, je vous embrasse de cœur dans les bras sacrés de Jésus et Marie où je vous laisse et à qui je vous confie.

Tous les jours je prie Jésus et Marie de faire de vous des saints, de vous prendre, vous et votre petite famille, sous leur protection spéciale, de former de leur propres mains les cœurs de nos trois petites vierges et d'en faire des servantes fidèles si l'Epoux des vierges ne daigne pas les appeler au rang de ses épouses.

Tout à vous en Dieu, par lui et pour lui.

Frère Jean-Joseph.


Page précédenteSommaireHaut de pagePage suivante

© DOMUNI, Toulouse, 2002 - Tous droits réservés
http://biblio.domuni.org