Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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Document 8. « La translation des reliques de sainte Marie-Madeleine à Saint-Maximin », L'Année dominicaine, juin 1860, p. 325-334. (article anonyme ; l'évènement avait eu lieu le 20 mai 1860).

A neuf heures la procession descendit à la crypte et en sortit bientôt avec les reliques précieuses de celle que Jésus aimait et dont il prophétisait la gloire parmi les nations. Nous avons assisté à la manifestation la plus haute de cette gloire. Mgr l'archevêque d'Aix, l'évêque de Fréjus, Mgr de Marseille et son coadjuteur, l'évêque de Sérame, l'évêque de Nice, de Nîmes, de Gap et l'abbé mitré d'Aiguebelle prirent place sur l'estrade et procédèrent à la vérification de la relique. Mgr de Fréjus lut un écrit qui résume parfaitement toutes les preuves historiques de son authenticité ; puis, prenant la tête de sainte Madeleine dans les mains, il l'éleva et la présenta de tous côtés de l'estrade. Il est impossible de rendre l'émotion, le frémissement qui saisit alors tous les fidèles. C'était comme une apparition de l'Evangile, un rayon de l'éternité. Il y eut un élan de foi et d'amour qui se traduisit par un mouvement vers la relique, comme pour s'unir à ceux qui étaient assez heureux pour la vénérer de plus près. De toutes les parties de l'Eglise, on passait des chapelets et des objets de dévotion que l'on faisait toucher à la tête de sainte Madeleine. Trois religieux malades furent conduits sur l'estrade pour se recommander à sa protection. Quand l'unique relique fut placée dans la nouvelle châsse, un grand vicaire lut le procès-verbal, signé par les évêques, le prieur et le sous-prieur du couvent et les autorités de la ville. Dans la base qui supporte la tête se trouvent trois petits reliquaires. Celui qui est devant contient cette partie du front de sainte Madeleine qu'on appelle le noli me tangere. A gauche est placée une relique de saint Lazare, donnée par Mgr de Marseille, et à droite une relique de sainte Marthe, donnée par Mgr d'Aix. Ainsi se trouve réunie à Saint-Maximin cette famille de Béthanie que visitait Celui qui doit être notre lien et notre résurrection.

La grand-messe et les vêpres ont été célébrées avec une pompe admirable. La présence d'un si grand nombre d'évêques, de prêtres et de religieux, et cette multitude chrétienne, qui s'unissait de cœur et de bouche à tous les chants et à toutes les prières, faisaient comprendre la communion des saints dans le Ciel. Mgr Plantier a remplacé le Père Lacordaire, comme il avait été appelé à le faire autrefois à Notre-Dame. Après avoir noblement exprimé le regret de ne pas l'entendre, il nous a consolés de son absence en glorifiant dans sainte Marie-Madeleine le repentir dont la vertu toute- puissante renouvelle l'intelligence, le cœur et les sens.

Le temps s'était un peu amélioré pendant les vêpres. Le soleil éclaira un instant la fête, la procession fut décidée, et malgré les dégâts occasionnés par quarante-huit heures de pluie, elle a été magnifique. Les populations du Midi savent donner à ces cérémonies une ampleur, une solennité particulières. En tête marchaient des enfants avec de petits drapeaux, puis les jeunes filles avec leurs voiles, les pénitents blancs, les pénitents bleus, les séminaires d'Aix et de Fréjus, les Dominicains avec leurs chapes. Ces Lazare dont sainte Marie-Madeleine a obtenu la résurrection à Saint-Maximin portaient la châsse et pliaient avec joie sous le précieux fardeau. Le tiers-ordre était représenté par nos frères de Marseille qui ont le privilège de porter leur costume. La procession arriva sur la promenade de la ville : une estrade très élevée y attendait la châsse. Elle y fut montée à grand renfort de bras, et Nos Seigneurs les évêques vinrent se ranger sur le premier gradin. Mgr l'archevêque d'Aix adressa la parole à la foule qui l'entourait. Cette châsse, ces évêques, cet auditoire immense, me rappelaient les scènes imposantes de l'Église à l'époque des croisades. J'écoutais des yeux, quelques mots seulement parvenaient à moi, et je devinais que l'orateur sacré parlait de la résurrection de l'Église qui suit toujours sa passion. La résurrection est notre force dans les épreuves, et les chrétiens en multipliaient l'image sur les tombeaux des catacombes. Pourquoi craindre l'avenir, lorsqu'on est sûr de ressusciter ? Avant de descendre de l'estrade, les sept évêques donnèrent à la fois leur bénédiction à la foule. Il y avait là vraiment quelque chose de la bénédiction pontificale sur la place de Saint-Pierre de Rome.

La rentrée de la procession couronna dignement la fête. L'illumination de l'autel fut splendide. Toutes ces confréries, ces jeunes filles, ces lumières, ces riches ornements, l'or des mitres et des crosses, la bannière de saint Dominique, la musique, les chants, cette châsse, cette bénédiction, cette multitude causaient une émotion impossible à rendre. Je vous avoue que rien n'est comparable à cet art vivant, à cette unité de toutes les âmes, à cette harmonie de tous les moyens. C'est là vraiment l'art du ciel, l'art de l'éternité, et ces fêtes ne laissent pas de regrets, comme celles de la terre. Elles déposent dans le cœur un parfum qui s'exhale en délicieux souvenirs.

L'article se termine par le texte de trois strophes inspirées par les circonstances à de « jeunes frères dominicains » : il s'agit du poème du P. Lataste sur la Sainte-Baume, (Orig. A.B., poésie 45).

    Hier encor, ô femme pécheresse,
    A travers les transports d'une sainte allégresse,
    Sous un lambris doré,
    Des Ministres de Dieu, sur nos places parées,
    En triomphe portaient de leurs mains consacrées
    Ton chef déshonoré ;

    Et des prêtres bénis, de pieux solitaires
    Laissant pour te fêter leurs cellules austères
    T'acclamaient à la fois ;
    Et des jeunes enfants les naïves phalanges
    Et les Vierges en chœur proclamaient tes louanges
    De leurs milliers de voix ;

    Et tous les fronts joyeux ployaient sur ton passage
    Et ton nom jusqu'au Ciel montait, pieux message
    Parti du fond du cœur ;
    Et sept Pontifes-Rois s'avançaient à ta suite,
    Comme ces rois vaincus que traînait Rome antique
    Sur les pas du Vainqueur.

    Quel spectacle !.. et ces Rois, nulle force ennemie
    Devant ton front signé du sceau de l'infamie
    Ne contraignait leurs pas ;
    Libres, pour ton amour, pour rehausser ta gloire,
    Ils s'étaient attachés à ton char de victoire,
    Et n'en rougissaient pas.


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