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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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La rencontre des détenues.Le siècle des prisons.Avant d'aborder l'événement fondateur que constitue pour le P. Lataste la rencontre des détenues de la centrale de Cadillac, il est sans doute utile de préciser quelles étaient les conditions de vie des détenues à cette époque. Sans entrer dans une analyse détaillée des nombreux textes réglementaires et législatifs publiés au e siècle à propos de la vie dans les prisons23, il faut néanmoins souligner ici quelques dates importantes. Après l'apparition timide durant le premier Empire de quelques maisons rassemblant des détenus de plusieurs départements, les centrales, telles qu'elles existent en 1864, sont instituées par une ordonnance royale du 2 avril 1817 qui en détermine deux types : « les maisons de force pour renfermer les individus des deux sexes condamnés à la peine de la réclusion, et les femmes et les filles condamnées à la peine des travaux forcés, et les maisons de correction pour les condamnés par voie de police correctionnelle lorsque la peine à subir ne sera pas moindre d'une année. » Les années 1830-1840 ont été une période de réflexion intense sur les prisons. Une circulaire, envoyée par M. Thiers le 10 mars 1834 aux directeurs de centrales semble avoir été le point de départ d'un bilan précis de la vie dans les centrales. Les réponses des directeurs à cette circulaire furent publiées24 : elles font état de grandes difficultés à faire régner la discipline et de grandes différences de régime d'une centrale à l'autre. Les réponses de l'Administration ne tarderont pas, avec, entre autres, les circulaires de 1836 réglementant la correspondance des détenues et les visites des prisons par des personnes étrangères. L'arrêté du 10 mai 1839 concerne le nouveau régime disciplinaire dans les maisons centrales. Ce texte porte principalement sur le silence prescrit dans tous les moments de la vie des détenus, sur l'interdiction qui leur est faite d'avoir de l'argent ou du tabac, sur la réglementation des avantages qu'ils peuvent obtenir à la cantine. Quelques articles rappellent l'obligation quotidienne du travail présenté comme juste punition, préparation à la vie normale, et source de revenus pour diminuer le poids de la détention sur la société. Quinze ans plus tard, la loi du 15 juin 1854 compléte le dispositif en mettant en place le système de la « transportation » des condamnés aux travaux forcés dans les possessions françaises autres que l'Algérie, afin de les éloigner encore plus de la société pour laquelle ils sont dangereux, et afin de diminuer le coût de la détention dans les bagnes. La loi prévoit que les femmes devront être conduites dans ces colonies mais qu'elles pourront également effectuer leur peine dans les maisons centrales. La correspondance du directeur de la centrale de Cadillac avec le préfet montre en effet qu'après cette date certaines détenues ont été « transportées ». Il est intéressant de souligner que l'ensemble de ces textes insistent sur les effets thérapeutiques attendus de la détention, dans la crainte permanente de la récidive. Il faut noter aussi le souci d'éloigner le plus possible les libérés de la société : un article de 1868 comparera la Guyane et Béthanie pour leur efficacité respective dans ce domaine ! Au cours de ce siècle où la prison a fait couler beaucoup d'encre, une figure mérite d'être évoquée, celle de l'abbé Laroque25. Cet aumônier des Invalides, qui avait reçu l'autorisation de prêcher des retraites dans les centrales françaises, avait fait un véritable tour de France des prisons entre 1841 et 184626. Sa prédication déclenchait une forte émotion dans le milieu carcéral. Ses retraites se terminaient souvent par une cérémonie présidée par l'évêque du lieu, durant laquelle les détenus se confessaient par centaines27. La prédication de l'abbé Laroque est assez proche, par bien des aspects, de celle du Père Lataste : une réelle sollicitude pour les condamnés, le souci de leur salut, une grande compassion. Nous n'eûmes qu'une ambition, nous montrer dignes par notre bonne volonté de la grâce qui nous était réservée de parler avenir, amour et pénitence à quelques enfants malades qui repoussés par leur mère d'ici-bas se rappelleraient peut-être à notre voix qu'il leur restait un Père dans les cieux28. Mais les textes dans lesquels il explique son ministère devant l'opinion publique, ou devant les participants des congrès pénitentiaires de Francfort ou de Bruxelles29 montrent que ses objectifs étaient très différents de ceux du P. Lataste. Il visait principalement la moralisation des détenus, leur intégration dans un système carcéral qu'il approuvait sans réserve, et il ne se préoccupait pas de leur réinsertion dans la société. Les prédications ont toujours pour effet inévitable de convaincre les détenues que l'obéissance est facile quand on accepte avec résignation la volonté de Dieu. [...] Oui, nous le répéterons sans cesse, avec l'aide de l'influence religieuse, on obtiendra du détenu, soumission au règlement, existence sage et uniforme, et, par conséquent, on aura pour résultats une augmentation dans le produit du travail. L'homme qui se moralise acquiert le goût du travail30. Il proclame haut et fort devant les condamnés que son rôle se limite à la sphère spirituelle31, mais devant la société, il aime à souligner les fruits de résignation et même de productivité que l'on a pu constater après son passage. La réhabilitation, chez lui, a uniquement pour but de réintégrer le criminel de la façon la plus satisfaisante possible dans le tissu social, sans la dimension théologique qu'elle atteindra vingt ans plus tard chez le P. Lataste. Les écrits du P. Lataste ne font aucune référence à l'abbé Laroque, ce qui permet de supposer qu'il ne l'avait jamais lu, il est souvent frappant, lorsqu'on compare le ministère des deux prédicateurs en prison, de voir comment le prédicateur dominicain s'inscrit dans une culture, dans une époque, et comment il s'en distingue. La vie quotidienne à la centrale de Cadillac.C'est dans le cadre de la mise en place des centrales en France que se situe l'affectation du château de Cadillac à la détention des femmes à partir de 1822. Les grandes salles qui avaient vu passer la Cour de France furent aménagées en ateliers et en dortoirs pour accueillir plus de trois cents détenues à la fois. Trois catégories de détenues constituaient cette « population féminine, grouillante et muette32 » : les condamnées aux travaux forcés, à temps ou à perpétuité, les condamnées à la réclusion criminelle, et celles qui purgeaient une peine correctionnelle. Le personnel libre de la prison est constitué, à l'époque où prêche le Père Lataste, de vingt-trois personnes : le directeur, l'inspecteur, deux agents administratifs, le médecin, quatre gardiens et douze religieuses surveillantes. Les Filles de la Sagesse étaient en effet arrivées à Cadillac le 1er mai 183533 pour y assurer le soin des malades et la surveillance intérieure de la prison, réfectoires, ateliers, dortoirs, chapelle. Le ministre de l'Intérieur avait prescrit en 1839, à l'époque de la mise en place du nouveau règlement disciplinaire, que les femmes condamnées et détenues dans les maisons centrales devaient être exclusivement surveillées par des personnes de leur sexe34. L'appel à la présence moralisatrice des surs de charité avait été le principal moyen utilisé pour répondre à cette nouvelle réglementation. Après un temps d'adaptation mutuelle, l'Administration pénitentiaire avait fixé, par un règlement pour le service des surs 35, les aménagements nécessaires qu'il convenait d'ajouter au règlement intérieur des centrales. L'article 9, par exemple, autorisait les surs à envoyer immédiatement au cachot les condamnées qui se sont mises dans le cas d'encourir cette punition, sauf à rendre compte dans le jour à la sur supérieure. Cette attribution avait, d'abord, éveillé des scrupules de quelques surs qui pensaient que les devoirs de la répression pouvaient quelquefois contrarier ceux de la charité. Mais la réflexion et l'expérience les ont promptement convaincues que la charité la plus efficace à exercer envers les condamnées, c'était de travailler, par l'austérité de la discipline, à leur imprimer la crainte salutaire du châtiment. Elles ont compris qu'épargner aux condamnées des punitions justes et nécessaires, ce serait souvent les exposer par une funeste indulgence, à encourir plus tard de nouvelles condamnations judiciaires et les abandonner aux périls de la récidive. Aussi, aux premiers élans d'une pitié irréfléchie, a-t-on vu succéder une charité mieux inspirée qui n'a fait qu'ajouter à l'ascendant des surs, qui sont aujourd'hui généralement convaincues que les punitions méritées sont dans l'intérêt, non seulement de la discipline intérieure, mais de l'amendement des femmes confiées à leur surveillance. Les douze surs assurant à Cadillac la surveillance du travail et des repas, et les rondes de nuit dans les dortoirs, habitent dans la prison. Elles reçoivent un salaire de 700 F par mois, légèrement inférieur à celui de la gardienne laïque36. L'amélioration morale qu'on attend du travail forcé justifie un régime très sévère. Six jours sur sept, les détenues effectuent douze à treize heures de travail dans les ateliers de couture et les services de la centrale, avec deux coupures d'une heure consacrées aux repas et aux promenades obligatoires dans la cour de la prison au cours desquelles elles devaient effectuer un nombre de tours fixé par le directeur. Le réveil est sonné à une heure variable suivant la saison, entre quatre h en juin et six h en janvier, après sept à huit heures de sommeil. Une autre dimension importante de la pédagogie pénitentiaire de l'époque est le silence perpétuel et absolu. Le silence est prescrit aux condamnés. En conséquence, il leur est défendu de s'entretenir entre eux, même à voix basse ou par signe, dans quelque partie que ce soit de la maison. Sont exceptées de cette règle les communications indispensables entre les ouvriers et leurs contre-maîtres ou surveillants détenus, à l'occasion de leurs travaux, sous la condition que ces communications auront lieu à voix basse37. Ce silence terrible, qui impressionne tant les visiteurs et auquel le Père Lataste fait plusieurs fois allusion, avait deux objectifs : faire ressentir plus durement la détention, et surtout prévenir l'enseignement mutuel du crime et de la corruption38. Les détenues.La Statistique annuelle de l'Administration pénitentiaire permet d'avoir une idée relativement précise de la population carcérale de Cadillac dans les années où le Père Lataste s'y intéresse. Voici les chiffres les plus utiles, tous recueillis pour plus de clarté dans la statistique de l'année 1864, les différences entre les années étant peu significatives. Tableau 1 : La population carcérale : effectif, âge, mortalitéAprès des années de surcharge, la prison de Cadillac était, lorsque le Père Lataste y prêche en 1864, en période de réduction d'effectifs. Après avoir abrité jusqu'à 478 détenues en 1860, il n'y en avait plus que 397 en 1864, pour une capacité d'accueil des bâtiments estimée à 470.
N. B. Pour les détenues pour travaux forcés, Tableau 1 : Répartition selon le type de leur condamnation : condamnées aux travaux forcés, réclusionnaires et correctionnels. Les détenues étaient relativement jeunes, surtout celles qui étaient condamnées aux travaux forcés.
Tableau 2 : Répartition de la population carcérale de Cadillac en 1864 par classes d'âge.La mortalité était très importante. Elle oscille entre 6,25 et 8,56 % par an en 1864- 1865, plaçant la centrale de Cadillac parmi les pires établissements français sur le plan sanitaire. En 1864, avec une mortalité de 8,56 %, soit 34 décès sur 397 détenues, Cadillac se trouve au troisième rang après Casabianda (hommes, 18,65 %) et Rennes (femmes, 8,59 %). La mortalité moyenne des centrales de femmes est alors de 4,76 %. La situation s'améliore en 1865 où Cadillac passe au 7e rang des centrales françaises, avec une mortalité de 6,25 % soit 23 décès sur 368 détenues. Mais l'année suivante la centrale de Gironde aura le triste privilège d'avoir la plus forte mortalité française avec 8,48 % (la moyenne étant à 4,51 %). Origine des détenues : profession, criminalité En 1864, la population de la centrale de Cadillac vient à près de 87 % de la campagne. Environ 35 % des femmes sont mariées. 39 % ont des enfants, avec environ la moitié de mères célibataires. La répartition très précise de la statistique pénitentiaire sur le plan professionnel peut être simplifiée en cinq grandes catégories :
Tableau 3 : Origine socio-professionnelle des détenues de Cadillac en 1864.L'illettrisme était très fort dans cette population. Il touche surtout les condamnées aux travaux forcés, mais le tableau suivant montre que la longueur de la détention leur permettait d'avoir plus de possibilités pour s'instruire : Catégorie pénale... sont illettrées à l'entrée dont... le resteront. Travaux forcés 87,9 % 71,4 % Réclusion 76,2 % 81,2 % Correctionnelle 75 % 95,7 % Ici encore, la comparaison avec les autres centrales de femmes n'est pas en faveur de Cadillac. En 1864, 14 femmes ont été admises à l'école au cours de leur détention, ce qui est de loin le plus mauvais chiffre en France (3,52 % des détenues ; 15,5 % à Doullens, par exemple). Les renseignements statistiques sur la criminalité des détenues confirment les propos du P. Lataste : les crimes les plus fréquents sont l'infanticide (beaucoup plus fréquents que l'avortement) et le vol.
Tableau 4 : Répartition de la population carcérale de Cadillac en 1864 selon les motifs de condamnation.Ces chiffres sont très proches des moyennes des autres centrales de femmes sauf pour deux résultats. - La proportion des crimes contre les enfants (infanticides, avortements, abandons, meurtres d'enfants) est nettement plus élevée à Cadillac : 40,1 % au lieu de 31,05 % dans les autres prisons. Cette différence touche spécialement la réclusion et la correctionnelle. - La proportion des vols dans l'ensemble des motifs de condamnation est plus faible à Cadillac qu'ailleurs : 27,3 % au lieu de 40,8 %. L'ironie du sort fit que la population appellait les détenues de Cadillac les voleuses alors qu'elles étaient nettement moins voleuses qu'ailleurs ! Une retraite nocturne.La retraite de 1864 avait été demandée à un prédicateur dominicain à l'occasion de l'instauration de l'adoration perpétuelle à la prison. L'aumônier de la centrale, l'abbé Louvié, avait en effet obtenu que la chapelle de la prison soit incluse dans l'instauration de l'adoration perpétuelle dans le doyenné de Cadillac39. Cette pratique, très en honneur à l'époque, consiste à assurer vingt-quatre heures d'adoration du Saint-Sacrement dans une paroisse ou une communauté religieuse, une fois par an. Le curé de Cadillac note, dans son rapport annuel à l'archevêque de Bordeaux en 1864, qu'un « bien réel a été produit par l'institution de l'Adoration Perpétuelle. Il en résulte un bien sensible dans toutes les populations et une assiduité généralement plus grande aux offices du dimanche depuis sa célébration40. » La prédication ne peut avoir lieu que de nuit, afin de ne pas prendre sur le temps de travail forcé. Cette atmosphère nocturne a probablement rendu le climat encore plus impressionnant pour le prédicateur qui entrait pour la première fois en un lieu de détention. Il avait été réglé que pour ne nuire en rien au travail forcé auquel elles sont soumises et aux habitudes de la prison, les exercices de la retraite seraient pris sur le temps ordinaire de leur sommeil : le matin, la prière, l'instruction, la sainte messe ; le soir, l'instruction, la prière et la bénédiction du Très Saint Sacrement. Mais ces exercices étaient absolument libres ; c'était le seul point sur lequel on leur avait laissé l'usage de leur liberté, et cependant toutes étaient là, toutes à part deux mauvaises femmes obstinées, aussi quelques protestantes qui se tenaient à la porte, sans oser entrer, mais toutefois le plus près possible des autres41. Avant la retraite.Si nous n'avons pas d'éléments objectifs pour savoir pourquoi c'est le P. Lataste qui a été désigné pour répondre à la demande de prédication de l'aumônier de la prison, il est cependant possible de discerner chez lui des « pierres d'attente », des capacités et des événements qui l'avaient particulièrement préparé à cette prédication. Il a déjà été fait mention de l'importance qu'a revêtue, durant sa formation théologique, la rencontre de Marie-Madeleine et la contemplation du salut dont elle a bénéficié. Après la fin de ses études, le serviteur de Dieu avait eu l'occasion de visiter à plusieurs reprises des femmes en difficulté. J'ai visité déjà plusieurs Miséricorde, Refuge, Maison du Bon-Pasteur, je suis tout heureux de me trouver au milieu de ces pauvres âmes et de les consoler ; il leur faut si peu pour les rendre heureuses, quelques marques de sympathie, quelques lueurs d'espérance pour l'avenir, espérance non seulement de se sauver, mais encore d'en arriver peut-être à être plus agréables à Dieu et plus aimées de Lui malgré leurs chutes, qu'elles ne l'étaient même avant de faillir, comme il est arrivé de Madeleine42. Le prédicateur est donc bien préparé pour annoncer la miséricorde et l'espérance à des femmes en prison. Pourtant il ne faudrait pas négliger les réactions humaines qu'il éprouve : il est né à Cadillac, il a entendu durant toute son enfance traiter ces femmes de voleuses et raconter toutes sortes d'histoires horribles sur ce qui se passait derrière les murs de la centrale. Il est, selon ses propres termes, « marqué par les préjugés populaires43. » C'est « avec un grand serrement de cur et la pensée que ce serait peut-être inutile44 » qu'il pénètre à Cadillac le matin du 15 septembre 1864. Il a préparé une retraite de quatre jours, avec deux sermons par jour. L'ensemble des huit sermons45 de la retraite sont rédigés à l'avance, ce qui n'empêche pas le prédicateur de les reprendre durant la semaine, soit pour les corriger et les annoter, soit pour en reprendre en profondeur la rédaction46. C'est en tremblant quelque peu, sans doute, que le jeune prédicateur se présente, ses sermons sous le bras, à la porte de la centrale au petit matin du 15 septembre, après une nuit passée dans la maison familiale. Pendant la retraite.Il va recevoir là plusieurs chocs qui contribueront à faire de ces quatre jours un moment décisif dans sa vie. Le premier, c'est la rencontre des détenues, dès le premier instant ; le deuxième, la découverte émerveillée de la miséricorde de Dieu ; le troisième, l'intuition de la fondation de Béthanie. Au début du premier sermon, le prédicateur lève les yeux sur son auditoire et découvre le visage de ces « filles perdues » dont il a entendu parler depuis son enfance. Elles étaient là près de quatre-cents, couvertes de vêtements grossiers, la tête enveloppée d'un mouchoir étroitement serré autour des tempes qui leur donnait une physionomie toute singulière et (il me le parut alors du moins) vraiment repoussante. C'est que, malgré moi, je subissais l'influence des préjugés populaires. Le peuple, en effet, n'a pour elles que de l'horreur. On les appelle communément les voleuses, bien que les neuf dixièmes peut-être n'aient jamais commis le vol le plus léger. Et vous savez ce que ce nom de voleuse inspire de secrète répulsion, ce qu'il éveille dans l'âme de mépris instinctif47. Dépassant le mépris instinctif qu'il ressent malgré lui, le serviteur de Dieu prononce les premiers mots de sa prédication, comme il les a préparés, et ces mots font en ces lieux l'effet d'une bombe : Mes chères surs, [...] Voyez encore : je ne sais si vous avez pris garde à ceci : En commençant, comment vous ai-je appelées ? - Mes chères surs - Mes chères surs ! Comprenez-vous cela ? Que m'êtes-vous après tout ? Hier, je ne vous connaissais pas et dans quelques jours nous nous séparerons peut-être pour ne plus nous revoir ici-bas. Bien plus, vous êtes des femmes dégradées (nous pouvons bien nous dire nos vérités, nous sommes en famille48). Vous êtes des femmes dégradées, avilies, mises au ban de la société, si vous sortiez d'ici, si l'on savait d'où vous sortez, on vous montrerait du doigt, on se méfierait de vous, on ne voudrait pas de vous peut-être même pour servante ou pour femme de peine. Je n'approuve point cela, je sais bien que c'est injuste souvent, cruel, tout ce que vous voudrez. Mais enfin, cela est ainsi. [...] Et moi, moi, ministre de Dieu, consacré quoique très indigne, au service de ses autels, voué pour toute ma vie à la privation absolue de tout ce dont vous avez abusé, volontairement lié par les vux perpétuels de pauvreté, d'obéissance et de chasteté, moi je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m'ayez appelé, et vous tendant les mains, je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères surs49. Toute la démarche spirituelle et apostolique du serviteur de Dieu est dans ces quelques mots. Le reste de sa vie sacerdotale et la fondation de Béthanie découlent de cette audace d'un prédicateur qui ose appeler des criminelles ses « chères surs » et les considérer définitivement comme telles. Et mon cur s'emplissait de larmes encore en songeant à la rude et sanglante vie, au poids écrasant de honte et d'humiliation qui pesait encore et qui allait continuer de peser encore sur ces âmes qui m'étaient devenues si chères, et qui étaient mes surs après tout, mes surs en Adam, mes surs en Jésus-Christ50. Après cette prise de contact qui a probablement surpris profondément les détenues habituées à un discours moralisateur où on les prenait de haut, le P. Lataste développe sa retraite. Il cherche à aider les détenues à situer les vraies racines de leur péché, pour les amener à la conversion. Cela occupe trois sermons51, dont un qui traite de l'enfer, selon les habitudes de prédication de retraite à cette époque. Le troisième jour, le climat change grâce à un sermon sur le parallèle entre Judas et le bon larron : l'un et l'autre ont péché, mais le bon larron n'a pas douté de la miséricorde52. La méditation sur Marie-Madeleine53 vient conclure cette journée consacrée au pardon de Dieu. Le dernier jour de la retraite, consacré à l'adoration perpétuelle, comprend deux sermons, l'un sur l'eucharistie54 et l'autre sur le ciel. Il faut souligner la manière dont il invite les détenues à réfléchir sur leurs péchés. La dénonciation du péché aurait pu être le sujet principal d'une retraite faite à des détenues, à des « filles perdues ». Les textes préparés à l'avance par le prédicateur ne prévoyaient pas une insistance trop longue sur ce sujet. Les rencontres au confessionnal vont le faire aller plus loin dans cette pédagogie. Il préfère amener ses auditrices à repérer elles-mêmes les tournants de leur parcours personnel où elles ont exercé une réelle responsabilité morale, puis les inviter à accueillir, enfin, le don de Dieu. L'attitude fraternelle qui l'anime dans son ministère a son parallèle dans sa manière de parler de la miséricorde divine : la miséricorde de Dieu respecte et manifeste la dignité profonde de tout être humain qui est appelé à la sainteté, quelle que soit sa déchéance. Cette miséricorde qu'il annonce, le serviteur de Dieu a l'occasion de la contempler à l'uvre dans celles qui l'écoutent. En effet, il consacre beaucoup de temps au cours de ces journées à entendre les détenues en confession : la plupart d'entre elles ont l'occasion de lui parler ainsi personnellement, puisque le règlement leur interdisait de lui adresser la parole en public. Ces heures de confession semblent avoir été une expérience spirituelle déterminante pour le Père Lataste : il découvre, émerveillé, la qualité de vie chrétienne, la profondeur du pardon dont sont capables ces femmes que l'on dit perdues55. Il lui est donné d'entendre au fond de cette prison sordide des récits qui manifestent concrètement ce qu'il avait pressenti à l'école de Marie-Madeleine : « les plus grands pécheurs ont en eux ce qui fait les plus grands saints56. » L'idée de la fondation de Béthanie.La conjonction de ces deux chocs, la rencontre fraternelle des détenues et la découverte de ce que la miséricorde de Dieu peut réaliser dans les curs, permet le surgissement d'un projet absolument nouveau. Bref, dès les premiers jours, en priant pour elles devant le Saint-Sacrement, Dieu m'a inspiré subitement le projet de cette uvre presque aussi distinct déjà qu'il l'est aujourd'hui, au moins pour les grandes lignes. Ce projet ne m'a plus quitté depuis. J'en ai parlé comme d'une idée vague à quelques personnes, prêtres, laïques et même laïques non chrétiens - à quelques personnes dont j'apprécie le jugement - tous ont trouvé cette uvre difficile mais admirable. Je ne me suis pas endormi sur cette pensée, je ne le pouvais pas d'ailleurs ; elle m'accompagnait partout et plus je voulais en faire à Dieu l'abandon, plus je me sentais pressé d'y penser et d'y travailler, avec cette pensée intime, profonde, que rien n'a pu m'enlever du cur depuis le premier jour : « cette uvre est nécessaire ; Dieu la veut ; elle se fera. Patience57 ! » Il interprète immédiatement cette idée comme un don de Dieu, et il ne changera jamais d'attitude : cette fondation sera toujours pour lui l'uvre de Dieu et non pas la sienne, ce qui explique la confiance inébranlable qu'il gardera dans l'avenir de Béthanie même dans les pires moments. Il n'entrevoit pas immédiatement toutes les difficultés et toutes les merveilles qu'il lui sera donné de voir à Béthanie dans les années de fondation. Il semble même qu'il ne soit pas certain que cette uvre pourra réussir à insérer complètement des détenues dans la vie religieuse, mais il est convaincu dès le premier jour que cette idée vient de Dieu. Il voit clairement dès le début ce qu'il faut faire, il ne changera jamais d'avis. Quelle est cette idée, quelle est cette uvre ? Le P. Lataste a constaté que plusieurs de ses pénitentes manifestent un désir de se donner à Dieu lorsque leur temps de détention sera arrivé à son terme. Sa conception de la miséricorde, de la radicalité du pardon de Dieu lui rend difficile l'acceptation de la seule réponse que l'église propose alors à une telle attente : les refuges. Issus des fondations à Nancy par Elisabeth de Ranfraing et à Caen par saint Jean Eudes, les refuges étaient des maisons d'accueil où une communauté religieuse abritait des « femmes repenties » pour leur faire mener une vie de pénitence et de travail destinée à les faire revenir à la vertu. Une distinction très nette était pratiquée entre les religieuses et les pensionnaires, et les constitutions prévoyaient clairement qu'une ancienne pensionnaire ne pouvait jamais être acceptée comme sur. Le P. Lataste ne remet pas en cause le bien-fondé de telles institutions ni leur efficacité. Il mesure seulement ce que peut avoir de cruel l'intégration dans une vie de pénitence de femmes qui sortent de dix ou de vingt ans de travaux forcés et qui viennent de recouvrer la liberté. Il mesure d'autre part l'incohérence qu'il peut y avoir à imposer la pénitence à des femmes à qui l'on a déjà imposé de longues années d'expiation en prison et qui ont de plus reçu le pardon de Dieu. Comment des femmes qui ont été régénérées dans le sacrement de pénitence et qui sont ainsi redevenues dignes de leur état d'enfant de Dieu au point de pouvoir communier, pourraient-elles être tenues à l'écart de la société, à l'écart de l'Eglise, dans un statut différent des autres religieuses ? Une telle question avait quelque chose de très neuf, de très surprenant, on y reviendra. Elle était pourtant la conséquence logique de ce que le P. Lataste prêchait et de ce qu'il contemplait au confessionnal. Le projet qui naît dans l'esprit du père Lataste en ce soir de septembre, alors qu'il prie au milieu des détenues comme un frère parmi ses surs, c'était de considérer jusqu'au bout ces femmes comme des surs, d'accueillir celles qui en auraient le désir et la vocation dans une vie religieuse contemplative normale58. Deux ans plus tard, il rappelle le souvenir de ces moments à sa mère59 : Cette uvre absorbe aussi tous mes instants ; tu dois l'aimer, bonne Mère, d'une manière toute spéciale, car elle a pris naissance auprès de toi. Te souviens-tu que lors de ma première retraite au château, en rentrant le soir je fis part à mon pauvre père60 et à toi de l'idée que Dieu venait de m'inspirer et qui déjà me poursuivait. Je voulais sonder le terrain et c'est avec bonheur que je vis mon pauvre père y applaudir de toutes ses forces, et s'attendrir sur le sort de ces pauvres femmes, bien qu'il aurait eut quelques raisons de douter de leur conversion réelle. Ce souvenir m'est cher. Il m'est heureux de songer que cette pensée, aujourd'hui réalisée, eut son berceau entre mon père et ma mère et qu'avant tout autre, ils lui ont souri61. Lorsqu'il sort de la centrale de Cadillac, le P. Lataste est un homme profondément touché par ce qu'il vient de vivre durant quatre jours. Les préjugés populaires dont il était encore marqué ont volé en éclats ; les intuitions que son récent sacerdoce lui avait procurées sur la profondeur de la miséricorde de Dieu ont été confirmées. Les détenues, que l'on appelle si facilement des filles perdues, se sont révélées à lui comme des femmes capables de pardon et de prière, des femmes dignes de communier souvent au corps du Christ, dignes d'être admises sans réticence dans le corps du Christ qu'est l'Eglise. « Elles faisaient leur adoration dans un silence et un recueillement qui sans contredit eût fait honneur à une communauté religieuse62. » La comparaison entre la vie religieuse et la vie carcérale, qui était une banalité de la littérature pénitentiaire de l'époque, lui est apparue d'une grande fécondité spirituelle. Le registre habituel de cette comparaison est celui qu'il emploie dans le sermon d'ouverture, préparé à l'avance : les détenues sont appelées à pleurer leurs péchés en prison comme les moniales font pénitence dans leurs couvents. A la fin de la retraite, dans la conclusion du sermon sur l'eucharistie rédigé sur place, il déplace considérablement le rapprochement entre ces deux formes de vie, en invitant les détenues à choisir par amour cette forme de vie laborieuse et silencieuse qui ressemble à celle des moniales. Le propos n'est plus pénitentiel mais contemplatif. Il est vrai que ce qu'elles endurent de gré, vous l'endurez de force. Mais est-ce donc que devant Dieu ce qui était forcé à son origine ne devient pas volontaire quand il est volontairement accepté ?.. Oui, mes enfants, vous êtes dans la bonne voie, continuez. Quel que soit votre passé, ne vous considérez plus comme des prisonnières mais comme des âmes vouées à Dieu, vous aussi, à la suite des âmes religieuses63. Dites à Dieu : Les hommes me retiennent ici de force, mais moi, je me donne à vous de plein gré, pendant dix, pendant vingt ans, je veux être uniquement à vous, je veux être à vous pour la vie ; je veux mourir, oui mourir mille fois plutôt que de cesser jamais d'être à vous64. Après la retraite : précisions sur le projet, patience.De retour dans son couvent, à Bordeaux, le jeune apôtre des prisons agit selon son tempérament : il se lance immédiatement dans les démarches de fondation de cette communauté dont il vient de concevoir le projet. Il rédige une notice qu'il confie à son prieur, le P. Minjard, afin qu'il le présente au conseil des prieurs réuni, peu après à Paris65. Il rédige également une lettre au provincial dans laquelle il demande l'autorisation de continuer à s'occuper de cette uvre et de demander à tous les frères de la province de prêcher un sermon de charité en faveur de l'uvre66. Sa réponse est prudente, l'idée est appréciée, mais l'Ordre refuse de s'engager dans une pareille affaire et suggère le patronage de l'archevêque de Bordeaux. Celui-ci fait donner par son vicaire général un avis de bon sens : « C'est bien difficile et peut-être le projet n'est-il pas encore assez mûri. » Faut-il préciser que le jeune fondateur a juste trente- deux ans, et qu'il découvre la réalité carcérale depuis un mois... Il est étonnant de constater qu'à cette époque le P. Lataste est si convaincu que cette uvre est l'uvre de Dieu et qu'elle se fera, qu'il ne semble pas conscient des réticences que son inexpérience peut soulever. Il vit dans la foi et attend tranquillement le moment favorable. De plus, la fondation d'un refuge est en cours à Bordeaux, et le conseil archiépiscopal, qui n'a peut-être pas saisi la différence fondamentale entre les deux types de vie religieuse, craint une concurrence. La réponse définitive est donc claire : Le conseil m'a répondu par une lettre du vicaire général chargé de l'affaire « que l'établissement du refuge de... pouvait répondre, au moins actuellement, au besoin qui préoccupe si justement votre zèle. Vous avez, en tout cas, le mérite d'avoir vivement désiré une uvre dont l'importance ne saurait être méconnue ». La réaction du serviteur de Dieu est significative de l'attitude de foi et de confiance inébranlable en Dieu qui ne l'abandonnera jamais dans cette affaire : J'en ai conclu que Dieu ne voulait pas cette uvre encore et je l'ai abandonnée, c'est-à-dire que j'ai cessé de m'en occuper, mais assuré dans le cur que tôt ou tard il faudrait une fondation de ce genre et qu'elle aurait lieu. Dans les mois qui suivent, le P. Lataste se livre à une intense activité de prédication. Au hasard des déplacements dans la région, il semble avoir eu l'occasion de rendre visite aux détenues, sans avoir toutefois l'autorisation de leur adresser la parole67. Il leur demeure fidèle dans la prière et garde le souci de ce qu'elles deviendront lorsqu'elles retrouveront le monde. 23 . On trouvera une étude de l'histoire des prisons françaises dans m. foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975, et dans j. g. petit, Ces peines obscures, Paris, Fayard, 1990. 24 . Maisons centrales de force et de correction, Analyse des réponses des directeurs à une circulaire ministérielle du 10 mars 1834 sur les effets du régime dans les maisons, Paris, Imprimerie royale, 1836. 25 . Il a écrit deux ouvrages sur son expérience de prédicateur en prison : Le Bagne et les Maisons centrales de force et de correction ou Compte-rendu des essais de moralisation durant trois années de prédications, Paris, A. Sirou et Desquers, 1846, 155 p. et Considérations sur l'influence de la religion dans les maisons centrales de force et de correction, Paris, A. Vaton, 1843, 32 p. 26 . Pour une présentation actuelle de la prédication de l'abbé Laroque, voir j. g. petit, op. cit., p. 517-518. 27 . On trouve des traces des polémiques sur ce sujet dans la Revue pénitentiaire et des Institutions préventives, 1843-1847. 28 . Abbé laroque, Les Bagnes p. 13. 29 . Comptes-rendus des deux congrès dans la Revue pénitentiaire et des Institutions préventives, t. IV, 1847. 31 . « Le missionnaire chrétien laissant à César ce qui est à César pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu, acceptera avec la plus parfaite soumission tous les faits accomplis de l'ordre social et politique [...] Ces criminels ne seront jamais aux yeux du prêtre que des créatures morales et rien de plus. Leur âme, rien que leur âme, voilà ce qu'il demande. » ( Ibid., p. 16 ). 32 . e. guillon, Les Châteaux historiques et vinicoles de la Gironde, Bordeaux , Coderc, Degréteau et Poujol, 1867, t. 2, p. 372-386. 33 . Correspondance entre le préfet et la supérieure générale des Filles de la Sagesse, Archives départementales de la Gironde, Y 8. 34 . Décision ministérielle du 6 avril 1839. 35 . Circulaire et règlement pour le service des soeurs dans les maisons centrales du 22 mai 1841. 37 . Arrêté du 10 mai 1839 sur le nouveau régime disciplinaire des maisons centrales, art. 1. 38 . « La vie d'un condamné ne doit jamais cesser d'être grave et soumise à une discipline sévère et, au besoin, rigoureuse : le travail doit être sa seule distraction. Alors même que la règle du silence ne devrait avoir pour résultat que de faire plus vivement sentir la captivité, l'administration ne devrait pas hésiter à la prescrire. Mais il s'agit surtout d'empêcher, autant qu'il se peut, cet enseignement mutuel du crime et de la corruption, dont les dangers et les progrès ne peuvent plus être révoqués en doute. Cependant, vous le savez, si l'administration ne doit rien négliger pour obtenir l'amendement des condamnés, puisque la société est directement intéressée à ce qu'ils rentrent meilleurs dans son sein, c'est pour elle un devoir plus rigoureux encore de les empêcher de se corrompre davantage pendant la captivité » (ibid.). 39 . Une affiche de 1865, conservée aux archives diocésaines de Bordeaux, confirme ce fait. Elle porte la liste des paroisses et communautés qui prennnent en charge chaque jour de l'année pour l'adoration perpétuelle ; la centrale de Cadillac y figure en septembre, au jour où le Père Lataste y prêche la seconde retraite. 40 . Renseignement fourni par l'abbé Fayard, curé de Cadillac, à Mgr l'archevêque de Bordeaux le 30 novembre 1864, Archives départementales de la Gironde, 2 V 210. Il est remarquable que dans ce rapport aucune mention ne soit faite de la centrale et de ce qui s'y passait sur le plan religieux..., de l'autre côté de la place de l'Église, à la prison. 41 . Sermon 407 de charité en faveur de Béthanie, s.d., reproduit partiellement p. 178. (Orig. A.B.). 42 . Lettre 430, du 2 janvier 1865, au P. Nespoulous, citée intégralement p. 153. (Orig. A.B.). 43 . Sermon 407, p. 178. (Orig. A.B.). 44 . Lettre 443, du 2 décembre 1865, au Père Hue, citée intégralement p. 252. ( Orig. A.B.). 45 . Trois d'entre eux sont reproduits intégralement à la fin de ce chapitre ; un résumé présente l'argumentation des cinq autres. (Orig. A.B.). 46 . C'est le cas du sermon 96 sur l'eucharistie dont la conclusion a connu trois rédactions successives. L'ensemble de ces textes est reproduit p. 171 et montre bien comment le prédicateur a été amené, en cours de retraite, à aller beaucoup plus loin que ce qu'il avait prévu. (Orig. A.B.). 47 . Sermon 407, reproduit intégralement p. 178. Le P. Lataste avoue cette répulsion qu'il a éprouvée aux détenues elles-mêmes dans le sermon sur l'eucharistie qu'il leur prêche le dernier jour de la retraite : sermon 96, reproduit intégralement p. 168 ( Orig. A.B.). 48 . Cette expression sera reprise dans l'introduction de la retraite de l'année suivante. L'ensemble de ces prédications est donné sur le mode amical et familier, le prédicateur se présente comme un frère, pécheur lui-aussi, et non comme l'envoyé d'un Dieu juge. 49 . Sermon 90, du 15 septembre 1864, reproduit intégralement p. 155.(Orig. A.B.). 50 . Sermon 407, reproduit partiellement p. 178.(Orig. A.B). 51 . Parallèle (91), Cause de leurs chutes (92) et Mauvais larron (93). (Orig. A.B. 52 . Sermon 94, du 17 septembre 1864. (Orig. A.B.). 53 . Sermon 95, reproduit intégralement p. 162 ( Orig. A.B). 54 . Sermons 96, du 18 septembre et 97, reproduits intégralement p. 168 (Orig. A.B.). 55 . Voir l'allusion à certaines de ces confidences dans Les Réhabilitées, p. 13-16, ici p. 291-328. (Orig. A.B.). 56 . Sermon 188, sur Marie-Madeleine, reproduit intégralement p. 199. (Orig. A.B.). 57 . Lettre 443, du 2 décembre 1865, au P. Hue, reproduite intégralement p. 252. (Orig. A.B.). 58 . Les aspects spécifiques de la fondation de Béthanie seront développés dans le chapitre 7, p. 261. ( Orig. A.B.). 59 . Il logeait chez ses parents durant la retraite, dans la maison à colonnes que son père avait fait construire, à proximité du château (aujourd'hui route de Brannes). 60 . Le P. Lataste se faisait beaucoup de souci pour le salut de son père qui semble s'être tenu jusqu'à la fin de sa vie sur le seuil de la foi, bienveillant sans pour autant faire le pas de l'adhésion personnelle. C'est sans doute ce qui explique la tristesse de cette expression. 61 . Lettre 9, du 27 octobre 1866, à sa mère. ( Orig. A.B.). 62 . Sermon 407, reproduit p. 178 ( Orig. A.B.). 63 . On imagine mal le scandale qu'une telle phrase pouvait déclencher parmi le personnel de la prison, peut-être même parmi les religieuses-surveillantes. A cette époque aucune institution Catholique consacrée aux détenues ou ex-détenues ne pouvait accepter l'éventualité d'une intégration complète de ces femmes dans la vie religieuse. Cela paraissait encore plus intolérable pour la vie religieuse contemplative. C'est pourtant la proposition du Père Lataste : ce jour-là pour celles qui sont encore en prison, et deux ans plus tard, à Béthanie, pour celles qui en seront sorties. 64 . Conclusion du sermon 96, reproduit intégralement p. 168. 65 . Ces démarches de l'automne de 1864 sont rapportées par le serviteur de Dieu dans sa lettre 443 au père Hue, reproduite intégralement p. 168. C'est de cette lettre que sont tirées les citations suivantes. (Orig. A.B.) 66 . Lettre 436, d'octobre 1864, au P. Saudreau, reproduite intégralement p. 177. 67 . Il fait allusion à ces visites muettes dans le premier sermon de la retraite aux détenues de 1865 : « aussi suis-je venu ici aussi souvent qu'il m'a été possible ; je ne pouvais rien vous dire, car la règle est là, mais je pensais que ma seule présence vous serait une marque de sympathie et vous consolerait, et je lisais sur vos visages qu'il en était ainsi ». Sermon 199, du 14 septembre 1865. ( Orig. A.B.). |
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