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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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DocumentsDocument 1. Lettre 430, du 2 janvier 1865, au Père Nespoulous (Org. AB.).La lettre 430 du 2 janvier 1865 au P. Nespoulous est l'un des textes qui manifestent le mieux le souci apostolique du serviteur de Dieu à l'égard des femmes en situation de détresse morale et spirituelle. Bordeaux, 2 janvier 1865. Sans avoir encore reçu de réponse à ma dernière lettre, je n'hésite pas, cher bien aimé Père, de vous écrire encore celle-ci. Que vous dirai-je ? Presque rien. J'aurais trop de choses à vous dire et trop peu de temps pour le faire. Vous parlerai-je d'une mission à laquelle je viens de prendre part à Villefranche (Aveyron) douze mille âmes ; trois paroisses ; six Pères. Cela a été bien consolant ; Dieu je l'espère aura béni plus d'un retour sincère. Mais impossible d'entrer dans des détails, le temps me fait défaut. De peur de l'oublier laissez-moi vous dire qu'on vous envoie mille bonjours de chez les Dames de l'Assomption établies à Bordeaux ; la supérieure était à Paris à l'époque et a connu tous vos parents. Le pauvre Père Dubosquet est à Arcachon, il est bien mal. On l'a cru mourant plusieurs fois, maintenant on espère. Mais il a édifié et édifie tout le monde par sa placidité et sa résignation, qui ne se sont jamais démenties. Le bon Père Ghébart qui est à Mazères est à peu près dans la même position, moins mal cependant. Vous souvenez-vous, cher Père, de certains projets relatifs aux pauvres brebis perdues ramenées, ou plutôt à ramener au bercail. Nous avions causé souvent de ces choses, et Dieu nous avait inspiré le même attrait à tous deux. Cet attrait me demeure et a grandi. J'ai visité déjà plusieurs Miséricorde, Refuge, Maison du Bon-Pasteur, je suis tout heureux de me trouver au milieu de ces pauvres âmes et de les consoler ; il leur faut si peu pour les rendre heureuses, quelques marques de sympathie, quelques lueurs d'espérance pour l'avenir, espérance non seulement de se sauver, mais encore d'en arriver peut-être à être plus agréables à Dieu et plus aimées de Lui malgré leurs chutes, qu'elles ne l'étaient même avant de faillir, comme il est arrivé de Madeleine. Ce qui les frappe et les émeut beaucoup, c'est le récit de la magnifique procession de Saint-Maximin en 1860 lors de la translation des reliques. Après une description pompeuse, quand j'arrive à dire : « Et que vénérait-on ainsi ? Que portent ces moines sur leurs épaules ? Qu'est-ce ? Qu'est-ce ? Une tête... une tête de femme... la tête de Madeleine... » un cri de surprise et d'émotion leur échappe, et de douces et chaudes larmes tombent de ces yeux qui avaient presque désappris de pleurer [ ...68]. Ce qui m'a surtout ému, c'est une retraite que j'ai prêchée aux 400 détenues de la maison de force qui est chez moi, à Cadillac, dans l'ancien château du duc d'Epernon ; un grand nombre sont entrées là de 16 à 20 ou 30 ans, pour infanticide. Je n'ai jamais trouvé nulle part tant de consolations ni versé d'aussi bonnes larmes. Elles sont là pour 5, 10, et 20 ans, quelques-unes à vie. J'estime que ce sont les plus heureuses, car revenues à Dieu comme elles le sont, sans cesse domptées par la rude discipline de la prison, le silence perpétuel, le travail forcé, elles sont assurées du moins, après avoir bien souffert, d'aller au ciel un jour, peut-être même sans faire longue halte au purgatoire. Mais les autres, que deviendront-elles, au sortir de là ? Et après avoir tant souffert et si longtemps n'iront-elles pas se perdre encore pour l'éternité ? Voilà la question qui m'a beaucoup ému et que j'espère voir résoudre bientôt à la providence. Priez beaucoup. J'ai parlé bien plus long que je ne le pensais faire. Je clos donc ma lettre sans même prendre le temps de me relire. Mes respectueux et affectueux bonjours à tous nos Pères, et en particulier au Père Delorme. Est-il guéri de sa blessure ? J'embrasse le frère Antoine, qui avait été si bon, si complaisant pendant ma maladie à Flavigny. A tous mes vux de bonne année. Je vous embrasse sur les pieds du S. Enfant Jésus, qui se laisse faire, tant il est bon, fr. M. Jean-Joseph Lataste. Tous nos pères me chargent de vous envoyer leurs amitiés, entre autres le Père Henriot, le Père Aubertin, le Père Brunet, le Père Reynard. la retraite prechee aux detenues de cadillac en 1864. Cette retraite est un moment capital dans la vie du serviteur de Dieu. C'est la raison pour laquelle il a semblé utile d'en repoduire ici de larges passages. Les sermons les plus marquants ont été reproduits intégralement. Les autres sermons sont résumés de manière à donner une idée de la pédagogie mise en uvre par le serviteur de Dieu. L'édition critique de l'ensemble des sermons des deux retraites se trouve dans : Père Lataste, Prêcheur de la miséricorde, Paris, Ed. du Cerf, 1992. |
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