Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

Page précédenteSommairePage suivante

Document 10. Lettre 436 au Père Saudreau, d'octobre 1864. (Brouillon, Orig. A.B.)

Cette lettre accompagne le rapport que le serviteur de Dieu a confié à son prieur pour le conseil, peu de temps après la prédication à Cadillac. Il y demande les autorisations nécessaires pour travailler à la fondation de Béthanie. Ce texte permet de souligner deux dimensions paradoxales de l'attitude du serviteur de Dieu à cette époque. Le ton général est très entreprenant, le Père Lataste semble parler d'une œuvre déjà fondée, d'un projet très précis, alors que l'idée ne l'habite que depuis une quinzaine de jours. Cette certitude est le signe de la confiance inébranlable qu'il met en Dieu. Cependant, malgré cette assurance, il ne se lance dans l'aventure que dans l'obéissance la plus stricte. On retrouvera cette double attitude tout au long de l'aventure béthanienne. On trouve ici une allusion à un premier contact avec les dominicaines de Sète, chez lesquelles le P. Saudreau enverra un an et demi plus tard Mère Henri-Dominique et une autre sœur en attendant la fondation.

Octobre 1864.

Au Très Révérend Père Saudreau,

Je désirerais que le Très Révérend Père provincial voulût bien décider sur les questions suivantes :

1. Puis-je continuer à m'occuper de cette œuvre ?

2. Puis-je le faire en mon nom ? Je suis tout à fait disposé à céder le soin de cette œuvre à qui on jugera bon de la confier ; mais il serait, je crois, très nuisible à ses intérêts qu'elle parût sous un nom étranger à notre Ordre.

3. Puis-je, après avoir présenté cette notice à l'approbation de son Eminence et de M. le Préfet, la publier dans les journaux de Bordeaux et ouvrir des souscriptions en sa faveur ?

4. Suis-je autorisé à adresser de ces notices à tous nos pères avec prière de donner un sermon de charité dans ce but, autant qu'il leur sera loisible, dans toutes les villes où ils iront prêcher quelque station ou mission un peu importante, et d'y placer de petites listes de souscriptions contenant dix souscriptions à dix francs chacune ?

Nos Dominicaines de Sète veulent bien se charger de former à la vie religieuse les personnes que nous leur enverrons dans ce but.

La Révérende Mère Prieure les accepte à condition de nous les rendre quand nous en aurons besoin et de les garder, dans le cas contraire, si leur vocation est véritable.

Je ferai remarquer enfin que l'œuvre dont il s'agit n'est pas entièrement sans antécédents dans notre Ordre.

Nous lisons dans L'Année dominicaine (mai132, p. 505) que le Père Ambroise Druvé fonda une maison de plus de cent repenties, qu'il les soutenait par des aumônes et leur procurait du travail. Qu'elles prenaient en entrant un habit religieux et chantaient en commun l'office de la Sainte Vierge, à l'édification de toute la ville de Bruxelles ; enfin, qu'elles étaient dirigées par des sœurs du tiers ordre.

Et ailleurs (mai, p. 859) que le pape Léon X donna mission à trois de nos pères du couvent de Viterbe de régler une maison de repenties ; qu'ils réduisirent cette communauté à la Règle de S. Augustin avec certaines constitutions particulières, et l'habit de nos sœurs converses.


132 . Il ne s'agit pas ici de la revue L'Année dominicaine, mais d'une série de volumes contenant, mois par mois, des récits hagiographiques dominicains.

Page précédenteSommaireHaut de pagePage suivante

© DOMUNI, Toulouse, 2002 - Tous droits réservés
http://biblio.domuni.org