Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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Document 12. Article du chanoine honoraire F.C., L'Aquitaine, n° 9, du 2 octobre 1864, p. 139-140.

Cet article est le seul récit de la retraite prêchée à Cadillac par le P. Lataste transcrit par un témoin autre que le serviteur de Dieu. Les récits du P. Lataste permettent de bien mesurer la différence d'état d'esprit entre le prédicateur et ce chanoine honoraire. Un an et demi plus tard, le P. Lataste, en publiant Les Réhabilitées, appellera ses contemporains à oublier les fautes des criminelles libérées de prison, et non pas les criminelles à se faire oublier, comme ici.

La maison centrale de correction de Cadillac vient d'avoir un beau jour de fête. Si la justice humaine se fait sentir avec une rigueur nécessaire dans cet asile d'expiation sociale, la justice divine, qui peut, sans inconvénient, être miséricordieuse pour le repentir, se plaît à y faire luire quelques rayons de joie et d'allégresse. Plus de quatre cents femmes sont enfermées là, dans le vieux château du fier duc d'Epernon, condamnées, pour un temps plus ou moins long au travail et à un rigoureux silence. N'allez pas croire que toutes ces natures soient profondément et radicalement perverties. Non, il y en a, et en grand nombre, qui sont capables de bien, qui l'eussent toujours pratiqué si le défaut d'instruction religieuse, des exemples pervers et de funestes entraînements ne les eussent précipitées dans des fautes qu'elles regrettent sincèrement aujourd'hui, et que, pour la plupart, elles cherchent à réparer par leur soumission et un vrai retour aux pratiques religieuses.

Le dimanche 18 septembre était le jour fixé pour l'Adoration perpétuelle. Le digne aumônier qui, depuis quinze ans, consacre ses soins à cette partie infortunée du troupeau de Jésus-Christ, avait eu l'heureuse pensée de faire donner à ses ouailles une retraite préparatoire, et il avait fait choix pour lui venir en aide d'un père dominicain, noble enfant de Cadillac, le R. P. Lataste.

Rendons ici un hommage mérité à M. le Directeur de la maison de détention : il s'est prêté avec l'empressement le plus louable à ce que demandaient les pieux exercices de cette retraite. De leur côté, les prisonnières ont consenti sans peine à prendre sur leur sommeil une heure le matin et une heure le soir, et de cette manière le travail auquel elles sont tenues n'a eu rien à souffrir du temps qu'elles ont consacré à la prière.

Samedi soir, à sept heures, le Saint-Sacrement a été exposé sous un riche baldaquin, et pendant toute la nuit les détenues se sont succédé pour l'adorer et le prier d'affermir en elles leurs bonnes résolutions.

Dimanche, à la première messe, elles sont venues en très grand nombre, trois cents au moins, s'asseoir à la sainte table et recevoir dans leur cœur régénéré le Dieu qui a pardonné au bon larron et à Madeleine.

Trois autres messes135 ont été dites à l'autel de l'exposition, l'une d'elles a été chantée par les prisonnières avec un élan et une précision admirables. On distinguait surtout une belle et ravissante voix.

Le soir, après les vêpres, le R. P. Lataste a donné sa dernière instruction. Il a tracé, en termes chaleureux, pleins d'onction et à la portée de l'auditoire spécial qui l'écoutait, les règles de la persévérance ; et aujourd'hui, où tant d'orateurs, même dans la chaire chrétienne, parlent sans chercher à être compris de leurs auditeurs, ce n'est pas un mince mérite que de savoir être simple et touchant tout en conservant à la parole évangélique la noblesse et la dignité qu'elle ne doit jamais perdre. La cérémonie a été terminée par la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement.

Avons-nous besoin d'ajouter que la chapelle, ornée avec magnificence, était resplendissante de lumière ? Quand on connaît les Sœurs de la Sagesse, ces prisonnières volontaires, préposées à la surveillance de la maison, et dont Dieu seul voit et pourra un jour récompenser le dévouement, on devine sans peine qu'elles n'avaient rien négligé pour donner à cette fête le plus vif éclat. Puissent leurs efforts et le zèle de tous ceux qui ont concouru à cette pieuse solennité être couronnés du seul succès qu'ils ambitionnent, l'amélioration des détenues, et puissent ces dernières, en gardant la fidélité qu'elles ont juré à Dieu, revenir pleinement converties dans la société, et lui faire oublier par leur fermeté dans le bien les tristes écarts de leur vie passée.


135 . Chaque dimanche deux messes étaient célébrées. Le directeur de la centrale, M. Delaunay, était le seul membre du personnel laïc à y assister (lettre du directeur de la centrale de Cadillac au préfet de Gironde, 27 novembre 1867, Archives départementales de Gironde, Y 312).

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