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DOMUNI
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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Document 7. Sermon 202, « J'ai vu des merveilles », prêché aux détenues de Cadillac le 17 septembre 1865. (Orig. A.B.).Ce dernier sermon prononcé en prison par le P. Lataste a conclu la retraite de 1865, à la fin de la nuit d'adoration qui a tant marqué le serviteur de Dieu. C'est un chant d'action de grâce devant la miséricorde divine, dont le refrain est une expression faussement attribuée à Catherine de Sienne et qui avait été utilisée la veille à propos du ciel. Ce que Catherine a éprouvé en contemplant son Sauveur dans l'extase, le P. Lataste l'a connu en confessant des détenues et en les regardant prier. Eucharistie 183, pour le jour de l'adoration perpétuelle « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde184. » Mes bien chers frères, mes chères, mes pauvres enfants186, Hier je vous citais le cri de S. Catherine de Sienne au sortir d'une extase où elle avait vu comme une entrelueur du Ciel187 ; aujourd'hui sans avoir vu le Ciel, sans avoir été ravi en extase, moi aussi je puis, j'ai besoin de m'écrier avec elle : « J'ai vu des merveilles ! j'ai vu des merveilles. » Et qu'avez-vous donc vu, me disent au fond du cur bien des âmes qui m'écoutent, qu'avez-vous donc vu ? Ah ! ce que j'ai vu ? J'ai vu cette prison objet de tristesse et d'effroi pour les hommes, transformée cette nuit en un lieu de délices, en un séjour de gloire et de bonheur !.. J'ai vu Dieu, le grand Dieu du Ciel, celui qui d'un seul mot avait créé les mondes et les a tous peuplés, celui qui doit venir dans la gloire et terrible juger les anges et les hommes, les vivants et les morts, je l'ai vu. Il s'était pris pour les hommes d'un immense amour, après les avoir faits à son image, et porté par cet amour jusqu'à la passion, jusqu'à la folie, il s'est fait homme pour se rapprocher des hommes, il s'est condamné, pour les sauver, à la plus ignominieuse et la plus douloureuse passion, il les a aimés jusqu'à la fin, jusqu'à la mort et jusqu'à la mort sur la croix, cet instrument d'ignominie pour les Juifs, objet de risée et de folie pour les Gentils. Mais ressuscité après sa mort par sa propre puissance ainsi qu'il l'avait promis, il est remonté au Ciel mais en continuant, par un miracle permanent d'amour et de toute-puissance, il a perpétué sa présence au milieu d'eux, sous des voiles il est vrai, mais réellement et substantiellement sous les voiles eucharistiques. - Et il a pu dire à ses apôtres en les quittant : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles188. » Elles avaient oublié Dieu, il ne les dédaigne pas. Je l'ai vu, dis-je, ce grand Dieu, ce Dieu de toute gloire et de toute pureté, sortir hier de son tabernacle, monter sur cet humble trône et passer toute la nuit comme un père, comme un ami, au milieu de pauvres femmes et de pauvres filles que la société dédaigne et dont les hommes ne veulent pas. Elles ont aimé le monde, elles l'ont aimé beaucoup, beaucoup trop hélas ! et le monde aujourd'hui les repousse et les frappe ; elles avaient oublié Dieu ; elles l'avaient dédaigné, elles l'avaient outragé, indignement outragé bien souvent, et Dieu ne les méprise pas, Dieu ne les dédaigne pas et Dieu ne les oublie pas, Dieu les aime - il connaît leur âme, leur âme jusque-là souillée, il a vu leurs plaies béantes, la lèpre hideuse qui les enveloppait, il a lavé leurs souillures, il a pansé leurs plaies, il a guéri leur lèpre, il leur a rendu leur antique beauté, leur antique innocence ; il s'est fait prisonnier au milieu des prisonnières pour les guérir, les consoler et les aimer. - O merveille ! Merveille !.. Elles voulaient le monde, et le monde n'est rien et le monde n'en veut pas. - Elles ne voulaient pas de Dieu, et Dieu est tout pourtant, et c'est Dieu qui les cherche, et qui vient habiter, résider auprès d'elles, se faire entourer d'elles comme d'une famille et d'une royale cour189. O Merveille ! Merveille ! Voilà ce que j'ai vu cette nuit. Et ce matin il était encore là !.. Et il ne se contentait plus de se tenir au milieu d'elles, il s'est immolé pour elles, et il leur a dressé une table, et sur cette table il leur a servi un mets, et lui-même les servait par son ministre, et ce mets mystérieux c'est lui-même !.. Et il n'en est pas moins demeuré tout le jour en leur présence, et ce soir nous l'y retrouverons encore !.. J'ai vu des merveilles, j'ai vu des merveilles ! Elles ont passé la nuit aux pieds de leur Sauveur. Et qu'avez-vous donc vu encore ? Ce que j'ai vu ? J'ai vu de pauvres femmes et de pauvres filles depuis longtemps, bien longtemps peut-être oublieuses de Dieu, élevées dans l'indifférence et le mépris de ses lois, ou, si elles furent chrétiennes un jour, bientôt perverties et accoutumées à laisser aller leur âme et leurs sens au courant de toutes leurs passions... je les ai vues, elles autrefois couvertes de péché, de crimes peut-être descendre dans la piscine sainte, entrer au tribunal de la pénitence et en sortir pures et immaculées, comme des colombes sortant des eaux, comme un enfant au sortir du baptême190. Et je les ai vues, par phalanges, s'assembler autour du Dieu-hostie, auprès de l'Epoux des Vierges, du Dieu de toute pureté... elles autrefois si flétries et déshonorées !.. et je les ai vues, elles qui tant de fois avaient renié leur Dieu pour la créature, tant de fois déserté la piété pour le lucre, le lieu saint pour des lieux de désordre et d'infâmes plaisirs, je les ai vues comme Madeleine repentante et purifiée, passer de longues heures aux pieds de Jésus : en dépit de la fatigue du jour et du poids de tant d'années déjà passées en ces lieux d'expiation et de peine, libres, elles ont librement choisi de passer la nuit aux pieds des saints autels191 ; cent cinquante y ont passé leur veillée et la moitié de la nuit venue cent cinquante leur ont succédé192... Et comme Madeleine, de ces lèvres autrefois toutes profanées, toutes souillées, toutes prostituées à d'autres amitiés, à de folles amours, elles ont ce matin couvert de baisers193, non plus seulement les pieds de Jésus, comme Madeleine, mais ses mains sacrées et son cur ; et toutes, ou presque toutes, dix ou douze exceptées194, elles se sont nourries du pain des anges, du pain de vie, de la chair de l'Agneau sans tache, de ce mets divin que les prophètes avaient nommé d'avance « le froment des Élus, le Vin qui fait germer les Vierges195 ». Et vous êtes en elles, et elles sont en vous196 ! O merveille ! merveille ! O profondeur des trésors de la Sagesse et de la Science de Dieu. Que ses jugements sont incompréhensibles et insondables ses voies197 ! Que faites-vous ici, Seigneur ? Voilà ce que j'ai vu. Ah ! si vous ne vous en étonnez pas, moi je m'en étonne. Et quoi, Seigneur vous n'y pensiez pas !.. Que venez-vous faire en ce lieu d'expiation et de souffrances, en ce lieu de pauvres et de malheureuses ? - Ce que je suis venu faire ? Les instruire, les consoler, les guérir... Un jour S. Jean198 m'envoya ses disciples et il me demanda : « Est-ce toi qui dois venir ou devons-nous en attendre un autre ? » - Et je leur répondis : « Allez et dites à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés199. » Et saint Jean me reconnut à ce signe et tu me demandes ce que je viens faire ici au milieu des pauvres et des malheureux ! - On souffre ici, il suffit, c'est mon domaine, je suis avec ceux qui souffrent, je demeure avec eux dans la tribulation, je les consolerai, je les soutiendrai, je les arracherai à leur peine un jour pour leur donner la récompense et les glorifier200. Je vous comprends, Seigneur, mais il y a plus que des malheureux en cette maison, ce sont de pauvres pécheresses... Et c'est pourquoi je viens ici, c'est pourquoi je me plais dans cette maison - ne suis-je pas descendu chez Zachée et chez Madeleine, n'ai-je pas écouté la pauvre Chananéenne, ne suis-je pas allé vers la Samaritaine ? N'ai-je pas loué le publicain quand il se frappait la poitirine ? Matthieu n'était-il pas un publicain ? Ne l'ai-je pas tiré de son comptoir pour en faire mon apôtre et mon évangéliste ? Et même n'ai-je pas voulu compter parmi mes ancêtres des femmes telles que celles-ci : Qu'était Ruth, la Moabite, sinon une pauvre païenne, exclue jusque-là du peuple de Dieu ? Qu'était Tamar, la fille incestueuse de Juda ? Que fut Bethsabée la femme d'Urie ? Que fut Rahab l'Egyptienne, avant d'être l'épouse de Booz201 ? Ne suis-je pas né de ces femmes, moi pourtant si jaloux de l'honneur et de la pureté de la Vierge qui fut ma mère, que jamais, pas même avant d'être née, pas même en sa conception, jamais je n'ai permis qu'elle fût un seul instant souillée de la tache originelle ni du plus petit péché véniel... Ne t'étonne donc pas si je viens à ces femmes ! - Après tout, sache-le, c'est pour elles et leurs semblables que je suis venu ici-bas. - Je l'ai nettement déclaré à mes apôtres : « Je veux la miséricorde et non la mort. Je ne suis point venu appeler les Justes mais les pécheurs202. » « Je n'ai été envoyé que pour courir après les brebis perdues de la maison d'Israël203. » « Je suis le bon Pasteur. - Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis204. » - « Quand il en a perdu une seule, il laisse là toutes les autres dans le désert, et il court après celle qu'il a perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve. - Et quand il l'a trouvée (il la ramasse) et la charge sur ses épaules et la rapporte tout joyeux au bercail205. » Oh ! ils l'ont bien dit mes ennemis autrefois, ils voulaient me calomnier mais ils disaient vrai. - Oui bien, je suis l'ami des pécheurs et des publicains206. - « Ce ne sont pas ceux qui sont bien portants qui ont besoin de médecin, mais ceux qui sont malades. - Et c'est pourquoi je ne suis pas venu appeler les justes, mais convier les pécheurs à faire pénitence207. » Seigneur, Seigneur, c'est assez ! - Je comprends maintenant l'admirable dessein de votre Providence, j'admire vos bontés, je m'extasie en présence de votre miséricorde, et l'abîme de votre amour pour les hommes me donne le vertige, Seigneur, c'est assez ! c'est assez !.. Comme vous êtes bon ! Comme vous êtes magnanime, envers ceux qui vous ont outragé. Mais, Seigneur, qu'il a dû en coûter à votre âme, si j'ose ainsi parler, qu'il a dû en coûter à votre âme, vous qui vous plaisez parmi les lis, vous si pur et si amoureux de la pureté, pour descendre à de telles condescendances, à l'égard de ces pauvres âmes flétries... - Vous vous trompez. - Vous n'entendez rien aux choses de Dieu et vous jugez de toutes selon les hommes... vous vous trompez !.. « Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies. - Autant le Ciel est loin de la terre autant mes sentiments sont au-dessus des vôtres, et mes pensées au- dessus de vos appréciations208 !.. » Non ; non, vous vous êtes trompés. Il y a plus de joie au ciel... Quand le bon Pasteur a trouvé sa brebis perdue, il court à sa maison, convoque ses amis et ses voisins et il leur dit : « Mes amis, réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la brebis perdue. Et moi, je vous dis qu'il y a plus de joie dans le Ciel, et plus de joie dans mon cur dès lors pour un seul pécheur qui revient vraiment à repentance que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentir ni de pardon209. Qu'est-ce donc quand, au lieu d'un pécheur converti, je puis les compter par centaines ?.. quand dans la même maison je rencontre à la fois des âmes pures qui m'ont volontairement consacré leur jeunesse et le cur, et des âmes autrefois pécheresses, aujourd'hui repentantes210, que j'ai châtiées par amour et qui l'ont compris et qui baisent aujourd'hui la main qui les frappe, et qui d'une captivité forcée à l'origine ont su, par l'acceptation généreuse de leur cur, se faire comme une vocation presque pareille à la première211. - Oh ! non, non ; ne croyez pas qu'il en coûte à mon cur de me trouver ici. - J'y trouve mes délices beaucoup plus, beaucoup mieux que dans les palais des rois ou des grands de la terre, qui trop souvent m'oublient. - Qu'ai-je à faire de leurs richesses ou de leurs pauvres sciences, j'ai assez de science et de richesse, moi, pour en donner à tous ceux qui m'aiment, qui que vous soyez ici, réjouissez-vous donc avec moi ; car j'avais perdu des âmes et je les ai retrouvées, ces enfants étaient perdues et les voilà retrouvées212 !.. » Pardonnez à ma hardiesse, Seigneur, mais je voudrais encore vous poser une question, je voudrais savoir de vous un mystère. D'où vient que tant d'âmes sur la terre ont moins péché que celles-ci et vous leur avez fait moins d'avances. Elles ne sont pas souillées de ces crimes, elles auraient peu à faire sans doute pour être dignes de vous ; ce sont des âmes demeurées honnêtes au milieu de la bonne comme de la mauvaise fortune, des âmes à tous égards dignes de vénération et d'amour, et voilà que vous ne venez pas à elles ; depuis longtemps, bien longtemps, bien longtemps peut-être, vous ne les avez pas honorées de votre visite, comme ces âmes-ci ; depuis de longues et longues années vous ne les nourrissez plus ô Jésus de votre pain d'amour !.. Seigneur, Seigneur, expliquez-moi ce mystère - car ces choses m'attristent et me blessent au cur - voir de mes yeux vos brebis rentrées au bercail, ah ! c'est beaucoup Seigneur, c'est beaucoup - mais ce n'est point assez pour mon bonheur. Quand vous ramenez à vous ceux qui étaient si loin, pourquoi laissez-vous loin de vous ceux qui en sont si près213 ?.. « Un homme un jour fit un grand repas, comme je l'ai fait moi-même ici ce matin, et il y convoqua bien des personnes. - Et à l'heure du repas, il envoie son serviteur dire aux invités de venir, que tout était prêt. - Et voici que tous trouvèrent des excuses. - Le premier répondit : Je viens d'acheter une campagne, j'ai besoin de sortir pour aller la voir ; je vous en prie, excusez-moi !.. L'autre dit : J'ai acheté cinq paires de bufs, il faut bien que je les essaie - excusez-moi je vous prie. - Un autre dit : Je viens de prendre femme, je ne puis donc venir. Le serviteur revint et rapporta toutes ces choses à son maître. Et alors le père de famille irrité : Va, lui dit-il, cours sur la place et dans les rues de la cité, et tout ce que tu trouveras de pauvres, d'infirmes, d'aveugles et de boiteux, amène-les ici. - Et le serviteur lui dit : Seigneur, j'ai fait ce que vous m'avez ordonné, et il y a place encore. - Et le maître lui dit encore : Va sur les chemins et le long des haies - et tous ceux que tu trouveras, presse-les d'entrer, je veux que ma maison soit pleine - mais je te le déclare, de tous ces hommes que j'avais appelés, pas un ne goûtera de mon repas214 !.. » Réjouissez-vous donc, ô vous qui aviez le bonheur de vous asseoir ce matin au banquet de l'Agneau sacré, - réjouissez-vous, vous avez reçu une faveur sans égale, - réjouissez-vous et priez pour ceux qui ne l'ont pas fait, qui d'ordinaire ne le font pas dans le monde215. Pour vous, ne vous en séparez jamais. Revenez-y aussi souvent qu'il vous sera possible et pour cela conservez pure la robe d'innocence qui vous a été rendue en ces jours. Revenez souvent à ce banquet divin : Vous y trouverez le remède aux souillures passées, la force contre les tentations et les tristesses du présent, la joie et l'espérance d'un avenir meilleur, de cet avenir dont j'essayais hier de vous dépeindre la magnificence et d'exciter la faim en vous. O banquet sacré où Jésus se donne à nous en nourriture, s'écrie l'Eglise avec S. Thomas216. Nous y trouvons, pour nous guérir des maux passés, le souvenir et la reproduction mystique de sa douloureuse passion, pour les besoins présents nous y trouvons la grâce, nous y trouvons pour l'avenir le gage de la gloire future217. Venez-y donc souvent218 ; désormais, comme Madeleine, oubliez les créatures, retournez-vous définitivement vers votre Créateur et votre Dieu219. Entre les hommes et Dieu vous avez vu la différence... Les uns, vous les avez cherchés, ils vous ont perdues, ils vous méprisent et vous punissent ; l'autre, Jésus, vous l'aviez abandonné, et il ne vous méprise pas, il ne vous dédaigne pas, il vient à vous, il vous console, il vous aime. - Allez donc à lui. - Entendez-le vous appeler du haut de sa croix, et du haut de son trône eucharistique220. « Je suis venu, vous dit-il, je suis venu apporter le feu sur la terre et que veux-je sinon qu'il s'allume221 ? Je suis venu me gagner l'amour des hommes et que veux-je sinon être aimé. Je les aime tous sans distinction. J'aime tous ceux qui m'aiment222. » De ceux qui viennent à moi, je n'en repousse aucun. Laissez-les donc venir à moi, ces pauvres enfants223. Venez, pauvres enfants prodigues - les bras de votre Père sont ouverts. - Venez vous reposer sur son sein ! Venez, je sécherai vos larmes ; venez, je vous rendrai votre chaussure, votre robe première, et votre anneau... Venez, nous tuerons le veau gras, et nous nous réjouirons de votre retour224, et vous retrouverez votre place au foyer de famille, et votre rang dans la cour de mes élus, et vous serez avec moi et je serai avec vous, et vous serez mon peuple et je serai votre Dieu toute l'éternité225. 183 . Sermon prononcé en clôture de la retraite, le soir du dimanche 17 septembre 1865, à la fin de l'Adoration perpétuelle organisée à la prison depuis la veille au soir. Le texte est entièrement rédigé à Cadillac, très nettement à la hâte, puisque sans rature. Comme il fait allusion à ce qui s'est passé dans la nuit, il a probablement écrit dans la journée du 17 septembre, dans l'émotion. Titre de l'auteur. 184 . Mt 28, 20. Citation latine en tête du sermon : Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem sæculi. 185 . Mt 11, 19. Citation en latin : Ecce... publicanorum et peccatorum amicus... Deux citations bibliques en latin sont ajoutées en marge : Sufficit tibi gratia mea ( « Ma grâce te suffit », 2 Co 12, 9 et Cum ispo sum in tribulatione Eripiam eum et glorificabo eum, « Je suis avec lui dans son épreuve, je veux le libérer, le glorifier » ( Ps 90,15 ). 186 . Comme le sermon sur l'eucharistie de l'année précédente, ce texte est prêché, à cause de l'Adoration perpétuelle, devant un auditoire qui comprend à la fois les détenues qui ont suivi la retraite et le personnel de la prison. Cela explique que le prédicateur s'adresse tantôt aux unes, tantôt aux autres. 187 . La citation approximative de Catherine de Sienne se trouve en effet, on l'a vu, dans le sermon précédent sur le ciel, dans un texte rédigé avant la retraite. Elle est reprise ici et ce qui s'y appliquait à la vision de Dieu est appliqué aux âmes des détenues touchées par la grâce. Voir p. 190 le texte complet de la citation et les conclusions qu'il semble possible d'en tirer sur l'expérience spirituelle vécue par le P. Lataste à Cadillac. 188 . Mt 28, 20. Citation en français, précédée du texte latin : Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus. Dans les nombreuses homélies que le P. Lataste a consacrées à l'eucharistie, on trouve très souvent ce thème de la rencontre de Dieu avec l'homme, de la visite que le Christ rend aux fidèles, comme un ami. L'interprétation sacrificielle de l'eucharistie est beaucoup plus rare. L'insistance, pourtant fréquente à l'époque, sur l'incapacité à recevoir la communion est encore plus rare. 190 . Référence au baptême par immersion dont le P. Lataste devait avoir connaissance seulement par les écrits des Pères de l'Eglise, car il n'était pas pratiqué à son époque. Le sacrement de réconciliation est comparé à un nouveau baptême, qui confère, comme on l'a vu dans les sermons de l'année précédente, une seconde innocence. « Quand Dieu a fait l'homme de rien, c'était beau, c'était grand, sublime, divin - c'était la création première - mais quand de l'homme pécheur et réprouvé il nous fait enfants de Dieu, élus de Dieu, héritiers de Dieu et cohéritiers de Jésus Christ, comment appellerons-nous cette oeuvre et qu'en pourrons-nous dire ? Rien qui puisse être à la hauteur de notre pensée et surtout de la vérité. C'est là l'OEuvre des OEuvres de Dieu, celle qu'on est convenu d'appeler la création nouvelle. » (sermon 291 pour la fête de sainte Marie-Madeleine à Béthanie, 22 juillet 1867, (Orig. A.B.). 191 . On lira p. 252 dans la lettre 443 au P. Hue, l'étonnement du P. Lataste qui s'attendait à les voir se succéder sur de courtes périodes, deux par deux, comme on le faisait dans les paroisses qui organisaient l'Adoration perpétuelle. Il fut très impressionné de les voir sacrifier généreusement leur sommeil pour se livrer à la prière dans un silence qui eût fait honneur aux meilleures communautés religieuses.( Orig. A.B.). 192 . Il y avait, au 31 décembre 1864, 397 détenues à la centrale de Cadillac, dont 199 condamnées aux travaux forcés (statistiques de l'Administration pénitentiaire). 193 . Sur le fait que Marie-Madeleine emploie pour montrer son amour au Christ ce qu'elle mettait auparavant au service du péché, voir le sermon 95 sur Marie-Madeleine pendant la retraite de 1864 cité intégralement p. 162. ( Orig. A.B.) 194 . Le nombre de communions à l'issue d'une retraite ou d'une station de carême ou d'avent était le critère de réussite de la prédication. Le P.Lataste le note souvent dans sa correspondance.Le « résultat » qu'il avait obtenu devant un auditoire si difficile avait de quoi le réjouir. 195 . Za 9, 17. Citation en français, suivie du texte latin : Fromentum electorum et vinum germinans virgines. La traduction littérale de la Vulgate peut surprendre. Aujourd'hui on remplacerait sans doute germer par s'épanouir comme le font la Bible de Jérusalem et la Traduction oecuménique de la Bible. 196 . Une note marginale, biffée, reprenait encore la comparaison entre le comportement des détenues durant la retraite et la conduite religieuse des personnes de la bonne société, au désavantage de ces dernières : « tandis que d'autres, hélas ! dignes à tous égards d'estime et d'affection, d'autres toujours honnêtes, probes, vénérées, depuis longtemps, bien longtemps peut-être, n'ont pas reçu l'honneur d'une telle visite en eux et depuis tant d'années ne se nourrissent plus, ô Jésus, de votre pain d'amour !... ô abîme ! » Cette phrase a sans doute été supprimée pour préserver l'humilité des détenues, mais le P. Lataste ne se privera pas de ces comparaisons lorsqu'il s'adressera à la société « du dehors. » 197 . Rm 11, 33. Citation en français suivie du texte latin : O altitudo divitiarum sapientiæ et scientiæ Dei ! quam incomprehensibilia sunt judicia ejus, et investigabiles viæ ejus... 199 . Mt 11, 2-5. Citation en français. 200 . Jr 30, 19. Citation en français, suivie du texte latin : Cum ipso sum in tribulatione, eripiam eum et glorificabo eum. 201 . Le sermon 188, du 3 juillet 1865, sur Marie-Madeleine, présentait une méditation très semblable sur la généalogie du Christ (Voir p. 199 ; Orig. A.B.). 202 . Mt 9, 13. Citation en français. 203 . Mt 15, 24. Citation en français. 204 . Jn 10, 11. Citation en français. 205 . Voir Luc 15, 4-6. Notes marginales : « Enfant prodigue, Je suis venu apporter un feu...» 207 . Lc 5, 32. Citation en français. 210 . Si le P. Lataste parle ici de la cohabitation, dans la prison, des détenues et des soeurs de la Sagesse qui assurent la discipline de la maison, il est difficile de ne pas croire qu'il pense aussi à la communauté de Béthanie où ces deux catégories de femmes vivront à égalité. Cette seconde retraite l'a fermement décidé à fonder. 211 . On retrouve ici le thème de l'année précédente avec l'acceptation du châtiment que Dieu inflige par amour (premier sermon), puis le parallèle avec la vie religieuse dont les détenues peuvent se rendre très proches par cette acceptation volontaire (premier et septième sermon). Un an plus tard, dans ses entretiens avec les détenues, le P. Lataste a pu mesurer les bienfaits de cette proposition. 212 . Voir Lc 15, 24. Note marginale au crayon : « Comme chez Marthe et Marie. » 213 . Le prédicateur pose une question semblable à celle du frère aîné de l'enfant prodigue (Lc 15, 29-30), qu'il devinait sans doute dans le coeur de ses auditeurs de bonne réputation, membres du personnel laïc et religieux de la prison. Il ne répondra pas à cette question comme l'année précédente par l'exemple de Marie-Madeleine qui est plus aimée car elle a beaucoup aimé, mais par la parabole des invités, sans doute pour appeler l'ensemble de ses auditeurs à la conversion, quelle que soit leur condition. 214 . Lc 14, 15-24. Citation en français. Note marginale au crayon : « Plût à Dieu que vous fussiez chaud ou froid. » 215 . Une note marginale au crayon, « Histoire de la bienheureuse Imelda », suggère le rapprochement avec l'histoire de cette jeune tertiaire dominicaine pour laquelle le P. Lataste avait une grande dévotion et à laquelle il consacrera une petite brochure l'année suivante ( voir p. 243 ). La tradition rapporte que la bienheureuse Imelda Lambertini serait morte très jeune après avoir reçu la sainte communion. La liturgie dominicaine avait célébré sa fête la veille, le 16 septembre. 216 . Texte latin intercalé : O Sacrum convivium in quo Christus sumitur - Mens impletur gratia - et futuræ gloriæ nobis pignus datur. Texte et traduction de l'antienne O sacrum convivium, antienne de Magnificat des deuxièmes vêpres de l'office du Saint-Sacrement, attribué à Saint Thomas d'Aquin. 217 . En note, au crayon, traduction de la dernière partie de la citation latine : «Et ce gage n'est autre chose que le même Dieu qui fera votre béatitude au Ciel, mais caché sous des voiles. » 218 . La communion fréquente n'était pas une pratique normale, surtout dans une maison centrale, ainsi qu'en témoigne un article anonyme qui critique fermement le mode de prédication de l'abbé Laroque et les communions générales qui clôturaient ses retraites : « La communion nous paraît une chose si grande, si sainte, si divine, si terrible, que nous ne pouvons comprendre l'extrême facilité avec laquelle certains aumôniers de bagnes et de prisons y admettent en grand nombre des réclusionnaires et des forçats dont la vie n'a pas été seulement une vie de péché mais une vie de crimes et de forfaits. Par le fait seul de la condamnation qui les frappe, et en raison surtout des causes qui l'ont amenée, le réclusionnaire et le forçat ne sont pas seulement exclus pour un temps de la communion civile, c'est-à-dire de la vie sociale, dont ils ont enfreint les lois, mais ils le sont encore de la communion chrétienne, c'est-à-dire de la société des fidèles dont ils se sont rendus indignes.» « Des missions et retraites dans les prisons et de leurs effets moraux sur les condamnées », Revue pénitentiaire et des Institutions préventives, ( III, 1846, p. 238-239). 219 . Le P. Lataste fait souvent de la dévotion eucharistique et de la communion fréquente la condition de la persévérance pour les convertis. Il écrit à un ami récemment converti en des termes surprenant à une époque où la communion était encore le plus souvent présentée comme une obligation, un devoir annuel : « Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie, ce n'est pas un maître qui commande, ce n'est pas un roi qui donne des ordres et auquel nous ne puissions résister sans encourir des châtiments. (La communion pascale est obligatoire mais uniquement parce qu'il ne peut être loisible à l'homme de rester aussi longtemps indifférent à l'appel et à l'amitié de Dieu. Négliger ses Pâques, ce n'est pas précisément désobéir à un roi, c'est blesser un ami dans ce qu'il a de plus cher : son amitié. Voilà simplement ce que je veux dire.) ; c'est un ami, un ami qui nous aime éperdument, de toute éternité ; un ami qui depuis que nous sommes au monde ne cesse de nous poursuivre de son amitié, en nous criant : Mon Fils, mon frère donne-moi ton coeur. » C'est un ami dévoué, qui nous tend les bras depuis de longues années sans se laisser rebuter par notre indifférence et nos refus ; un ami pourtant qui n'a rien à attendre de nous, de qui nous tenons tout, qui nous prépare encore des bienfaits sans nombre, jusqu'à ce qu'enfin il nous introduise dans son royaume, nous donne part à sa gloire et à son éternité, nous fasse asseoir à ses côtés, nous ouvre son coeur et nous unisse tellement à lui que selon sa parole nous devenions un avec Lui, comme son Père céleste et lui ne font qu'un. Eh bien représentez-vous ou plutôt songez que cela est, car c'est la réalité, songez que vous allez recevoir un ami sans égal au monde, dont vous avez été séparé près de quarante ans, par votre faute ; songez que vous avez eu des torts envers lui, qu'il a tout oublié, qu'il brûle de vous recevoir dans ses bras, de vous presser sur son coeur, de se donner à vous et de vous unir à lui de la manière la plus étroite qui soit possible en ce monde, de renouer enfin avec vous les relations d'une amitié cordiale, éternelle. Entendez-le vous crier avec le prophète : « Venez amis, mangez mon pain, et buvez le vin que je vous ai préparé. Mangez, amis, et buvez ; et enivrez-vous mes bien-aimés, enivrez-vous de ma douceur. » Alors, levez-vous, courez à lui ; dites-lui avec la bienheureuse Vierge : « Voici votre serviteur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Et avec l'apôtre bien-aimé, criez-lui : «Venez, Seigneur Jésus, venez ! » lettre 474 du 17 avril 1862 à un ami ; (Orig. A.B.). 220 . Note marginale au crayon : « Il est le seul être qui fasse encore quelque cas de vous. » 225 . Formule d'Alliance très fréquente dans l'Ancien Testament. Voir par exemple Lv 26, 12 ou Jr 30, 22. |
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