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Document 9. Lettre 279 à Mme Piron, du 15 octobre 1865. (Orig. A.B.)
Cette lettre brève, qui date elle aussi des premiers temps de la charge de père maître montre combien le serviteur de Dieu est impressionné par sa nomination et désireux de profiter de ce temps de pause qui lui est accordé dans la vie apostolique pour approfondir sa vie religieuse.
Flavigny-sur-Ozerain (Côte-d'Or), 15 octobre 1865.
Madame,
C'est bien moi cette fois qui suis en retard avec vous, mais tant de choses sont survenues !
Me voici au lieu où je fus reçu à ma sortie du monde, il y a huit ans. J'étais novice et me voilà aujourd'hui (le croiriez-vous ?) chargé des novices profès. Ils sont bien dix-huit, bientôt vingt. J'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour échapper à cette charge. Impossible, j'ai dû obéir. Mais quelle effrayante responsabilité et que je me sens inepte à de telles fonctions ! Oh ! priez bien pour moi, et puisque Dieu, nous dit S. Paul, ne tente personne au-delà de ses forces, j'ai tout lieu d'espérer que vos prières et les miennes m'obtiendront de Dieu les lumières et les grâces particulières dont j'ai tant besoin.
Du moins il en résultera un bien, c'est que je vais être aujourd'hui, bon gré mal gré, contraint par ma charge de travailler à devenir un bon religieux, et si je suis inhabile à former les autres, du moins ai-je espoir de me former un peu mieux moi-même. Mais cela ne suffit point, priez bien pour que je fasse les deux.
J'ai quitté Bordeaux et ma famille et mon pauvre vieux père qui n'a pas fait encore un pas vers Dieu. Oh ! que j'ai peur qu'il ne parte ainsi !
Je vous suis bien reconnaissant de ce que vous avez fait pour les pauvres et chers Polonais. J'ai dû en changeant de position renoncer à m'occuper de cette uvre qui me tient toujours à cur, car nos noviciats sont pauvres, dénués de tout et c'est mon devoir de penser à eux, en ce que je puis. Nous sommes ici plus de quarante religieux dont pas un ne peut s'occuper de prédication, tous novices simples ou novices profès étudiants ou professeurs, ou chargés des novices en quelque manière ; nous sommes donc sans autre ressource que la charité des fidèles et les secours de nos autres couvents. Le local est pauvre, vieux, noir, vermoulu et lézardé en bien des points, mais rien n'est beau comme cette grande communauté sortant de toutes les portes comme les abeilles d'une ruche ; toute la ruche est pleine, nous n'avons pas en ce moment deux cellules à donner.
Nous avons trois postulants, entre autres un jeune avocat de vingt-cinq ans de la Seine-et-Marne, charmant à tous égards, fort intelligent, mais surtout d'un cur d'or, ardent, débordant des plus généreuses aspirations. Nous avons aussi parmi nos novices simples un médecin de Paris de plus de quarante ans. Si vous avez quelque postulant à présenter comme autrefois, c'est le moment. Je suis du nombre des examinateurs chargés de prononcer sur leur admission. Nous manquons un peu de frères convers.
Il faut en finir. Je n'ai plus un instant. Si vous y pensez, envoyez-moi ou les photographies si vous ne pouvez les placer ou leur montant, car il faut que je règle mes comptes avec l'uvre.
Je vais écrire à Mme de saint Germain, il y a bien dix mois, je crois, que je ne l'ai fait.
Du courage pour votre tiers ordre. Dieu bénira votre patience et vos efforts.
Je m'associe de loin à toutes vos épreuves. Donnez-moi des nouvelles de tous les vôtres et présentez-leur mon affectueux respect.
A Dieu, Madame et ma sur. Oh ! que ne sommes-nous tout à fait à lui, et quelle joie quand nous lui serons définitivement unis en l'autre vie !
Je vous bénis en son nom, vous et tous les vôtres, par les mains bénies de son Fils Notre Seigneur
fr. M.-Jean-Joseph Lataste.
   
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