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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Document 11.Lettres 417 b et c au Père Jandel, maître de l'Ordre au sujet des frères Jouin, printemps 1866. (Orig. A. o.p. Rome.)Ces deux lettres manifestent la justesse du jugement moral du serviteur de Dieu dans l'exercice de sa charge de père maître. Dans la première, il donne son avis au maître général sur les deux novices en suggérant qu'on fasse confiance aux signes de conversion réelle et de fermeté d'âme que l'aîné a donnés depuis la visite canonique du provincial. Pour le cadet, il se montre plus réservé tout en s'avouant incapable de le renvoyer. La deuxième lettre est écrite au moment d'un épisode surprenant226 : le prieur de Flavigny en son conseil venait de prendre la décision de demander au P. Jandel la sécularisation d'Augustin Jouin ; le lendemain, une promenade donne au prieur l'occasion de faire plus ample connaissance avec ce frère et de l'apprécier. Immédiatement le conseil est à nouveau convoqué et envoie un démenti au P. Jandel. Au milieu de ces volte-face qui font preuve d'une certaine désinvolture en matière si grave, le serviteur de Dieu donne son avis. a. Lettre 417 b. Au Révérendissime Père Jandel227. Flavigny, 28 avril 1866, Révérendissime Père, Nous allons avoir prochainement à juger la question de la profession solennelle des deux frères Jouin ; j'ignore ce qui a pu être décidé à leur égard au dernier conseil provincial, mais j'ai compris à demi-mots que l'on est peu disposé en leur faveur, je crois bien faire de vous exposer la situation telle que je la vois, afin d'avoir votre avis à cet égard, et s'il est besoin, de servir les intérêts de ces deux frères. Pour le frère Augustin (l'aîné) je n'ai pas de doute, nous devons le garder. Il a une âme droite, franche, loyale, un sens droit ; et je lui ai toujours reconnu depuis que je suis ici un vrai désir et un désir effectif de devenir un bon religieux. Seulement il est venu ici avec de faux principes d'indépendance, de dignité et de droits qui l'ont fait agir quelquefois d'une manière fausse et peu religieuse ; j'ai eu de la peine à modifier ses idées. Quand le T. R. P. provincial s'est prononcé très énergiquement contre ses idées et ses tendances lors de la dernière visite provinciale, il s'est soumis tout d'abord, et a même travaillé, je le sais pertinemment, à amener d'autres à cette soumission de l'autorité. Il a toutefois gardé ses idées et ses principes quelque temps encore, mais décidé à obéir quand même, et coûte que coûte. Ce n'est que peu à peu par le travail de la grâce, la fermeté de ses supérieurs dans cette voie d'autorité et d'obéissance, et les conseils qu'il a reçus de quelques bons frères et de moi qu'il est revenu de toutes ses idées, mais complètement revenu, tellement qu'il est aujourd'hui résolu à les combattre et à en détourner les autres ; il reconnaît que toute vie religieuse était impossible avec cela ; mais on les avait trop laissés s'enfoncer dans ces idées dans les derniers temps de leur séjour à Saint-Maximin, et ce qui montre sa bonne foi c'est qu'il s'est fait un devoir de dire au T. R. P. provincial lui-même pendant sa visite ce qu'il pensait alors et ce qui le choquait. Je crois être sûr de sa bonne volonté, de ses efforts, de sa résolution à devenir et à rester bon religieux coûte que coûte. Je pense donc qu'il faut le laisser avancer à la profession solennelle. Quant à son frère, je ne serai pas aussi positif. Je vois en lui d'excellents principes, le désir aussi d'être bon religieux, mais je l'avoue, je ne pénètre pas aussi avant dans son âme, je n'y vois pas aussi clair. Cela tient à sa nature qui est toute différente de celle de son frère. En un mot je ne suis pas aussi sûr de lui. S'il me fallait le renvoyer, je ne le voudrais jamais faire, ma conscience n'est pas assez formée pour cela. Mais s'il me fallait, de moi seul, affirmer qu'on doit le garder, qu'il fera vraiment un bon religieux, je ne l'oserais pas non plus. Sa profession n'arrivant qu'en septembre, je compte d'ici là demander sur son compte des renseignements positifs à ceux qui l'ont connu de près, aux RR. PP. Mas, Manuel, Hoffmann et Quaglia. De cette sorte, je serai bien éclairé, je pense. Mais je tiens surtout, Révérendissime Père, à avoir votre avis sur cette question délicate. Les frères Alvare Duplan, Vincent Maumus et Marie-Dominique Gironnet viennent de nous arriver de Saint- Maximin, sans être attendus ; nous les avons mis au pas commun. Tout va admirablement bien au noviciat depuis le passage du T. R. P. Minjard. Vraiment Dieu nous a donné là pour provincial un homme de Son Cur. C'est incroyable tout le mouvement qu'il a déjà imprimé à l'observance et à l'esprit religieux. J'augure beaucoup de ces commencements, et les pères qui nous quittent prouvent bien en nous quittant que nous entrons plus avant dans la bonne et vraie voie. J'ose espérer en même temps, Révérendissime Père, quelques mots relatifs à l'uvre des Réhabilitées et à la supplique adressée au S. Père. Dieu semble bénir l'uvre de plus en plus ; il ne se passe pas de semaine qu'il ne nous en donne les marques visibles et inattendues. J'implore votre bénédiction, Révérendissime Père, pour notre couvent, nos noviciats, moi-même. Votre très humble fils et très obéissant fr. M.- Jean-Joseph Lataste b. Lettre 417 c. Au Révérendissime Père Jandel228. Révérendissime Père, Je savais tout, mais par la confession, et l'on ne m'avait pas autorisé à faire plus que j'ai fait. Maintenant le fait est connu, le T. R. père provincial, qui est ici, a tout dit aux frères Jouin. Je persiste dans ce que vous disait ma lettre, et j'ai cherché à m'éclairer de plusieurs manières sur cela. Le frère Augustin est bon ; il a eu des torts graves, mais non de parti pris ; il reconnaît sincèrement ses torts, a embrassé une ligne toute contraire ; il fera un bon et solide religieux, c'est ma conviction ; il a tout ce qu'il faut pour cela. Le frère Mannès n'a rien de très saillant contre lui ; mais il a été compromis dans quelques affaires ; et ce qui nous a le plus éloigné de lui, c'est qu'il ne s'est pas encore fait connaître, nul ne sait bien ce qu'il est ; il me paraît avoir des qualités sérieuses, mais je ne puis dire que j'en suis sûr. Je me demande donc : 1. de ne prendre aucune mesure pour le frère Augustin, on verra d'ici sa profession, 2. de prolonger le noviciat simple du frère Mannès (il n'a que vingt-un ans ; il y a bien espoir) de deux et trois ans s'il le faut, 3. si l'on ne peut accorder ces deux ans, de séparer les causes et de sauver le frère Augustin. Le T. R. P. provincial approuve ces démarches. Veuillez me pardonner, Révérendissime Père, d'avoir manqué d'égards, sans y songer, vis-à-vis du T. S. Père et peut-être de vous-même. Je vous suis bien reconnaissant de tout ce que vous avez bien voulu faire, ainsi que de vos bons et affectueux conseils. Veuillez croire, Révérendissime Père, à l'inaltérable dévouement de Votre fils reconnaissant et soumis. Fr. M.-Jean-Joseph. Lataste. 226 . Sur ce sujet, voir h. jouin, Le R. P. Auguste Jouin des Fr. Prêcheurs, p. 167 sv., et ici p. 109. 227 . Note de la main du P. Jandel, sous la date de la lettre : « France, 3 mai 1866. » 228 . Cette lettre a été écrite au dos d'une lettre adressée au Rme P. Jandel par le frère Mannès, et la réponse du P. Jandel au fr. Mannès est datée du 20 mai 1866. |
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