Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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Relations avec ses supérieurs : l'obéissance du fondateur.

Premières autorisations.

C'est au mois d'octobre 1866 que la province de France s'est prononcée pour la première fois officiellement à propos de la fondation de Béthanie. Il est clair que le P. Minjard a soutenu, en tant que provincial, le projet du P. Lataste. Il avait assisté à la naissance de ce projet alors qu'il était prieur de Bordeaux : le jeune prédicateur l'avait mis au courant, au retour de sa retraite en prison. Il accorde l'imprimatur à la brochure Les Réhabilitées et comprend vite qu'il est impossible au P. Lataste de mener de front sa responsabilité de père maître des novices profès et celle de fondateur :

    Je vous engage, lui écrit-il au mois de mai, à ne vous occuper de cette œuvre que d'une façon très secondaire. Vous êtes avant tout maître des novices, et vous savez la responsabilité qui pèse sur vous et tout ce que la province attend de votre dévouement114.

Le P. Lataste ne peut suffire à la besogne de maître des novices et de fondateur, avec en particulier l'importante correspondance que lui imposent les dons et les encouragements qui affluent d'un peu partout à la suite de la publication de la brochure. Le P. Minjard le décharge du noviciat, le 24 juillet 1866, avant la fondation de Béthanie115.

Au début du mois d'octobre 1866, le père provincial demande au serviteur de Dieu quelle est sa situation à l'égard de l'Œuvre, car le conseil provincial doit examiner la question.

Le récit que fait le P. Lataste de cette séance du conseil montre bien la détermination qui l'habite :

    Voici un moment grave pour nous : c'est le moment où le conseil provincial va porter sa décision sur notre Œuvre et la part qu'on doit m'y laisser. On m'a fait appeler pour quelques explications. Je viens de recommander cette affaire à Notre Seigneur ; je suis un peu ému, mais ce qui me rassure, c'est que je me sens parfaitement soumis au fond du cœur à la Sainte Volonté de Dieu, et malgré cela plein d'espérance. « J'ai espéré en vous, Seigneur, je ne serai pas confondu. »

    Un des pères du conseil me conseillait de modifier l'Œuvre et de n'admettre nos enfants que dans une communauté distincte ; un autre, pour simplifier la question de la responsabilité dont l'Ordre, comme Monseigneur de Besançon, ne voudrait pas être chargé, un autre me conseillant de vous donner un autre habit et une autre règle et un autre nom. Ma réponse à l'une et à l'autre proposition a été catégorique : il faut fermer la porte de Béthanie ou laisser l'Œuvre telle qu'elle est. Je suis chargé de faire cette Œuvre et pas une autre. Attendons116.

A la suite de cette rencontre, le conseil de la province décide de laisser le P. Lataste poursuivre son travail apostolique au service de Béthanie, en lui demandant de s'en décharger au plus vite117. Le serviteur de Dieu ne tire pas gloire de cette autorisation. Il ne veut pas blesser ceux qui lui sont hostiles118. Il reçoit néanmoins une confirmation de la bienveillance du provincial à son égard par son assignation au couvent de Dijon à compter du 26 octobre, motivée officiellement par le fait qu'il est « chargé d'une œuvre importante qui réclame ses soins119 ». Il faut souligner que le serviteur de Dieu ne demande pas à ses supérieurs de l'autoriser à s'installer de manière stable à Béthanie, alors que plusieurs pères lui conseillent cette solution, adoptée par d'autres fondateurs de communautés de sœurs120.

L'apparition de détracteurs.

L'opposition à la fondation de Béthanie s'est développée jusqu'à un paroxysme qui correspond à peu près à l'époque de la mort du P. Lataste et au problème posé par sa succession. Elle est née presque en même temps que le projet. Il est important de l'étudier avec précision, car elle manifeste bien le caractère très surprenant, voire scandaleux que représente le projet béthanien dans la société française du xixe siècle. L'une des premières réactions repérables est celle du curé du lieu de fondation, Frasnes-le-Château. Celui-ci écrivit à son archevêque dès qu'il eut connaissance du projet d'achat d'une maison sur sa paroisse pour la nouvelle communauté. Le P. Lataste avait en effet expliqué au curé que les premières sœurs viendraient à la messe paroissiale, en attendant qu'un aumônier fut nommé.

    J'ai déclaré de la manière la plus formelle [au P. Lataste] que ces sortes de personnes ne peuvent venir à la paroisse, leur présence à l'église ferait du mal, nuirait au recueillement et serait la source de bien mauvais propos. Je serais très peiné de les y voir121.

L'archevêque est obligé de préciser par retour du courrier :

    Je ne crois pas qu'on puisse les renvoyer puisque ce serait manquer l'œuvre, ni les priver de l'assistance aux offices : car c'est pour elles une obligation comme pour tous les fidèles, et l'accomplissement de ce devoir l'emporte sur toute autre considération. On pourra seulement y remédier en donnant à toutes un espèce d'habit religieux122.

Les sœurs de Béthanie, mises au courant des frayeurs du curé, notent de façon laconique dans les premières pages de leur chronique :

    Monsieur le curé souhaite aussi [la clôture] et la désire vivement ; mais pour un singulier motif : il redoute pour sa paroisse l'arrivée de nos enfants ; il lui semble que cela va « gâter, démonter le pays ». Excellent pays !.. il n'a pas besoin qu'on le gâte ou le démonte, c'est déjà fait123.

Les réactions hostiles à la fondation s'étaient manifestées dès la publication des Réhabilitées. Si la presse laïque n'avait manifesté aucune critique, les commentaires venant de l'intérieur de l'église124 et en particulier de l'intérieur de l'ordre de Saint-Dominique n'avaient pas tardé à être hostiles. Les hésitations des supérieurs à manifester une solidarité franche avec la fondation, la prudence du provincial qui soutenait pourtant l'entreprise depuis la première heure, sont des signes des pressions qui s'exerçaient par ailleurs sur eux. Il est clair que le corps dans lequel le serviteur de Dieu veut intégrer ses « chères sœurs » réagit fortement à un projet si nouveau et si opposé aux conceptions communes concernant la vie religieuse. Il s'agit bien, pour reprendre l'expression du P. Minjard, de permettre « à des personnes réputées infâmes de porter l'habit de saint Dominique125 ». C'est bien en effet sous l'habit d'un ordre connu et honoré que le P. Lataste souhaite abriter les réhabilitées, et non pas sous un habit nouveau qui les signalerait au mépris public. Il ne s'agit pas dans son esprit de fonder un ordre nouveau, mais d'accueillir une nouvelle catégorie de femmes dans un ordre ancien. Cette conception, publiée en particulier dans Quelques détails126, explique l'ardeur avec laquelle les membres de l'Ordre vont réagir contre une solidarité qu'ils ne sont pas prêts à porter. Dans le courant de l'année 1867, l'offensive va se préciser, de la part de celles qui étaient directement touchées par cette solidarité, c'est-à-dire les autres communautés du tiers ordre régulier dominicain127, sur lequel le P. Lataste avait choisi de greffer Béthanie. Ces communautés étaient le plus souvent vouées à l'éducation des jeunes filles, et elles manifestent leur crainte que, dans l'opinion publique, se répande l'idée que l'habit dominicain peut toujours cacher une ancienne criminelle, ce qui risquait d'inquiéter ceux qui confiaient habituellement leurs filles à ces religieuses128 P. Lataste répond publiquement à cette crainte dans le deuxième compte-rendu de Béthanie, publié en août 1867. Il y souligne la distinction qui existe entre Béthanie et les congrégations enseignantes :

    Il n'est pas douteux que le but et la constitution même de l'œuvre de Béthanie la rendent incompatible avec les grands et beaux pensionnats dirigés par nos sœurs du tiers ordre enseignant, et qui sont si bien entourés partout, et à si juste titre, de l'estime et de la pleine confiance des familles. La maison de Béthanie forme donc une maison à part, comme presque toutes les autres, unies avec elles de cœur et d'esprit, mais essentiellement distinctes d'elles. C'était de notre devoir de le déclarer nettement ici, afin de prévenir toute confusion regrettable129.

Dans les couvents, on parle de Béthanie, et la majorité des pères de la province semble éprouver peu de solidarité avec le serviteur de Dieu ; beaucoup se font complaisamment l'écho des craintes des sœurs enseignantes130. Alerté par ces attaques, le P. Minjard demande au P. Lataste un rapport sur Béthanie pour la congrégation intermédiaire qui se prépare131. Il souhaite en effet que la province se prononce elle-même sur la solidarité qu'elle aura à manifester à l'égard de Béthanie. Le serviteur de Dieu se met au travail et demande que l'un des prieurs allant à cette congrégation intermédiaire passe par Béthanie pour se rendre compte sur place de ce que devient la fondation132. Il demande également une visite canonique à l'archevêque de Besançon133.

Cette visite par un des membres de la congrégation intermédiaire est refusée par le provincial134 qui précise au serviteur de Dieu que le problème est une question de principe et non de fonctionnement135. De plus, cette période136 va être perturbée par un événement plus important qui touche la vie de la province : le P. Minjard démissionne de sa charge de provincial, quitte l'Ordre et rejoint le clergé diocésain de Bordeaux. Il nomme vicaire le P.Souaillard137 en attendant l'élection de son successeur. La congrégation intermédiaire est repoussée au mois de septembre et devient un chapitre provincial électif.

Dans son rapport138, le serviteur de Dieu justifie l'existence de Béthanie à partir d'exemples pris dans la tradition de l'Eglise et de l'Ordre, et montre que canoniquement rien ne s'oppose à l'admission de réhabilitées dans la vie religieuse. Il demande à pouvoir faire un séjour de trois mois à Béthanie, suivi de séjours brefs, pour pouvoir assurer, jusqu'au chapitre de 1869, la formation des sœurs. La réponse du chapitre139 lui est transmise par le nouveau provincial, le P. Souaillard140 : le P. Lataste est autorisé à s'occuper de Béthanie durant encore deux ans, et un aumônier dominicain lui sera adjoint ; durant les dix-huit mois qui restent à vivre au serviteur de Dieu e P. Souaillard ne manquera pas une occasion de rappeler ce terminus ad quem au P. Lataste141, de souligner qu'il ne fait qu'appliquer strictement cette décision capitulaire, sans aucune intention malveillante à l'égard de la fondation. Le P. Lataste reçoit cette décision capitulaire comme le signe de la protection de Dieu sur son œuvre, sans s'attacher au délai qui lui est imparti pour lui « donner vie ». Le provincial considère que désormais sa position est claire et nette pour toute la province ; il annonce à Dijon la décision du chapitre d'une manière précise et objective : « Mon langage sera le même dans les autres couvents, et s'il ne vous conquiert pas les sympathies, au moins il vous préservera des critiques142. » La façon dont le provincial insiste sur la nécessité dans laquelle il se trouve d'appliquer à la lettre la décision du définitoire143, sans laisser aucune espérance de discussion, et en particulier cette manière de rappeler, deux ans à l'avance, que si l'Œuvre doit mourir du fait du départ du P. Lataste, elle mourra, dépasse nettement ce qu'un définitoire impose à un provincial dominicain. Cette attitude est le signe de l'opposition personnelle du P. Souaillard à la participation du serviteur de Dieu à la croissance de Béthanie144. Il est un point sur lequel le provincial se montre particulièrement exigeant, c'est celui des finances145. La province a alors de gros besoins d'argent, du fait du nombre des frères en formation, et des différentes fondations en cours. Le P. Souaillard, appliquant la décision du définitoire, accorde un aumônier à Béthanie, mais exige un salaire de huit cents francs par an, ce qui représente une réelle difficulté pour la jeune communauté.

La miséricorde du serviteur de Dieu cherche à s'exercer quand même, malgré les difficultés de l'heure. A l'abbé Claudon, qui est un fervent partisan de Béthanie, il écrit, en octobre 1867 :

    Vous pouvez servir beaucoup Béthanie auprès du T. R. P. Souaillard, mais allez doucement, et si vous avez à vous plaindre un peu de la guerre que nous ont fait certains pères, que ce soit avec beaucoup de modération, je vous prie146.

Obéissance et justice.

A partir du moment où le serviteur de Dieu est touché par la maladie qui finira par l'emporter147, il entre, lui aussi, dans une interprétation littérale des permissions qui lui ont été accordées. En effet, il considère que le temps pris par la maladie n'ayant pas été consacré à la formation religieuse des sœurs, le calcul de ses séjours à Béthanie doit en être réévalué.

    Je vous demande, mon très révérend père, la permission d'aller directement à Béthanie en sortant d'ici, après Pâques. J'y passerai, s'il vous plaît, une douzaine de jours ; je le puis sans dépasser ce que le définitoire a autorisé. Mon séjour avant le carême a été nul ; je n'ai rien pu faire de sérieux ayant gardé le lit presque tout le temps, et mon absence aura été plus prolongée qu'à l'ordinaire148.

Le provincial semble s'accommoder très bien de ces comptes d'apothicaires, car il accorde les permissions demandées de cette façon. Le serviteur de Dieu cherche également à cette époque à améliorer l'image de Béthanie parmi les pères de la province, en demandant au provincial la possibilité d'y inviter des prédicateurs149, pour des retraites ou des prises d'habits. Il se réjouit d'apprendre que les préventions à l'égard des réhabilitées semblent s'apaiser, mais cherche également dans ce domaine la justice : apprenant qu'un jeune père a jeté le trouble dans l'âme d'une future postulante et a cherché à la dissuader d'entrer à Béthanie150, le serviteur de Dieu réagit ainsi :

    Je ne me doutais pas que le R. P. Favre dût parler ainsi ; je le croyais froid simplement ; il a pu être travaillé par quelque parente de Mlle Marie [la future postulante]. C'est un jeune père, un de nos plus jeunes de Dijon, où il ne confesse même pas les femmes, comme n'ayant pas l'âge encore ; il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait pas toute l'expérience et la réserve désirables. Envoyez-moi la lettre de notre fille ; je lui ferai adresser des reproches par le T. R. P. provincial, s'il y a lieu ; mais soyez bien en paix de toutes ces choses ; ne regardez qu'à Dieu et aux supérieurs qui nous le représentent. Que nous font les jugements de ceux qui n'ont pas mission de juger151...

Très attentif à l'obéissance à ses supérieurs, habitué à recevoir leurs décisions comme des signes de la volonté divine, le serviteur de Dieu n'est donc pas timoré : il ne laisse pas entamer la paix de sa conscience par les jugements de ceux qui manifestent leur désaccord sans avoir d'autorité particulière. L'existence d'adversaires de la fondation concomitants de la croissance régulière de la petite communauté lui semble être la marque de Dieu sur Béthanie, le signe de sa bénédiction donnée à travers l'épreuve de la croix152.

Le mois d'août 1868 est marqué par une évolution notable de la situation du serviteur de Dieu. Il se trouve à Béthanie depuis le 11 juillet, et il est malade depuis la fête de sainte Marie-Madeleine. Le 3 août, il a la joie de recevoir la visite du P.Jandel, qui veut marquer publiquement sa sympathie pour Béthanie en commençant à Frasnes une visite des monastères français153. Dans les jours qui suivent, le P. Faucillon154 est envoyé à Béthanie prêcher la retraite155. Il est vicaire provincial et bénéficie de toute la confiance du P. Souaillard ; à partir de cette retraite, il se comportera toujours en grand ami de l'Œuvre et reviendra plusieurs fois prêcher à Béthanie. Est-ce à la suite de cette retraite et des récits qu'il a pu en faire au provincial, est-ce l'effet de la visite du P. Jandel, il est net que le P. Souaillard, sans perdre son style bourru, prend une décision inhabituelle à l'égard du P. Lataste. Celui-ci lui ayant demandé de revoir les permissions accordées pour ses séjours à Béthanie, car la maladie l'a rendu à nouveau inefficace156, le provincial lui répond en l'assignant à Abbeville157, mais en lui accordant un séjour d'un an à Béthanie, pour mener à bien son entreprise avant l'expiration du fameux délai de deux ans158. Le P. Lataste écrit immédiatement au P. Faucillon159, son nouveau prieur, qui lui répond avec beaucoup de sympathie, en lui décrivant son nouveau couvent, qui est désormais le couvent de noviciat.

Malgré cette permission inattendue, les relations entre le serviteur de Dieu et son provincial vont demeurer difficiles. Le P. Lataste reste à Béthanie, miné par la maladie qui l'empêche de se donner comme il le voudrait à la formation des sœurs et à la rédaction des constitutions. Avec droiture et humilité, il soumet au P. Souaillard les différentes questions qui se posent à lui160, en particulier celle de l'édification d'une chapelle pour la communauté béthanienne qui compte désormais une vingtaine de membres. Le provincial lui demande de laisser cette question au futur supérieur. De même, le serviteur de Dieu pose au provincial la question financière, puisqu'il n'avait demandé aucune pension à Béthanie pour lui-même, mais n'avait rien prévu pour l'entretien minimal de ses affaires. Celui-ci lui répond :

    Il me semble, mon cher Père, que si vous usez vos nippes au service de vos sœurs, elles peuvent bien non seulement les raccommoder, mais aussi les remplacer. On fait cela pour les serviteurs qui n'ont pas de salaire161 !

Malgré les précisions que le serviteur de Dieu cherche à donner au provincial, celui-ci l'accuse de marcher seul, de « ne consulter personne162 ». La tristesse et l'inquiétude sont nettement perceptibles dans les lettres du serviteur de Dieu qui semble appeler à l'aide et n'être pas entendu. La maladie viendra mettre un terme définitif à ce dialogue de sourds, mais pas à la fermeté du P. Souaillard. Lors de la mort du P. Lataste, M. Henri-Dominique a cherché vainement à obtenir qu'un frère de la province soit désigné pour continuer l'œuvre du P. Lataste. Ayant perçu l'attachement du serviteur de Dieu pour le P. Lacordaire et la province qui se réclame directement de son héritage, elle s'est refusée à appeler à l'aide la province de Toulouse. Elle n'obtint ni supérieur, ni aumônier dominicain, mais le P. Souaillard finit par accepter que le P. Boulanger prenne en charge la rédaction des constitutions que le P. Lataste n'avait pu mener à bien.


114 . Lettre du P. Minjard, provincial de France du 1er mai 1866, au P. Lataste (Orig. A. o.p. Paris).

115 . Lettre 96, du 28 juillet 1866, à M. Henri-Dominique (Orig. A.B.) Il sera définitivement remplacé par le frère D. Delorme le 25 octobre 1866 (registre du conseil de Flavigny).

116 . Extrait de la lettre 118, du 22 octobre 1866, à M. Henri-Dominique. (Orig. A.B.). Voir la réponse de M. Henri-Dominique et son commentaire de l'attitude du P. Lataste dans sa lettre du 24 octobre reproduite partiellement p. 366 (Orig. A.B.).

117 . Registre du conseil provincial, séance du 23 octobre 1866 (Summ. Num. III, p. 73-74, § 76-78).

118 . Lettre 121, du 26 octobre 1866, à M. Henri-Dominique. (Orig. A.B.).

119 . Ibid.

120 . Voir p. 372 et 375 l'échange de lettres sur ce sujet avec le P. Jandel, en février 1867 ( Orig. A.B. et A. o.p. Rome).

121 . Extrait de la lettre de l'abbé Magrey, curé de Frasnes-le-Château au cardinal Mathieu, du 1er août 1866. (Orig. A. D. Bn ).

122 . Extrait de la lettre du cardinal Mathieu au curé de Frasnes, du 14 août 1866 (Orig A. D. Bn )

123 . Chronique de Béthanie, 31 août 1866 (Orig. A.B.), voir Summ. Num. III, p. 87, § 140 .

124 . Sur l'attaque par un père jésuite dans une revue catholique, voir Summ. Num III, p. 106, § 206-207. Sur la critique de la fondation par l'abbé Girard, et la réaction du serviteur de Dieu, voir les textes reproduits p. 330 et 335 (Orig. A.B.).

125 . Note pour les archives, du P. Minjard, du 10 juillet 1867, ( A. o.p. Paris ; texte intégral cité en note, p. 283.)

126 . Voir p. 337.

127 . Voir les deux lettres reproduites à titre d'exemple p. 376 et 379.( Orig. A. D. Bn).

128 . Au milieu de ces attaques venant des dominicaines enseignantes, il faut noter la lettre de la prieure des dominicaines enseignantes de Nancy au P. Lataste du 14 août 1867, dans laquelle elle assure le serviteur de Dieu que la congrégation de Nancy se tient en dehors de toutes les réclamations faites par différentes congrégations dominicaines enseignantes contre Béthanie au sujet de l'habit dominicain donné aux anciennes réhabilitées, ( lettre de soeur Sainte-Catherine écrivant au nom de la prieure générale ; Orig. A.B.).

129 . Les Réhabilitées. 2nd compte-rendu à nos bienfaiteurs, 4 août 1867, p. iv. Note sur Béthanie et les couvents de Dominicaines. ( Orig. A.B.).

130 . Le P. Boulanger informe régulièrement le P. Lataste de ce qui est dit dans les couvents. Il cherche à rectifier les erreurs manifestes, rappelle que la fondation a été autorisée par les autorités compétentes, et n'hésite pas à montrer sa solidarité avec le serviteur de Dieu. Voir par exemple la lettre du P. Boulanger du 10 octobre 1867, reproduite p. 401.

131 . Il s'agit de la réunion du conseil provincial augmenté des prieurs conventuels, qui se réunit tous les quatre ans, au milieu d'un provincialat. Le P. Minjard ayant été élu au chapitre de Flavigny auquel participait le serviteur de Dieu en août 1865, la congrégation intermédiaire devait se tenir durant l'été de 1867. Le P. Minjard avait prévu dès le mois de mars qu'il faudrait y étudier la question de Béthanie. Voir l'extrait de la lettre 150, du 15 mars 1867, à M. Henri-Dominique, reproduit en note, p. 277 (Orig. A.B.).

132 . Lettre 289, du 18 juin 1867, à Mlle de Saint-Juan (Orig. A.B.).

133 . Lettre 346 k, du 2 juin 1867, au cardinal Mathieu. Après avoir demandé diverses permissions, le serviteur de Dieu conclut par cette phrase : « Enfin, sans accepter la responsabilité de l'OEuvre, votre Eminence s'est réservé cependant sur elle le droit de visite et d'inspection ; nous en sommes heureux, et nous vous supplions, Monseigneur, de ne pas tarder à envoyer votre délégué faire une première visite à Béthanie, afin qu'il puisse vous informer de l'état réel de l'OEuvre, et que nous puissions nous-mêmes modifier dès le principe tout ce que votre Eminence n'approuverait pas. Je désirerais vivement me trouver présent à cette visite, et s'il était possible, je préférerais qu'elle eût lieu vrs le moment de notre fête de sainte Marie-Madeleine, le 22 juillet prochain » (Orig. A.D. Bn.).

134 . Comme pour se couvrir devant le regard de ses successeurs, le P. Minjard rédige le 10 juillet 1867 une note pour les archives de la province en ces termes : « Les religieuses du tiers ordre enseignant m'ayant écrit pour me demander au nom de quatre de leurs couvents qu'il fût interdit à des personnes réputées infâmes, comme le sont les réhabilitées de Béthanie, de porter l'habit de saint Dominique, j'ai dû envoyer leurs lettres au Rme Maître général. La réponse de Rme Maître général renferme deux erreurs : 1. En donnant un imprimatur à un mémoire qui ne renferme rien de contraire à la foi et à la morale, je n'ai donné aucune approbation à l'oeuvre quant au fond et quant à la forme. 2. Je n'ai autorisé la quête (si toutefois je l'ai autorisée) qu'après autorisation du Rme Maître Général. Mon avis en tout cela est que le zèle de R. P. Lataste l'a empêché d'avoir une parfaite rectitude de conduite et que les réclamations des soeurs du tiers ordre me paraissent fondées » (texte intégral ; A. o.p. Paris. ). Ce texte ne semble pas parfaitement cohérent avec l'attitude de bienveillance que le P. Minjard avait eue de fait à l'égard de Béthanie avant que les critiques ne se manifestent.

135 . Le P. Minjard précise, dans une lettre du 6 juillet 1867 au P. Lataste, que la congrégation intermédiaire n'aura pas à se prononcer sur le fonctionnement de la communauté, mais bien sur le principe même de Béthanie (attaqué par les détracteurs dominicains), ce qui rend une visite inutile : « Le révérendissime maître général laisse les pères de la congrégation intermédiaire maîtres absolus du sort de Béthanie. La difficulté ne porte pas sur le fonctionnement plus ou moins régulier de la maison dans l'état actuel, mais sur le principe même qui admet, dans un avenir plus ou moins éloigné, des personnes réputées infâmes, sur le pied d'égalité avec les religieuses dominicaines. Une visite est donc inutile, et votre travail devra répondre à la difficulté » (texte intégral ; Orig. A.B., manuscrit).

136 . Durant le mois de juillet 1867, une initiative maladroite de Mlle de Saint-Juan aurait pu indisposer à l'égard de Béthanie plusieurs conseillers provinciaux. Apprenant que l'avenir de Béthanie allait bientôt venir en débat, la tertiaire zélée avait cru bon d'écrire à plusieurs conseillers provinciaux afin de les disposer favorablement, sans songer qu'une telle initiative pouvait paraître commanditée par le P. Lataste et jouer contre lui. Le P. Lataste parle de cet épisode avec son détachement et sa confiance habituelle en Dieu : « Elle ne se doute pas que ce fait, s'il venait de moi, constituerait une faute très grave contre nos constitutions, et mériterait une des peines les plus sévères, pour avoir fait agir des séculiers auprès de mes supérieurs dans le but d'obtenir ce que je désire. Je regrette vivement de n'avoir pas su cela à l'avance, j'aurais demandé que rien ne fût fait en ce genre ; et il sera assez naturel à nos pères de croire que je n'ai pas été pour rien dans cette démarche. Il en adviendra ce que le bon Dieu voudra ; je sais que je n'y suis pour rien et que j'aurais voulu le contraire ; et je n'en suis pas moins reconnaissant à notre chère soeur de sa bonne intention » (large extrait de la lettre 366, du 14 juillet 1867, à l'abbé Claudon ; le reste de la lettre est relatif à des nouvelles et à des amabilités ; Orig. A.B.).

137 . Elu provincial le 5 septembre 1867, le père Jean-Claude-Marie Souaillard est né le 20 décembre 1816 à Paray-le-Monial ; prêtre du diocèse d'Autun, il est entré dans l'Ordre le 4 août 1845 et a fait profession le 4 août 1846. Fondateur et premier prieur de Bordeaux, puis prieur à Nancy et à Paris, il obtint du chapitre provincial de 1867 la fin d'une divergence entre les directives du P. Jandel et celles léguées par le P. Lacordaire à propos des études. Il a permis ainsi la fondation d'un studium generale dans la province de France. Il a entrepris durant son provincialat de quatre années les fondations d'Abbeville, Lille, Langres et Le Havre. Il est mort au Havre, ler mai 188 (notice nécrologique dans L'Année dominicaine, 1889, p. 246-251).

138 . « Rapport à la congrégation intermédiaire de la province de France au sujet de la maison de Béthanie », par le P. Lataste, 20 juillet 1867 ( Orig. A.B.).

139 . Voir le procès-verbal de séance du chapitre provincial : Summ. Num. III, p. 74, § 79-81.

140 . Lettre du P. Souaillard 10 septembre 1867 au P. Lataste : « Chantez votre Te Deum, mon cher ami ; votre affaire est réglée comme vous le désirez, et le définitoire vous donne deux ans, ni plus ni moins, pour donner vie complète à votre oeuvre. Vous aurez de plus un aumônier de l'Ordre. J'irai probablement vous retrouver à Béthanie dans le courant d'octobre, et nous réglerons ensemble les points de détails. Le P. Maré n'a pu vous accompagner, mais j'ai écrit au P. Monjardet de vous rejoindre, et personne ne perdra au change. A Dieu, je vous bénis et vous embrasse en N. S. et je me recommande à vos prières » (texte intégral ; Orig. A.B., manuscrit ). Le P. Souaillard ne viendra jamais visiter Béthanie.

141 . Il y a une différence profonde d'attitude à l'égard de ce délai de deux ans de la part du provincial et du P. Lataste. Celui-ci ayant demandé la permission de séjourner plus longuement à Béthanie, jusqu'à la prochaine échéance capitulaire (Rapport à la congrégation de 1867), pensant que celle-ci serait l'occasion d'un nouveau bilan sur les besoins de l'OEuvre et sur les soins qu'elle demanderait (lettre 191, du 22 septembre 1867, à M. Henri-Dominique). Le chapitre provincial précise, dans sa décision, que ce délai de deux ans est le maximum qui est accordé au serviteur de Dieu pour assurer la direction de l'OEuvre. Le serviteur de Dieu montrera à l'égard de cette échéance un certain détachement, persuadé qu'il est que l'OEuvre est dans les mains de Dieu. Voir la lettre 417 j au P. Jandel, p. 421. Dès le 20 novembre le provincial précise, en accordant diverses permissions au serviteur de Dieu : « Le définitoire ne vous a accordé que deux ans dans les limites de séjour à Frasnes fixées par vous-mêmes. Je ne puis donc qu'exécuter cette décision. Ne comptez plus vous occuper de l'OEuvre à partir du 1er septembre 1869, ni y faire votre séjour habituel en dehors de vos prédications. Ne vous faites pas d'illusions et ne vous bercez pas de fausses espérances : je maintiendrai à la lettre ces décisions. Si l'OEuvre ne peut se passer de vous, et si elle meurt, vous l'enterrerez » (lettre 35, du 20 novembre 1867 du P. Souaillard au P. Lataste ; Orig. A.B.).

142 . Lettre 34, du P. Souaillard du 28 octobre 1867, au P. Lataste (Orig. A.B.).

143 . Dès le mois de janvier 1868, le provincial dépasse l'interprétation littérale de la décision du définitoire. Celui-ci avait donné un délai de deux ans au P. Lataste pour ses séjours prolongés à Béthanie, et avait accordé un aumônier dominicain à l'OEuvre, sans autre précision. Dans sa lettre 37 du 1er janvier 1868 au P. Lataste, le P. Souaillard affirme que Béthanie n'aura d'aumônier dominicain que pendant les deux ans qui sont accordés au P. Lataste et qu'il peut donc accepter dès ce moment un aumônier séculier. Le définitoire n'avait pas mis une telle limite à la présence d'un aumônier de l'Ordre. Cette décision du P. Souaillard pèsera très lourd dans les difficultés que rencontrera M. Henri-Dominique à la mort du serviteur de Dieu pour rester en lien avec la province de France (Orig.AB.).

144 . Cette opposition personnelle apparaît nettement dans la lettre 36 que le provincial envoie au serviteur de Dieu le 15 décembre 1867, où il affirme qu'il n'aurait jamais autorisé la fondation s'il avait été provincial deux ans plus tôt : « A Dieu, mon cher père. Soyez bien convaincu que personnellement je ne suis pas hostile à votre oeuvre. Je ne vous aurais pas autorisé à la fonder si j'avais été provincial il y a deux ans. Elle s'est imposé à moi comme un fait, et je le subis de bonne grâce dans les limites posées par le définitoire. Je saurai j'espère me tenir avec justice entre le plus et le moins, et je ne vous accorderai que ce que je dois vous accorder : vous êtes le plus, vous, mais toute la province est le moins » le début de la lettre est relatif à des autorisations de déplacements ; (Orig. A.B.).

145 . Sur la rectitude financière du serviteur de Dieu à l'égard de la province, voir la première partie du chapitre suivant, p. 390.

146 . Lettre 371 du 15 octobre 1867 à l'abbé Claudon (Orig. A.B.) Le reste de cette courte lettre est consacré à des questions matérielles : plomberie à Béthanie et placement d'argent provenant de dons.

147 . Sur cette maladie, voir le chapitre 9, p. 417.

148 . Extrait de la lettre 439 h, du 21 mars 1868, au P.Souaillard (Orig. A. o.p. Paris). Le reste de la lettre contient des nouvelles de la prédication de carême à Nîmes et la demande d'un prédicateur pour la prise d'habit qui se prépare à Béthanie.

149 . Ses amis, comme le P. Mas ou le P. Boulanger, mais également des frères moins proches, comme le P. Maumus, cousin du P. Eveillé-Lagrange (lettre 439 h, du 21 mars 1868, au P. Souaillard ; (Orig. A.B.).

150 . Lettre de M. Henri-Dominique du 26 mars 1868 au P. Lataste (Orig. A.B.).

151 . Lettre 220, du 26 mars 1868, à M. Henri-Dominique (Orig. A.B.). Le reste de la lettre contient des nouvelles de la prédication du carême à Nîmes, des conseils spirituels pour le carême de M. Henri-Dominique, et des appréciations sur la vie matérielle de Béthanie.

152 . « La main de Dieu se montre de plus en plus dans tout ce qui touche Béthanie, mais que je suis donc indigne de lui servir d'instrument ! » lettre 226, du 10 mai 1868,à M. Henri-Dominique (Orig. A.B.). C'est à cette époque que le serviteur de Dieu fait l'offrande de sa vie en faveur de Béthanie, voir chap. 9, p.416.

153 . Voir la Chronique de Béthanie, Summ. Num. III, p. 149, § 368 (Orig. A.B.), et le récit de cette visite par h.-m. cormier dans sa Vie du père Jandel, pages reproduites p. 415. A la suite de ces visites, le P. Jandel a fait la visite du couvent de Paris à la mi-septembre et a pu à cette occasion parler de Béthanie avec le P. Souaillard.

154 . Né à Beaune (Côte-d'Or), le 31 août 1829, le P. Faucillon est entré dans l'Ordre le 3 août 1852, alors qu'il était séminariste du diocèse de Dijon. Il a fait preuve très vite d'une maturité qui lui a valu d'être placé rapidement à des charges importantes, sous-prieur à Paris à vingt-six ans, il est prieur de Nancy deux ans plus tard, puis prieur à Bordeaux, Abbeville, Saint-Jacques, Le Havre, Paris, et deux fois provincial. Ce religieux réputé pour son recueillement, sa bienveillance et son ardeur apostolique a publié une vie de sainte Marie-Madeleine qui manifeste sa proximité avec l'un des thèmes majeurs de la spiritualité de Béthanie. Deux lettres du P. Faucillon au P. Lataste, après l'assignation au couvent d'Abbeville, expriment avec une grande chaleur la sympathie de leur auteur pour le serviteur de Dieu et Béthanie. Il signale en particulier au P. Lataste, sous le sceau du secret, que le cardinal Mathieu a écrit au provincial pour lui demander que la province continue à s'occuper de l'OEuvre, mais annonce qu'il la soutiendra si le P. Lataste doit partir. (Lettres du P. Faucillon au P. Lataste des 12 novembre 1868 et 18 janvier 1869 ; Orig.A.B.).

155 . Le P. Lataste avait demandé un prédicateur au provincial et celui-ci avait envoyé son vicaire (lettres du P. Souaillard du 4 et du 12 juillet 1866 ; (Orig. A. o.p. Paris).

156 . Lettre 439 m du 21 août 1868 au P. Souaillard, reproduite intégralement p. 417, ainsi que l'échange de lettres qui suit (Orig. A.B.).

157 . Lecture publique de cette assignation a été faite au couvent de Dijon (Chronique du couvent de Dijon ).

158 . Lettre 45 du P. Souaillard, du 2 octobre 1868 au P. Lataste, reproduite intégralement p. 422. (Orig. A.B.).

159 . Cette lettre est perdue, mais la réponse du P. Faucillon est conservée.

160 . Pour permettre une appréciation d'ensemble de ces relations du serviteur de Dieu avec son supérieur, l'intégralité de la correspondance qu'ils ont échangée d'août à novembre 1868 a été reproduite dans le chapitre 9, p. 417 à 427.

161 . Lettre 46 du P. Souaillard, du 12 octobre 1868, au P. Lataste reproduite intégralement p. 424 (Orig. A.B.).

162 . Lettre 47 du P. Souaillard, du 27 octobre 1868, au Lataste, reproduite intégralement p. 426. (Orig. A.B.).

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