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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Document 2. Les réactions de la presse à la publication des Réhabilitées.A la suite de la publication des Réhabilitées et de l'envoi de cette brochure à de nombreux journalistes, un certain nombre de revues chrétiennes ou non, font paraître des comptes-rendus dans les mois qui suivent. On en trouvera ici un résumé. a/ t. foisset, « Les Réhabilitées », Le Correspondant, mai 1866, p. 226-228. Exposé relativement détaillé du contenu de la brochure, alertant l'opinion publique sur les drames qui suivent souvent la libération des prisonnières, et présentant dans les grandes lignes la structure de la maison de Béthanie. b/ « Les Réhabilitées, par le R. P. M.J.J. Lataste des Frères prêcheurs, Paris : Poussielgue, » La Revue d'économie chrétienne, vol. 10, mai 1866, p. 960. Annonce de l'envoi aux abonnés, et présentation très louangeuse de la brochure et du projet, insistant sur la difficulté qu'il représente aussi bien pour les surs que pour les réhabilitées. « L'uvre des Réhabilitées ou de la Maison de Béthanie, est née d'un sentiment éminemment généreux. Il s'agit de faire recueillir par des âmes toutes pures et déjà vouées à la vie religieuse, les femmes qui sortent, dans de bonnes dispositions, des maisons centrales, après y avoir subi une longue détention, et ne trouvent dans le monde, qui les repousse, qu'une affreuse misère et l'occasion de rechutes presque immanquables ; non seulement de les faire recueillir mais de les conduire, si leurs bonnes dispositions persistent et se développent, jusqu'à la vie religieuse. » c/ h. noel, « Les Réhabilitées », Journal des villes et des campagnes, n° 76, 1er juin 1866, p.1. Première partie d'un long compte-rendu de la brochure, qui insiste sur la nouveauté et le courage du projet. A propos de la première partie de la brochure, « la plaie à guérir » : « Jamais pages plus émues n'ont été écrites sur le sujet. » d/ h. noel, « Les Réhabilitées, » Journal des villes et des campagnes, n° 79, 7 juin 1866, p. 1-2. Fin du compte-rendu précédent. Larges extraits de la brochure soulignant la nécessité d'une authentique réhabilitation. Annonce du soutien actif du journal à l'uvre. e/ pillon de thury, « De la réhabilitation » Le Rosier de Marie, n° 624, 16 juin 1866, p.1-2. Editorial du rédacteur en chef, où le projet béthanien est le prétexte de longs développements apologétiques sur les réussites de l'Eglise catholique et les services irremplaçables qu'elle peut rendre dans la société. f/ « Les Réhabilitées », La Femme, n°12, 16 juin 1866, p.180-181. Reproduction d'un extrait de l'article du Correspondant, précédé d'une introduction très louangeuse pour « l'humble et zélé religieux » qui est à l'origine de cette uvre de « haute moralité ». g/ h. noel, « Les Réhabilitées », Journal des villes et des campagnes, n° 90, 29 juin 1866, p. 2. Rappel des articles du début du mois. Annonce d'une souscription ouverte par le journal au profit de « cette grande uvre ». h/ « Les Réhabilitées », Le Rosier de Marie, n° 626, 30 juin 1866, p. 4. Reproduction d'un extrait de l'article du Correspondant, sans aucune allusion à l'éditorial pourtant consacré au même sujet par le rédacteur en chef du Rosier de Marie, quinze jours plus tôt. i/ m. da passano, « Les Réhabilitées del P. Lataste », Annali cattolici, fasc. IX, juillet 1866. j/ h. noel, « Les Réhabilitées », Journal des villes et des campagnes, n° 93, 5 juillet 1866, p. 2. Un billet pour annoncer que le P. Lataste souhaite avoir les noms de ses bienfaiteurs, non pas pour les publier, mais pour pouvoir les remercier et prier nommément pour eux. k/ h. noel, « Les Réhabilitées », Journal des villes et des ccmpagnes, n° 97, 13 juillet 1866, p. 2. Plusieurs bienfaiteurs se sont déjà manifestés. l/ f. gauthier, « Les Réhabilitées », L'Union, n° 217, 5 août 1866, édition du matin, p. 2. Insiste sur le pardon accordé largement par la miséricorde de Dieu, et sur la consolation que les réhabilitées trouveront à Béthanie après les « chutes et les souffrances du passé ». m/ h. noel, « Les Réhabilitées », Journal des villes et des campagnes, n° 116, 21 août 1866, p. 1. Remerciements aux donateurs ; annonce de la fondation de Béthanie. « Elles s'y installent comme des soldats vont au feu, n'ayant rien ou à peu près, couchées par terre faute de lit sur des paillasses qu'elles ont faites elles-mêmes tant bien que mal, et attendant tout de Dieu. » n/ l. d'arsans, « La Maison de Béthanie », Les Petites Nouvelles, n° 467, 25 août 1866, p. 1. Éditorial très favorable reproduisant plusieurs passages des Réhabilitées. Le P. Lataste a probablement relancé les journaux qui n'avaient rien fait paraître à cette date : « Au moment de signer cet article, nous recevons une lettre du digne prêtre qui est l'organisateur de l'asile des Réhabilitées » : « L'uvre, nous dit-il, est assise déjà, c'est l'essentiel ; elle est pauvre, mais pour les uvres de Dieu, c'est plutôt une condition de succès qu'un sérieux obstacle. » o/ « Les Réhabilitées », Bulletin de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, septembre 1866. Texte intégral : « Les Réhabilitéees. Sous ce titre, le P. Lataste, de l'ordre des Frères prêcheurs vient de faire paraître une brochure qui présentera un véritable intérêt à tous ceux qui s'occupent du sort des prisonnières libérées. La pensée du P. Lataste est de fournir un asile à celles de ces femmes qui, après une longue détention et être revenues à Dieu depuis longtemps, désirent trouver la paix du cur et l'honorabilité de l'existence au travail. Elles seront reçues dans une maison dite de Béthanie, tenue par des surs dominicaines du tiers ordre. Ceux de nos lecteurs qui voudraient prendre connaissance de cette brochure peuvent s'adresser... » p/ p. rosenkranz, « Les Réhabilitées », Le Messager de la semaine, journal de tout le monde, n° 623, 17 novembre 1866, p. 514-515. Nombreuses citations de la brochure à propos de la différence entre Béthanie et un refuge, et sur l'importance de la réhabilitation dans la prévention de la rechute. q/ c. de vaulchier, « Chronique », Les Annales franc-comtoises, VI, 11, 30 novembre 1866, p. 386-388. Lecture rapide de la brochure, « vive et éloquente comme les fils de saint Dominique savent les écrire », suivie d'un compte-rendu de la cérémonie du 21 novembre à Frasnes-le-Château : inauguration officielle et premières prises d'habit. r/ h. girard, « Les Réhabilitées », Revue des sciences ecclésiastiques, t. VI, juillet 1867, p. 68-78. Ce compte-rendu des Réhabilitées est l'un des rares textes publiés par la presse qui soit nettement critique à l'égard du P. Lataste. C'est pourquoi il a semblé utile d'en reproduire ici de larges extraits, suivis du texte de la lettre de réponse adressée par le serviteur de Dieu à l'auteur de l'article. L'opuscule intitulé Les Réhabilitées, par le P. Jean-Joseph Lataste de l'ordre des Frères prêcheurs, est un chaleureux plaidoyer en faveur de ces femmes malheureuses, que la justice des hommes a dû frapper, qui ont expié leur crime dans quelque maison centrale, et qui demandent à mener désormais, loin des occasions et des dangers du monde, une vie honnête et chrétienne. Cette bonne uvre a reçu de hautes approbations. L'Eglise s'empresse toujours d'applaudir et d'offrir son concours à toutes les uvres de miséricorde. Toutefois la plupart des vénérables prélats et des éminents religieux qui ont donné leur approbation par écrit, ont eu soin d'avertir que l'uvre, telle qu'elle était exposée, leur semblait offrir des difficultés spéciales qu'il était sage de prévoir et d'écarter. Le meilleur moyen d'assurer le succès d'une uvre qui commence, c'est d'aplanir la voie qu'elle est appelée à parcourir. Tel est l'unique motif qui nous engage à soumettre à l'auteur des Réhabilitées quelques observations pleines de sympathie pour sa personne, son Ordre et son uvre. Donnons d'abord la parole au P. Lataste. On voit que son cur brûle du feu de la charité. Il aime éperdument les âmes. Bon pasteur, il court après les brebis égarées ; médecin zélé, il s'empresse auprès des pestiférés et crie à ceux qui se portent bien : Venez m'aider ! Il ne lui suffit pas de convertir, il veut réhabiliter entièrement. Pour obtenir cette pleine et entière réhabilitation, il appelle à son aide l'élite de la société chrétienne. Non seulement il s'adresse à toutes les malheureuses créatures qu'une sentence judiciaire a flétries mais à toutes les personnes du sexe, d'une conduite irréprochable, qu'il exhorte à travailler à la réhabilitation des femmes de la première catégorie, en se confondant avec elles. [Suit une description de Béthanie à l'aide de citations des Réhabilitées]. Telle est l'uvre des Réhabilitées. uvre nouvelle, inouïe jusqu'à nos jours, qui appelle l'élite des vierges chrétiennes à vivre sur le pied d'une égalité et d'une fraternité parfaites avec des femmes que la sentence du juge a retenues plusieurs années en prison. [...] M. Victor Hugo et ses lecteurs et ses lectrices, qu'on a voulu intéresser à l'uvre des Réhabilitées, seront-ils gagnés par ces avances où l'ardeur du zèle semble dépasser les bornes de la dignité chrétienne ? Je le désire plus que je ne l'espère. Les âmes pieuses et charitables, qui sont la grande et unique ressource de toutes les bonnes uvres, n'avaient pas besoin d'être stimulées par l'autorité de l'auteur des Misérables. Mais laissons là M. Victor Hugo et ses rêves gigantesques élevés sur des piédestaux... Revenons à la conception de l'uvre de Béthanie. Qu'on amène de malheureuses femmes libérées de prison, à s'abriter dans une maison de retraite, de prière et de travail, et qu'on leur donne, pour les diriger, les encourager, les contenir au besoin, des vierges très pures, très vertueuses, se dévouant volontiers et par des vux perpétuels à ce travail obscur et difficile de réhabilitation, telle est l'uvre admirable à laquelle les surs du Bon Pasteur, de Saint-Michel, de Saint-Joseph, de la Miséricorde, du Refuge, etc. etc. consacrent leur existence. Saint-Vincent-de-Paul, S. Ignace, le P. Eudes, le P. Médaille ont institué dans ce but des congrégations de femmes dignes de toute louange. Ces uvres excellentes rencontrent dans leur marche des difficultés de plus d'un genre. Les vocations à cette vie d'absolu dévouement manquent, ou ne sont pas assez nombreuses. Les ressources matérielles font défaut. Ainsi dans le refuge de Sainte-Anne, à Clichy, une centaine de religieuses et de pénitentes en étaient réduites dans ces derniers temps à une dépense de trente-deux centimes par jour ! Et pour recevoir une pénitente, il fallait attendre le décès d'une autre. Dans toutes ces institutions d'ancienne ou de fraîche date, ayant une supérieure générale ou n'en ayant pas, il y a deux catégories de personnes distinctes, très distinctes, nécessairement distinctes : les repenties qui ont un costume uniforme et la vie commune, et les religieuses, dont Dieu seul connaît et récompensera le mérite et qui, souvent, ont fait les plus grands sacrifices : sacrifice de leur liberté, de leur fortune, de leur famille, de leur avenir pour se dévouer, jusqu'à leur dernier jour, à ce culte de l'infirmité, de l'humiliation et de la douleur. Cette distinction froisse encore l'amour-propre de quelques femmes meurtries par la loi, fatiguées de l'étroite clôture de la prison, et de la haute surveillance de la police. Elles consentent à vivre en communauté, mais aux deux conditions suivantes : la première, c'est que des vierges ou des veuves d'une conduite toujours irréprochable viendront vivre avec elles ; la seconde, c'est que ces généreuses femmes porteront l'héroïsme du dévouement jusqu'à se confondre si bien avec les pécheresses échappées de prison que nul regard humain ne pourra discerner les unes des autres.247. Dans une note postérieure à la publication du livre des Réhabilitées, je lis : La petite sur... pourra, sur sa demande et le vote de la communauté, être reçue au rang des religieuses elles-mêmes 248. C'est probablement aussi le vote de la communauté qui devra appeler aux charges et désigner la supérieure, la maîtresse des novices etc., etc. Je soumets entièrement mes vues à l'autorité ecclésiastique qui devra examiner et approuver les règles du nouvel institut. Mais, dans cette promiscuité entière, qui appelle indistinctement à tous les emplois les repenties et les vierges qui se dévouent à leur conversion, j'aperçois deux difficultés que je signale, uniquement afin qu'on les fasse disparaître dès le début de l'uvre. Première difficulté. D'après le plan rapidement exposé dans la brochure, les vierges appelées à exercer à Béthanie une influence moralisatrice et sanctifiante sont invitées à se dépouiller du moyen le plus efficace pour moraliser, conserver et sanctifier : ce moyen c'est leur bonne réputation. Pour maîtriser le cur et l'imagination de ces femmes dont la réputation a été enlevée par une sentence publique, dont le moral ne s'est guère amélioré pendant leur détention, il faudrait des saintes, il faudrait des anges, il faudrait, avec les douze apôtres, la Vierge elle-même, la Vierge Immaculée. Voyons ce qui se présente. Une jeune personne d'une pureté parfaite, d'une vertu toujours exemplaire, appartenant à l'une des plus nobles familles de la Lorraine ou de la Franche-Comté, vient frapper au noviciat transféré de Nancy à Besançon. Son désir est de travailler à la réhabilitation des personnes de son sexe. Constamment victorieuse de l'enfer, de la chair et du monde, elle se sent assez forte non seulement pour commander à ses passions, mais pour dominer et calmer les passions des autres. Elle apporte à Béthanie sa jeunesse, sa santé, sa piété, sa noblesse et enfin sa renommée, dont l'Esprit-Saint lui recommande d'avoir grand soin249... Et voici ce qu'on lui dit dès l'entrée : « Laissez à la porte de cette maison votre bonne renommée, et résignez-vous à passer ici pour pénitente. Nos réhabilitées veulent vous voir en tout semblable à elles. Vous allez être entièrement confondue avec des femmes condamnées pour vol, pour meurtre, pour infanticide, etc. Rien ne doit vous distinguer extérieurement des plus criminelles. Le vote de la communauté, parfaitement libre, élèvera aux dignités de la maison. N'aspirez ici à commander à personne. Marie-Madeleine sera peut-être votre maîtressse des novices ou votre prieure ; et vous, Marthe, vous serez renvoyée, comme une fille de peu d'expérience, aux travaux de la cuisine ou du jardin. Pour moraliser nos échappées de prisons, il faut descendre à leur niveau. » Serait-il vrai ? Et ce sacrifice de la bonne réputation, est-il expédient et utile ? Les femmes qui ont mérité la prison centrale et achevé là l'éducation vicieuse qui les a conduites au crime, sont souvent des femmes de beaucoup d'esprit, très entreprenantes, très audacieuses, très habiles, et surtout se devinant très bien les unes les autres. Toute l'énergie de volonté d'une Françoise de Chantal, toute la piété d'une sainte Thérèse, toute la sympathie miséricordieuse d'une demoiselle de Lamourous suffiront à peine à les contenir longtemps dans le devoir. Il y aura dans ces pauvres âmes d'effrayantes tempêtes, des défaillances imprévues, des retours vers le mal désespérants. Tout cela est à prévoir. Pour venir à bout de leur conversion, il faudra de l'autorité, beaucoup d'autorité, l'autorité que donne non pas la loi civile, non pas la sentence du tribunal, non pas la force, mais l'ascendant d'une vertu reconnue, d'une renommée sans tache. Laissez donc à cette jeune postulante, qui sera peut-être votre mère ou votre sur, tous les avantages que lui a conquis sa vertu ; et qu'elle soit toujours connue, à Béthanie et hors de Béthanie, pour une personne constamment exemplaire. Afin d'élever jusqu'à elle celles qui sont tombées, qu'elle reste sur un terrain plus élevé, et que de là elle leur tende la main, en prenant garde de choir elle-même. A qui profiterait, je vous prie, ce sacrifice de la réputation ? - Je le cherche et je ne puis le voir. Les transfuges250 de la maison centrale seront-elles plus facilement, plus solidement gagnées à la vertu par une repentie ayant comme elles la science expérimentale du bien et du mal ? Je ne puis me le persuader. La confiance s'accorde à l'estime, et l'estime se mesure à la bonne réputation. Jamais on n'a pris pour gardiens, pour surveillants, pour intendants du bagne des échappés du bagne. Saint Paul veut que les diacres préposés aux uvres de miséricorde soient des hommes éprouvés à qui personne n'ait un reproche à faire251. La première condition pour l'épiscopat, c'est d'être irrépréhensible. La diaconesse, à son tour, doit s'être conquis par ses bonnes uvres le témoignage le plus favorable252. Toutes les congrégations religieuses ont pour règle essentielle de n'admettre dans leur sein que des sujets réunissant une naissance honnête, une bonne éducation, une réputation intacte, un extérieur décent253, etc., etc. S'il y a dans certains refuges des repenties longtemps éprouvées, constamment fidèles, qui obtiennent, après de longues années d'attente, de porter un costume et de prononcer des vux simples de religion, ce n'est qu'à la condition de rester toujours assujetties à l'ordre religieux chargé par l'Eglise de la direction de ces asiles. La profession religieuse opère selon le droit, une entière réhabilitation, et cependant cette dépendance est jugée nécessaire ; et plus les ordres religieux ont des rapports avec les victimes du vice, plus leurs membres doivent être à l'abri de tout soupçon. J'entrevois bien le motif qui pousse Madeleine à rabaisser Marthe à son niveau. Elle espère par là se relever elle-même, et se refaire, sous le manteau de sa sur, une bonne ou du moins une meilleure réputation. Mais de cette prétention surgit, ce me semble, une nouvelle difficulté qui s'ajoute à la précédente, et que je précise en ces termes : la prétention d'abaisser Marthe à son niveau ne tend-elle pas à exempter Madeleine du premier sacrifice qu'elle aurait à faire pour se convertir solidement, qui est le sacrifice de son orgueil254 ? Il est bien certain que la vraie conversion est la rétractation du mensonge et le retour à la vérité ; que le premier acte de la réhabilitation devant Dieu doit être la confession du péché devant les hommes ; que, la tache du péché effacée sur l'âme, la peine du péché doit le plus souvent subsister encore. Ce sont là des éléments de la doctrine catholique sur la justification. Marie-Madeleine se repent. Elle ne craint pas d'aller pleurer ses fautes, en présence de Simon le lépreux et de tous les convives. Elle fait volontiers le sacrifice de ses parfums et de ses vaines parures. Elle agrée que les Evangiles annoncent à l'univers qu'elle a été pécheresse dans la cité et que Jésus a chassé sept démons de son cur. Dieu lui rend sa grâce et son amitié, mais l'auréole dont Dieu couronne la virginité dans le ciel est à jamais perdue pour elle. Tant que l'Eglise fera sa fête, c'est-à-dire jusqu'au dernier jour du monde, elle récitera l'office, non des vierges, non des martyrs, non des veuves, mais des femmes pénitentes qui, par leur faute aujourd'hui et pour toujours pardonnée, ont fait une perte irréparable à jamais. C'est ainsi que Dieu et l'Église entendent la réhabilitation. La vraie conversion commence donc par un sentiment d'humilité et non par une pensée d'envie. Dès que le bon larron est converti, il dit : Nous subissons le sort que nous avons mérité. Il reconnaît la distance infranchissable qui le sépare de son Seigneur expiant près de lui les péchés qu'il n'a pas commis. Lui n'a jamais fait le mal. Mais le pharisien, qui se vante de jeûnes et d'aumônes qu'il n'a point faits, reste dans son mensonge et son péché. Je crois donc à la conversion de la pénitente, qui, consolée, soutenue, encouragée par les religieuses du Bon-Pasteur, ou autres semblables, se contente de vivre dans le travail et la prière, sous la direction maternelle qui lui est donnée, qui fait au prêtre la confession secrète de tous ses péchés et ne laisse pas ignorer, à qui doit le savoir, qu'elle sort de prison ; je crois à la conversion basée sur l'humilité et la vérité. Je me méfie de celle qui débute par un mensonge inspiré par la vanité et la jalousie, et qui pour se relever elle-même prétend abaisser les autres. Dans une communauté nombreuse, riche d'excellents sujets, qu'une femme flétrie par la cour d'assises se glisse incognito, ce peut être un bonheur pour elle, et peut-être, si la chose reste à jamais secrète, la communauté n'en souffrira-t-elle nul dommage. Mais qu'arrivera-t-il si les ex-prisonnières s'y trouvent en majorité, si elles dominent, si elles donnent le ton, si elles se concertent pour écarter comme compromettantes, comme suspectes de faire de mauvais rapports sur leur compte, toutes les religieuses de Béthanie qui n'auront pas fait comme elles un premier noviciat dans une maison centrale ? [Suit une méditation sur la parabole des dix vierges255]. Quant aux vierges folles, qui voudraient vivre aux dépens des sages économies des autres, et qui, sortant de prison, voudraient faire croire qu'elles descendent du Carmel, il ne faut pas se presser d'acquiescer à tous leurs désirs. Qu'elles vivent dans l'humilité, la soumission, le travail, dirigées par les religieuses de Béthanie, et sans émettre jamais la prétention de marcher les égales de ces religieuses. A ce prix, elles pourront se faire une provision de mérites qui leur ouvrira les portes du banquet nuptial. Elles voudraient se procurer gratis une bonne réputation. Qu'elles l'achètent : Allez chez les marchands et achetez-en. Sans doute les constitutions et les règles des religieuses de Béthanie seront rédigées avec une sagesse prévoyante qui éloignera tous les dangers. Mon unique intention a été de signaler quelques-uns de ces dangers afin d'aider autant qu'il est en moi à la réhabilitation chrétienne de tous les misérables. H. GIRARD La réponse envoyée à l'auteur par le P. Lataste lorsqu'il a eu connaissance de cet article a été conservée au archives de Béthanie 0. Elle montre une fois encore la solidarité totale du fondateur avec les réhabilitées de Béthanie : il aurait supporté sans broncher d'être attaqué personnellement, mais il ne peut se taire lorsque ce sont elles que l'on montre du doigt. Monsieur l'abbé, Hier seulement, il m'est tombé sous la main un article publié par vous dans la Revue des sciences ecclésiastiques, au mois de juillet 1867, au sujet de la brochure et de l'uvre des Réhabilitées. Votre article m'a causé simplement de la peine ; et voici pourquoi. D'abord vous avez frappé sans prendre la précaution d'avertir. C'eût été plus délicat, il me semble, et puisque votre unique but était de m'éclairer, dites-vous, il était bien simple de m'envoyer votre article ou tout au moins de me prévenir que vous aviez la bonté de me donner vos conseils, ils ne seraient pas ainsi passés inaperçus, tout un an, de celui à qui vous les destiniez. En second lieu vous avez été injuste, sans le vouloir. Au lieu d'attaquer le coupable, si coupable il y a, vous vous en prenez à de pauvres filles qui ne pourront se défendre, qui même, selon toute probabilité, ne sauront jamais que vous les avez attaquées. Vous les raillez, vous les flétrissez, vous leur imputez des pensées d'ambition et d'orgueil ridicules, et cependant, si j'ai mal dit ou mal pensé, elles n'en peuvent mais. Je ne les ai pas consultées pour écrire ; elles n'ont point demandé cette uvre ; il est à croire qu'elles n'y avaient même jamais songé ; aussi quand je leur ai annoncé que la maison de Béthanie était fondée et qu'on leur a expliqué ce qu'elle était, elles ne pouvaient revenir de leur étonnement. Certes elles étaient loin d'exiger un pareil dévouement, elles qui ne pouvaient y croire ! Donc, je le répète, vous avez été injuste, sans le vouloir, vous avez frappé l'innocent et épargné le coupable. Enfin, vous avez frappé complètement à faux. Vous avez dépensé six longues pages à prouver des choses que personne ne conteste et à attaquer ce qui n'est pas, et ce que je n'ai jamais eu la pensée de faire. Je regrette, Monsieur l'Abbé, qu'avant d'attaquer vous n'ayez pas pris la peine de me demander quelques explications, c'est avec bonheur que je vous les aurais données ; tout au moins, eût-il été prudent, avant de blâmer, d'avoir lu les divers documents de nature à éclairer votre travail, je veux dire, avec la brochure, les deux comptes-rendus de l'uvre et Quelques détails qui les ont précédés. Cela vous eût épargné bien des erreurs. Vous auriez vu que je ne prétendais pas « créer une nouvelle congrégation religieuse », mais bien confier cette uvre nouvelle à un Ordre existant et datant déjà de plus de six siècles, et qu'il n'y a rien à Béthanie de « cette promiscuité entière » dont vous parlez à la page 72, et que nos surs ne doivent nullement déposer leur réputation en entrant à Béthanie, mais simplement accepter, comme l'a fait Notre Seigneur, d'être prises un jour, peut-être, pour ce qu'elles ne sont pas ; et tant d'autres inexactitudes encore qu'il serait trop long de relever ici. En prenant ces mesures de prudence, toute élémentaire, vous vous seriez épargné aussi la douleur d'avoir attaqué injustement une uvre, un Ordre et un homme pour lesquels vous professez, dites-vous, la plus sincère sympathie. Je désire que cette lettre ne soit pas publiée. Je n'aime pas entretenir le public de ce qui nous concerne. J'y ai été contraint au début pour avoir quelques aumônes indispensables ; maintenant que l'uvre est fondée, depuis deux ans bientôt, ce n'est plus aussi nécessaire. Il est vrai que votre article a dû nous nuire dans l'esprit de beaucoup de gens qui n'ont pas eu le loisir d'étudier la question par eux-mêmes et si vous croyez devoir rectifier votre article, vous êtes libre ; la loyauté l'exigerait peut-être, mais je ne le demande même pas. Pour le succès de l'uvre de Béthanie, je n'ai jamais placé mon espérance dans les hommes, mais uniquement dans le secours et les bénédictions de Dieu. Veuillez croire, Monsieur l'Abbé, que si vous m'avez fait de la peine par votre article immérité, c'est du moins sans préjudice du respect, de l'estime et même de l'affection que je vous dois et que je vous donne en Notre Seigneur Jésus Christ fr. M.-Jean-Joseph Lataste, s/ m. de themines, « Les Réhabilitées, la maison de Béthanie », La Patrie, 28e année, 21 juillet 1868, édition du matin, p. 4. Comparaison technique des avantages et des inconvénients, pour les libérées des centrales et pour la société, de la déportation en Guyane et de l'entrée à Béthanie. Ce deuxième procédé semble efficace, après deux ans d'application, pour des femmes « que l'État n'aurait pu attirer en Guyane ». t/ l. herve, « La Maison de Béthanie, uvre des Réhabilitées », L'Union, 3e année, n° 11, 22 janvier 1869, édition semi-quotidienne, p. 3. Présentation de Béthanie en comparaison avec les refuges. Allusion aux attaques de l'année précédente : « Les saintes filles, qui sont l'honneur et la force de la maison, les admettent dans leurs rangs sur un pied d'égalité, et telle est leur confiance absolue en la grâce de Dieu qu'aucun article de règlement ne rend impossible l'élection d'une réhabilitée comme directrice de la maison. Nous savons tout ce qu'on peut objecter contre cette uvre exceptionnelle. Mais nous savons aussi tout ce qui est possible à la grâce de la charité et de l'immolation de soi, dont le Sauveur a donné la leçon et l'exemple à ses fidèles disciples. » u/ c. o'keenan, « Les Réhabilitées de Béthanie », Le Français, 2e année, n° 47, 16 février 1869, p. 4. Présentation assez complète de Béthanie, à l'aide des Réhabilitées et des premiers comptes-rendus : référence à Victor Hugo dans la brochure, puis comparaison avec les refuges ; structure de Béthanie ; références bibliques et historiques ; état de la fondation après deux ans. v/ a. transon, « Les Réhabilitées de Béthanie », La Gazette de France, 239e année, 22 février 1869, p. 3. Par un grand ami du P. Lataste et de Béthanie. Réflexion sur la réhabilitation, et sur la possibilité ouverte, à Béthanie, « aux pécheresses de devenir amantes de Jésus-Christ » ; demande de dons à envoyer au comité des dames de Besançon. 247 . Les Réhabilitées, p. 3 ( ici p. 294 ). 248 . Paraphrase de Quelques détails... 249 . Eccl. 41, 15 (Note de l'auteur). 250 . On peut remarquer la façon de nommer les libérées de prison : échappées de prisons, transfuges, échappées du bagne. 251 . 1 Tm 3, 10 (Note de l'Auteur). Citation en français suivie du texte latin : Probentur primum, et sic ministrent nullum crimen habentes. 252 . Ibid. 11 (Note de l'Auteur). Citation en français suivie du texte latin : In operibus bonis testimonium habens. 253 . Extrait de la règle du Sacré-Coeur (Note de l'Auteur). 254 . L'auteur anonyme de l'article de la Revue d'économie chrétienne (voir ci-dessus article b, p. 329 ) avait sans doute vu plus juste lorsqu'il écrivait, parlant du passage des réhabilitées dans le statut de véritables réligieuses : « Notez qu'en y arrivant, elles auront à accepter une vie plus rude, car la règle des religieuses, des prêcheresses, sera beaucoup plus austère que la discipline des réhabilitées. On obtiendra ainsi un double résultat : d'un côté, puissant encouragement pour ces dernières, tant qu'elles seront seulement réhabilitées et si elles le restent toujours : elles sentiront que le fardeau qu'on est obligé de leur imposer n'est pas trop lourd, puisque des âmes innocentes en prennent volontairement un bien plus pesant ; de l'autre côté, assurance qu'elles ne demanderont pas à embrasser la vie religieuse, dans le dessein déterminé ou indéterminé d'adoucir leur situation. » 0 . Lettre 415, du 27 mai 1868, à l'abbé Girard (Orig. A.B.). |
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