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Document 11. Lettre 346 e au cardinal Mathieu, du 25 août 1866. (Orig. A. B.).
Le 25 août, le serviteur de Dieu transmet le contenu de la lettre du P. Jandel au cardinal Mathieu. Il y manifeste la tristesse dans laquelle le plonge l'obligation de porter seul la responsabilité de l'uvre, « comme un véritable fondateur ».
Eminence,
Je viens de recevoir la réponse de notre Révérendissime Maître Général, il est de mon devoir de vous en rendre compte.
Il ne lui paraît pas possible d'accepter la Supériorité immédiate de la Maison de Béthanie, et voici ses raisons :
1. Le Saint-Siège ne consentirait pas à poser ce précédent en France, où toutes les Communautés de femmes dépendent des Ordinaires, ce qui du reste n'est pas rare non plus en Italie.
2. Si cet arrangement plaît au titulaire actuel de Besançon, il pourrait bien déplaire à son successeur.
3. Cette uvre est délicate. Elle a besoin d'une autorité à laquelle elle puisse recourir facilement et dans tous ses besoins ; il serait imprudent de s'en charger à pareille distance.
Il conclut : « Le mieux est donc que vous placiez cette maison sous la juridiction de l'ordinaire. »
Me voilà donc, bien malgré moi, Monseigneur, placé dans une situation indépendante de toute autorité immédiate, ce que je voulais éviter à tout prix, et livré dès lors à ma seule initiative, comme serait un véritable fondateur, moi qui ne le suis point et n'ai jamais prétendu à le devenir.
Je marcherai quand même, parce que je suis assuré que c'est l'uvre de Dieu et qu'après avoir mis la main à la charrue, il ne convient pas de regarder en arrière ; je marcherai, quelque difficile que me semble cette position, parce que je ne l'ai point cherchée, ni voulue, mais qu'elle m'est faite par mes supérieurs.
Je marcherai, parce que je me crois tenu à ce conseil de l'Apôtre : « Confidens hoc ipsum, quis qui coepit in vobis opus bonum, perficiet... »
Mais laissez-moi espérer, Monseigneur, que cette situation est purement transitoire et que, dans un temps peu éloigné peut-être, lorsque votre Eminence aura pu asseoir son jugement sur l'uvre et sur son avenir, qu'alors la maison de Béthanie dépendra directement et notoirement de votre autorité suprême comme tant d'autres communautés du diocèse qui, pas plus que la nôtre, ne sont approuvées du gouvernement.
Il reste aussi la question de desservice de la maison, qui n'est point encore résolue. Je crains toujours, en appelant là un aumônier spécial avant que l'uvre ait acquis une plus grande importance, je crains de devenir, sans l'avoir voulu, l'occasion au moins de division et de malentendu dans la paroisse, surtout si ce poste est confié à un prêtre qui ne relève point immédiatement de l'ordinaire.
Je prie Dieu qu'il veuille bien rendre à votre Eminence cette santé exceptionnelle qu'il vous avait accordée jusqu'à ce jour, et qui est si précieuse au bien de ce grand diocèse de Besançon, comme au bien de l'Eglise. Nous recommandons la même intention aux prières de la communauté.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect de votre Eminence, Monseigneur, le très humble fils et le très obéissant serviteur,
fr. M.-Jean-Jos. Lataste
des ff. Prêcheurs.
Flavigny-sur-Ozerain
ce 25 août 1866.
   
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