Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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Document 13. Lettre 9 à sa mère, du 27 octobre 1866. (Orig. A. B.)

Deux lettres du serviteur de Dieu à sa mère sont conservées. Celle-ci apporte un éclairage intéressant sur l'état d'esprit du P. Lataste quand il prêchait à la prison de Cadillac.

Dijon, 27 octobre 1866.
Rue Turgot.

A toi, bonne mère, la première nouvelle. Je ne suis plus à Flavigny. Depuis quelques mois déjà le surcroît de besogne que me donnait l'Œuvre que tu connais m'avait obligé à me faire décharger de mon emploi de maître des novices. Ma présence à Flavigny n'avait plus sa raison d'être. Aussi mes supérieurs viennent-ils de m'assigner au couvent de Dijon où je vais reprendre le ministère actif, et où je serai plus près de la maison de Béthanie, j'ai en outre l'avantage sérieux de n'être plus sous-prieur, de n'avoir plus d'autres responsabilités que la mienne.

Depuis longtemps déjà, je songeais à t'écrire, cette occasion m'y détermine.

Peut-être trouvais-tu le temps long, mais si tu savais, bonne mère, combien tout mon temps est pris ! et puis cette Œuvre qui absorbe aussi tous mes instants, tu dois l'aimer, bonne mère, d'une manière spéciale, car elle a pris naissance auprès de toi. Te souviens-tu que lors de ma première retraite au château, en rentrant le soir je fis part à mon pauvre père et à toi de l'idée que Dieu venait de m'inspirer et qui, déjà, me poursuivait. Je voulais sonder le terrain et c'est avec bonheur que je vis mon pauvre père y applaudir de toutes ses forces, et s'attendrir sur le sort de ces pauvres femmes, bien qu'il aurait eu quelques raisons de douter de leur conversion réelle.

Cet accueil fait par mon pauvre père n'a pas été sans influence sur l'avenir de cette œuvre alors à peine en projet, bien des fois cette pensée m'a soutenu ; et maintenant je me plais à croire que Dieu aura été indulgent et miséricordieux pour lui, en raison de cette part réelle qu'il a prise à cette œuvre toute de miséricorde et de charité, et destinée à sauver beaucoup d'âmes.

En m'envoyant ta petite offrande, chère mère, tu as donc, certainement, répondu à l'intention de notre cher défunt, de celui que nous pleurons. Je fais prier pour lui à Béthanie.

Dieu nous bénit toujours ; le 21 novembre une de nos postulantes va prendre le saint habit et d'autres nous arrivent de divers côtés.

Dans quelques semaines je compte vous envoyer sur l'état présent de l'œuvre un compte-rendu imprimé, qui vous intéressera certainement... [...]

Ton fils benjamin,
fr. M.-Jean-Joseph.


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