PROLOGUE
Après le repas de midi, je m'accorde habituellement un quart d'heure de sieste, selon la coutume des pays du sud. Ce petit moment de détente constitue étonnamment un grand moment d'imagination. Me viennent des intuitions qui prennent souvent les évidences à contre-pied : périodes de rêve éveillé, de libération du contrôle conscient, réverbérations d'images, approche plus poétique mais non moins riche de la vérité. Ces éclairs de pensée me servent pour mes homélies et, dans ce livre, je reprends parfois certaines d'entre elles, en essayant de les associer de manière cohérente. Le souci n'est pas celui de l'argumentation. Le propos s'adresse à l'intuition du lecteur, c'est une invitation au dépaysement, à l'étonnement, à la contemplation.
On trouvera dans cet ouvrage une approche de la vérité par allusion, de manière symbolique, affective, c'est un témoignage personnel partant de l'expérience vécue. Un seul sujet sous-tend l'ensemble, la question de la Relation : relation à l'autre, relation à Dieu, relation en Dieu.
Chaque chapitre a son propre message et sa propre intelligibilité. C'est le même air de musique qui se trouve repris de diverses façons, comme dans l'Evangile lui-même, chaque partie dit le tout et invite à entrer en résonance.
En ouverture, voici une évocation des thèmes abordés :
La Relation suppose la parole et le respect de la parole donnée. Le premier chapitre plante donc le décor : liberté et fidélité. Mais la relation est pervertie lorsque l'autre est avant tout perçu comme un rival. Comment parvenir à la confiance dans la réciprocité ? Cette recherche conduit au mystère pascal. On y découvre que le péché n'est pas tant un acte qu'une mauvaise théologie, un masque plaqué sur le visage de Dieu. Quand la relation la plus fondamentale est perdue, tout s'abîme et se dégrade. Mais le retournement se produit lorsque l'on découvre, à l'opposé de nos projections, le Dieu que Jésus vient révéler : un Dieu vulnérable, respectueux et discret.
Mais d'où vient et où va le désir de l'homme ?
Vers quoi, vers qui est-il orienté ? Peut-il être
rassasié ? Et si la promesse de Dieu allait au-devant et
même au-delà du désir ? A la « preuve
par l'absurde » correspondrait-il une « preuve par
l'excès du sens » ? De même, dans le registre
affectif, par « la preuve de la sursaturation du désir »,
il devient clair que la promesse n'est pas le produit d'une autosuggestion.
Certes , le désir est contrarié. Il bute sur des
obstacles : la souffrance et finalement la mort. Qu'en est-il de
la relation de l'homme à Dieu quand il souffre, quand il meurt,
et qu'en est-il de l'homme après sa mort ?
La mort marque une limite qui reflue sur l'ensemble de la vie. Que pourrait être un surhomme ? Quel est l'absolu que vise l'humanité ?Le Christ transfigure la condition humaine non pas parce qu'il en abolit les limites mais parce qu'il commence par les accepter dans une relation à son Père en parfaite réciprocité : il se reçoit et il se donne. Il s'assume comme se recevant de Lui. Finalement il vit ressuscité !
La Sagesse de Dieu est donc aux antipodes de nos habitudes de pensée. Elle est tellement nouvelle, jeune et surprenante, qu'elle paraît insensée. Tout est retourné, invitation à se laisser soi-même culbuter. La vie humaine est alors transfigurée. La Pentecôte saisit les nations et travaille la civilisation mondiale. Et cela nous porte à envisager la fin globale de l'univers, à se poser la question de l'histoire humaine et de son achèvement.
Comment être disciple et vivre ce dynamisme contagieux ? Il y a l'expérience première, celle de la résurrection, que Marie de Magdala vit dans la chair même de son affection pour Jésus. Il faut renaître, passer des ténèbres à la lumière, ouvrir les yeux et rencontrer le Christ à la faveur d'une expérience personnelle qui se présente comme un chemin d'initiation. Car la pédagogie de Jésus est une invitation à l'expérience, pour aimer dans une relation risquée.
Les apôtres sont prévenus d'emblée des épreuves qui les attendent, prix de leur crédibilité aux yeux des autres et, pour eux-mêmes, lieu de vérification. Leurs disciples vivront le baptême soit dans la vie religieuse soit dans le mariage, deux modes de relations extrêmes. Ils y rencontreront peut-être l'échec mais celui-ci est dès maintenant habité d'autre chose. Quant au pardon, il est réservé à Dieu, c'est pourquoi nous sommes invités à le pratiquer inlassablement pour vivre de Lui... et finalement le livre est écrit, en lequel on reconnaît l'auteur !
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