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Michel Van Aerde op
Quand Dieu nous surprend

© La Thune, Marseille, 2001, 195 pages

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PREMIÈRE PARTIE : UN DIEU TROIS

1- Liberté et fidélité

La société urbaine contemporaine permet à chacun de vivre comme il le veut ou comme il le peut, sans être trop gêné par le regard des autres. La conquête de la liberté sur les contraintes sociales, révèle aussi du même coup, la difficulté d'une saine continuité. La liberté n'est pas seulement la possibilité de zapper à tout moment dans une versatilité à perdre souffle. Elle se structure dans une consistance personnelle qui conduit à ce qu'on appelle traditionnellement la fidélité. A l'opposé d'une génération qui rêvait d'amour libre, la jeunesse d'aujourd'hui rêve de la fidélité comme d'un idéal impossible. « La fidélité, c'est un fantasme ! » me disait un étudiant : un rêve merveilleux. L'exemple de ceux et celles qui ont su durer dans l'engagement de leur jeunesse est réconfortant, car il montre que c'est possible et que c'est bon.

Durer, au cœur des changements et des déceptions inévitables, conduit à une relecture du sens de la vie et à une réinterprétation de son histoire personnelle. L'archétype de cette démarche est pour moi celle des disciples d'Emmaüs. Déçus et désespérés, ils reviennent chez eux l'air triste et abattu. Mais ils sont rejoints par le Ressuscité qui, incognito, leur dévoile progressivement le sens de l'épreuve qu'ils ont vécue sans la comprendre. Il le fait à la lumière des Ecritures, c'est à dire de l'expérience humaine et spirituelle de l'humanité croyante, synthétisée dans la Bible. Je voudrais, dans ce livre, me livrer à mon tour à une méditation sur nos difficultés à vivre, à espérer et à durer, en me laissant entraîner par l'enthousiasme contagieux de l'Evangile.

J'essaie de suivre le Christ. Je le perds aussi parfois. Il m'apparaît sous un certain aspect puis il m'échappe, et je le retrouve de nouveau, le même et différent. Ma fidélité ne peut donc pas être une crispation, encore moins une monotonie de répétition. Elle est la découverte progressive du mystère de la Vie et celle du vrai visage de Dieu, toujours plus beau et toujours plus inouï. Dans le Temple de Jérusalem, une fois par an et à l'appel du grand prêtre prononçant cette unique fois le Nom interdit, Dieu se rendait présent entre les ailes des chérubins, tendues sur l'Arche d'Alliance. Aujourd'hui, je le pressens intensément présent entre ces deux mots apparemment contradictoires, pour les réconcilier : liberté et fidélité.

La liberté d'abord, celle de faire des choix, de prendre des engagements. Je précise : la liberté de choisir, pas celle de s'abstenir de choisir, pas l'indétermination de ceux qui ne s'engagent jamais. Eux, ils ressemblent à l'âne de Buridan qui meurt de faim parce qu'il hésite trop longtemps entre deux bottes de foin ! Liberté de choisir, de donner sa parole, de s'engager.

La fidélité ensuite, parce que, sans la durée qui donne consistance, sans la cohérence des actes avec la parole donnée, la liberté n'est plus que papillonnage inconsistant, irresponsabilité ou instabilité. Liberté et fidélité : la liberté qui permet la fidélité, la fidélité qui donne corps à la liberté.

En effet : des millions de gens ont donné leur vie pour se libérer, mais pourquoi risquer sa vie dans un âpre combat, pour avoir la possibilité de faire mes propres choix, si ces choix n'engagent pas, si je ne choisis rien vraiment, si je ne suis pas capable de durer ? Qu'est-ce que la liberté sans la fidélité ? La fidélité, c'est le triomphe de la liberté !

J'irai plus loin : c'est seulement sur fond de fidélité que la Parole peut être donnée. Si la Parole donnée n'est pas respectée, tout engagement, toute affirmation se trouvent frappés de relativité ; ils ne sont plus que simple « parole verbale », vaine promesse et discours creux.

C'est pourquoi notre reconnaissance monte vers Celui qui est la fidélité même, Celui qui tient parole, Celui qui donne sa Parole jusqu'à en mourir et qui triomphe de l'épreuve jusqu'à ressusciter. Il donne sa vie pour rendre crédible sa parole d'amour : il est « le » fidèle, source de vie et de toute liberté ! Il est mon Dieu : celui qui m'inspire et me soutient, sans lequel ma vie serait impensable.

Mais qui est-il et comment puis-je me le représenter ?


© La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
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