|
DOMUNI
| Bibliothèque
| Livre
|
|
Michel Van Aerde op | ![]() |
C'est bien parce que notre désir s'étouffe en nous sans parvenir à se déployer vraiment, qu'il faut que la Promesse de Dieu vienne à notre rencontre et nous révèle l'ampleur de l'envergure humaine. Car la promesse va au delà de tout ce que nous aurions pu oser espérer par nous-mêmes. Notre temps n'est donc pas simplement livré à une durée vide, une durée indéfinie. Notre temps est placé sous le signe de la promesse, promesse de quelqu'un, promesse de Dieu ! Il était très amusant de voir qu'à l'approche du changement de millénaire, les journalistes, n'ayant pas matière à publier, se sont mis à faire monter la pression sur ce sujet. Ils ont « chauffé » lecteurs et spectateurs dans l'expectative d'un grand événement. Mais qu'annonçaient-ils ? Une grande fête, certes, mais pourquoi et pour qui ? Les voir se battre les flancs pour paraître y croire eux-mêmes était un spectacle pitoyable. Avec le recul, c'est encore plus évident.
Les chrétiens, eux, vivent autrement leur relation au temps et les mots pour le dire ne sont pas ceux des journaux. Autant la fête profane du nouvel an est vide, simple passage d'un millésime à l'autre, autant la fête de Noël est remplie de sens. Il est clair que ce jour correspond aussi à une simple convention : Jésus n'est probablement pas né un 25 décembre. Mais nous avons choisi ce jour pour dire le secret qui habite tous les autres jours. L'éternel s'est invité au cur du temps. Le Créateur est venu chez lui, incognito, passager clandestin. Le Dieu vivant ouvre notre vie et la remplit de son temps à Lui. Nous faisons mémoire du passé car il est promesse d'avenir. Notre cur est rempli d'une espérance vivante : nous attendons le jour où ce qui est déjà là, sera pleinement manifesté. Nous attendons que s'accomplisse tout ce qui est en gestation au cur de notre histoire, comme une promesse en cours de réalisation. Comme une promesse : pas seulement comme un projet que nous serions chargés de réaliser ! L'homme de projet se construit lui-même, il fait des calculs : il tend à la maîtrise des personnes et des événements, pour parvenir à un but circonscrit, limité. L'homme de la promesse, lui, veille : ouvert à ce qui n'est pas encore, il s'efforce d'accueillir le don mis devant lui. L'homme de la promesse ne fabrique aucune idole, il ne se donne pas son objet, il l'attend : une promesse s'accueille, se reçoit ! Il met en éveil une espèce de sixième sens, une capacité de regarder et d'écouter : une attention au surgissement de l'Imprévisible tant attendu. Il ne peut se satisfaire lui même car il assume justement cette frustration qu'un autre va combler ! Si l'humaniste fait des projets, le chrétien est davantage un veilleur. Altéré par la promesse, une certaine ouverture, parfois une déchirure, s'est faite en lui par l'irruption de l'insaisissable promis. Avec souplesse et humilité, il développe une capacité d'attention qui lui permet d'accueillir ce qui advient, Celui qui vient, comme un don. La promesse de Dieu transforme celui qui attend. C'est ainsi que « Marie conçoit l'inconcevable »51. Et nous le comprenons, cet insaisissable, lorsqu'il se livre entre nos mains. Heureux qui peut le reconnaître à temps52! Cette attention que suppose la veille s'oppose au sommeil. Elle est incompatible avec le travail quand il est aliénant, mais il est possible de cultiver cet art délicat d'être contemplatif au cur même de l'action. Il s'agit d'être prêt, comme les parents quand ils attendent l'enfant, les malades le visiteur ou les amoureux le rendez-vous. Veiller, c'est désirer. On peut développer de nouveaux sens affectifs, les oreilles et les yeux du cur, afin de capter les messages subtils qui nous parviennent à travers les mille et une poussières de la vie. Le don de Dieu est discret. Noël se vit dans le silence et dans la nuit, auprès des pauvres et loin des villes. Il est pudique, notre Dieu ! Il peut passer inaperçu si l'homme ne creuse, dans les profondeurs de son être, cette douce et silencieuse attente qui fait de lui un éveillé. Un « éveillé » ! Les bouddhistes emploient aussi ce mot ! Alors une idée baroque me vient à l'esprit : s'il peut venir à l'improviste, le soir, à minuit, ou au chant du coq, le matin, ne pourrait-il pas venir parfois déguisé en étranger ? Parlant une autre langue ? Ou même, suivant une autre religion ? Tout se complique avec cette fameuse mondialisation : Soyons nous aussi des éveillés ! Veillons ! 51 Expression favorite du fr. J. Cardonnel. 52 Mt 25 : « ..dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » |
©
La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
Reproduction autorisée pour DOMUNI 2002 - Tous droits réservés