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Michel Van Aerde op | ![]() |
La Promesse va au-delà de notre soif, au-delà de notre désir, bien au-delà de notre capacité d'espérer. C'est pourquoi, ils ne savent pas quel éloge ils nous font, ceux qui prétendent ingénument que nous avons tout inventé pour nous rassurer ! Inventé, si seulement nous le pouvions ! Cela passe tellement notre imagination ! Un jour, un ami me demande si je ne doute pas quelquefois que ma foi ne soit qu'une autosuggestion. Perplexe, et voulant lui répondre en toute sincérité, je lui réponds : si nous l'avons inventé, alors c'est que nous sommes géniaux ! Or nous savons bien que nous ne sommes pas des génies. Quand à nous rassurer face à la mort, Socrate et Platon, moins tragiques et plus anciens, suffisaient largement. Ceux qui prétendent que la Résurrection du Christ répond à nos questions ne savent pas ce qu'ils disent ! S'ils savaient quel appel d'air le vide du tombeau provoque dans nos vies fermées ! S'ils savaient dans quel abîme d'inconnu et de complexité nous sommes immergés ! C'est tellement riche de sens, concret et radical que l'image la plus juste pour en parler dans la foi est celle de la naissance, la venue au jour, l'entrée décisive dans un monde très nouveau, avec tout ce que cette expérience implique de changement brutal, d'arrachement, d'éblouissement et même de suffocation. Comme l'embryon encore tout ignorant, bien au chaud dans la matière aqueuse et son obscurité, se trouve désemparé et crie son désarroi quand son tout premier souffle lui ouvre les poumons, nous avons peur nous aussi de respirer à fond l'oxygène évangélique et d'ouvrir des yeux neufs quand l'amour qui nous étreint se fait trop personnel et trop éclatant. Nous avons tout à réapprendre, nous avons tout à découvrir. Car la vie dont il s'agit est cette vie déployée qui se manifeste en Jésus-Christ, tellement insupportable à ses contemporains qu'ils ont tout fait pour la piéger, pour l'étrangler, pour l'étouffer dans l'uf. Cette ennemie mortelle de l'indifférence et de la mort ; cette passion de vie, cette vie de passion, cet acharnement d'éveil et de provocation, ce désir de partage à en mourir, cette volonté de réciprocité dans l'amitié, cette puissance infinie de libération et de création, cette force irrépressible de délicatesse et de respect, aucune formule ne peut la contenir ! Aucun dogme n'en fait le tour ! Aucune abstraction ne peut la faire saisir ! Il faut pour l'approcher se laisser soi-même toucher ! Il faut pour la comprendre se laisser prendre et se laisser brûler ! Il faut y plonger de tout son être pour l'éprouver à fond ! L'expérience seule permet de co-naître le Ressuscité. L'expérience seule permet de découvrir le Père de toute vie qui inspire un tel Fils et qui le justifie. Seul le risque vital de la prière articulée, la présence active auprès des pauvres, des malades, des emmurés, seule la pratique révélatrice, en bref seul l'engagement baptismal, permet de vérifier la force vivifiante de l'amour vainqueur. Il faut essayer pour savoir, pour entrer dans la vie, pour co-naître ce dont il s'agit ! Comme un enfant qui fait ses premiers pas et qui découvre la marche en même temps que les muscles de ses jambes et l'équilibre de son corps, je suis convoqué par l'Evangile à vivre debout et solidaire de tous dans la joie, la pauvreté magnanime et la vraie liberté. Il faut essayer et je m'étonne après coup d'avoir pu si longtemps rester dans l'ombre et vivre sans élan. La victoire de Jésus sur l'absurde et la mort bouscule à tout jamais les critères de nos choix. Le passage vital ne s'ouvre pas dans la continuité du succès ni des bons résultats. Il surgit dans la crise, au plus noir de l'absurde, tout au fond du tombeau. C'est de l'impasse absolue que le Dieu vivant dégage son Fils pour qu'il devienne le premier-né d'une nouvelle création. C'est parce qu'il a manifesté sans cesse la solidarité de Dieu pour les pauvres, les sans-grades, les exclus, que le Christ a été rejeté, et c'est parce qu'il est passé par le désespoir le plus radical que nous savons maintenant qu'il n'est rien, jamais, qui échappe à l'amour de Dieu, rien qui ne puisse être pardonné, aucune fatalité qui ne puisse être renversée, aucun juste combat qui soit désespéré. Ainsi, du plus profond de l'abîme, la victoire de Jésus sur les forces de néant se communique à tous. Elle n'a pas lieu comme un spectacle, sur une scène ou un écran. Elle ne se produit pas seulement en un lieu ni en un temps particulier. Elle ne se donne pas à voir ni même à raconter : elle se donne à vivre, à expérimenter partout, à tout moment ! Elle se communique comme un souffle et un élan. Le cosmos tout entier se trouve emporté par ce fleuve de vie dans lequel il faut plonger à corps perdu. Car le Dieu vivant qui nous rejoint en Jésus-Christ ne cherche pas des spectateurs pour l'applaudir, des supporters sur des gradins, il veut des créateurs, des libérateurs associés. Sa victoire est pour nous ! Il cherche des amis, des partenaires, des co- équipiers. Il veut être connu au plus profond, au plus intime pour partager l'expérience même qui le fait vivre, le Souffle qui est le sien. |
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La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
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