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Michel Van Aerde op | ![]() |
La vie est changée par l'évangile, transfigurée. Depuis François d'Assise jusqu'à Marthe Robin en passant par le Padre Pio, les saints occidentaux sont parfois stigmatisés. Les saints de l'Europe orientale sont plutôt des saints transfigurés. Au cours d'un entretien, alors qu'ils sont en prière, les voici revêtus d'une sorte de nuée lumineuse, ils rayonnent de façon extraordinaire. Leur corps se met à exprimer la plénitude de leur vie spirituelle, le corps matériel n'est plus prison de l'âme ou de l'esprit, tout au contraire, ce corps est saisi par le mystère de leur être profond : leur relation au Dieu Vivant.
Stigmates d'un côté, transfiguration de l'autre : Il y a bien là deux manières différentes et apparemment opposées de vivre le mystère chrétien, deux manières complémentaires cependant, qui se conjuguent aujourd'hui, non pas seulement parce que l'Europe commence à devenir une seule réalité politique, mais parce que les deux poumons de l'unique Eglise, les deux ailes de la même colombe, se sont retrouvés unis dans un même corps. Si pour les occidentaux, Noël et Pâques sont les fêtes les plus importantes, pour les orientaux, l'Epiphanie et la Transfiguration sont les plus célébrées. Mais aujourd'hui, en occident comme en orient, les mêmes icônes sont honorées. Comment comprendre cette transfiguration de Jésus ? La prière au Père, dans l'étroite proximité de la mort, a-t-elle provoqué comme un excès de vie, de conscience et de lumière, une sorte de surtension comme il en arrive aux ampoules électriques avant de claquer ? L'offrande du Fils, au cur d'une prière anticipant la Pâque, est la victoire authentique de l'humanité sur toutes les tentations : la révélation incandescente de l'homme selon Dieu ! Pierre, comme ses successeurs, voudrait figer cet instant. Il est toujours tenté de se fixer sur des images de gloire triomphante. Il aime reconnaître Jésus par ses titres glorieux : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant149 », mais il doit aussi descendre de la montagne lumineuse et se plonger dans l'épaisseur de ce que ces mots signifient dans la pratique sociale et même dans la réalité corporelle. Car la vérité de son Seigneur - et sa plus grande gloire _ est celle du don, jusqu'à l'abandon. C'est un Seigneur qui se met à ses pieds, qui se livre aux mains des pécheresses repenties mais aussi des pécheurs abrutis. Il abdique les formules d'autorité, au point, nous l'avons vu, de se soumettre à la question, de se laisser blesser en ses membres et défigurer en son identité. Puisqu'il est Le chemin, suivons-le pour mourir à nous-mêmes et vivre par Celui qui est mort et ressuscité pour nous : chemin pascal, se perdre pour se trouver, perdre son personnage pour découvrir son identité, seul, en peuple, nation, Eglise, ordre, confession ou communauté. Renonçons aux nationalismes étroits, aux réflexes identitaires, aux crispations conservatrices pour entrer dans la vie qui est don et pardon, et don de se donner. Il ne s'agit pas là d'un quelconque mécanisme hégélien, ni donc de passer par un « vendredi saint spéculatif » aussi abstrait qu'automatique : cette machine dialectique à trois temps ne fonctionne pas. Il s'agit, comme personne, comme sujet, d'entrer par Jésus-Christ dans la confiance au Père, de vivre et respirer la Vie de la Trinité qui est parfaite relation. Le Christ transfiguré nous montre l'homme dans sa pleine vérité, l'homme divinisé, transparent à sa vérité. Non pas un Prométhée libéré de ses liens, mais un Fils qui assume sa finitude et ratifie la relation filiale qui le constitue. Il ne vole pas le feu à des dieux jaloux de le garder, il le partage et le répand à profusion ! |
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La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
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