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Michel Van Aerde op
Quand Dieu nous surprend

© La Thune, Marseille, 2001, 195 pages

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CINQUIÈME PARTIE : JAMAIS DIEU SANS TOI

40- Prince de la paix ou de l'épée ?

L'un des plus beaux titres de Jésus est celui de Prince de la Paix. Et voici que ce Prince de la Paix se déguise aujourd'hui en chef de guerre215. Prince de la paix ? Non : prince de l'épée ou du glaive, plutôt. Il n'apporte pas l'union mais la division. La « division », terme négatif, « diabolique », c'est celui qu'il emploie pourtant pour se qualifier lui-même. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division216 ! » Il n'éteint pas les foyers de conflit, il vient les allumer. Il n'est pas un pompier, mais un incendiaire : il apporte le feu !

Et tout cela reste une bonne nouvelle ! Non pas que je sois anarchiste, ni que je reprenne à mon compte le fameux cri « familles, je vous hais ! .» C'est une bonne nouvelle tout simplement parce que nous savons, sans être grands psychologues, que nos groupes humains, spécialement les familles, sont bien souvent en réalité des nœuds de vipère, des étouffoirs, des trous noirs, où règnent la mort, l'asphyxie et même la folie. Des cendriers, plus que des foyers ! Il y règne un couvre-feu mortel, décrété par personne et l'on ne sait plus quand, une chape de plomb venue d'ailleurs comme une fatalité, la paix des cimetières.

Bonne nouvelle : Jésus ne vient pas renforcer cette fausse paix. Il n'a pas peur de provoquer la crise. Il dégonfle les baudruches, il perce les abcès. Mieux vaut la vie, quitte à ce qu'elle se vive dans le conflit ! Les tensions, quand elles sont révélées, manifestent l'exigence du débat et appellent les explications.

La Parole de Jésus est affilée comme un glaive à deux tranchants. Elle joue aux articulations, au plus intime des cœurs. Elle distingue les fausses paix et la paix authentique, l'union véritable et les fausses unions. Parmi ces fausses unions, il y a toutes les associations malsaines. Les groupes fusionnels, qui tôt ou tard explosent en une crise salutaire... Les relations de dépendance, qui doivent un jour s'inverser... Les affections captatives, qui réduisent l'autre à un objet. Comment l'Evangile de vie pourrait-il respecter les associations glauques, les clubs fermés, les égoïsmes collectifs ?

Et puis, il y a les « unions sacrées .» Malsaines, elles aussi, parce qu'elles sont violentes, tout entières cimentées par une logique d'exclusion. Elles se nourrissent de la haine : rejet de l'autre, du différent, de celui qui n'est pas « de la famille », de la tribu, du clan, haine du Juif, haine du Palestinien ...

Car, si l'on y regarde bien, le phénomène n'est pas réservé aux familles mais s'étend à la plupart des groupes humains : leur union est cimentée par une opposition. C'est la concurrence entre les entreprises, la rivalité entre les équipes de sport, entre les couvents, entre les provinces, entre les congrégations, entre les confessions, entre les religions, et l'union de la nation se forge dans l'affrontement à l'ennemi commun. Il y a donc dans l'humanité comme une sorte de lynchage permanent.

C'est pourquoi la Parole de vie agit comme un feu. Le feu qui purifie, le feu qui appelle à vivre et à aimer en vérité. A aimer mieux. A vivre de vraies solidarités, ouvertes, dans un peuple universel. L'Evangile nous appelle à renaître, dans une famille qui n'a pas de frontière.

Jésus se fera lyncher pour dévoiler le mensonge, homicide dès le principe, celui des unions sacrées, celui de la défense nationale217, celui des gardiens du Temple et de leurs petits jeux obsessionnels. Jésus n'est pas mort dans son lit : il appelle au conflit, il en mourra ! Sa famille le prend pour un fou. « Les siens partirent pour se saisir de lui, car ils disaient : « il a perdu le sens ! 218 »

La famille, comme tout ce qui est naturel, doit mourir. Elle doit mourir pour ressusciter en famille universelle, celle des fils et des filles de Dieu. Qui est ma mère, qui sont mes frères et mes sœurs ? demande Jésus ? Ceux qui mettent en pratique la Parole de Dieu. Marie ne garde rien pour elle, pas même sa maternité. Tout est partagé.

Sur la croix, Jésus désigne le disciple qu'il aimait, c'est-à-dire le disciple modèle, l'archétype, le disciple qui n'a pas de nom car il porte le tien : « Mère, voici ton fils, fils, voici ta mère ! 219. »


215 Lc 12, 49-53.

216 Mt 10, 34.

217 Jn 18, 14 : « Il est bon qu'un seul homme meure pour le salut du peuple » dit Caïphe.

218 Mc 3, 21.

219 Jn 19, 27.

© La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
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