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Bulletin de Théologie, Théologie de la création
Sciences et théologies - Année 1994

Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques 78, 1994, 95-124


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LE CATECHISME DES EVEQUES FRANCAIS (1991)

Dans la catéchèse des évêques de France (450 pages en gros caractères), la réflexion sur la création représente 6 % de l'ensemble du texte. On retrouve les grands thèmes du catéchisme allemand : Dieu créateur et la création, l'homme, le mal.

Dieu créateur et la création

La première affirmation du catéchisme français concerne la révélation qu'apporte la création à l'intelligence humaine. « Don de Dieu, la création porte l'empreinte de son créateur » (p. 66). Sans y insister, le texte affirme la bonté du monde créé : « Reconnue par Dieu comme bonne, la création reflète la bonté même du créateur » (ib.). Plus loin l'univers sera déclaré "foncièrement bon" : Dieu « se complaît dans cette création foncièrement bonne, oeuvre de son amour » (p. 73). Aucune allusion, dans ce catéchisme pas plus que dans le précédent, n'est faite aux désordres physiques de l'univers.

Suit le rappel devenu classique, mais fort utile du maintien dans l'existence de la création par Dieu. « Le monde n'est pas créé une fois pour toutes, comme si Dieu, la création terminée n'avait plus qu'à s'en retirer. Il ne cesse pas d'assurer l'existence du monde [...]. La création est donc un événement toujours actuel » (p. 67). Mais rien n'est dit sur un possible devenir de la création, un quelconque ordonnancement à un achèvement.

Cependant, le paragraphe suivant parle de "chantier ouvert" et précise : « Dieu ne s'identifie pas à son œuvre ... et pourtant il ne lui est pas extérieur comme peut l'être un architecte [...] Il confie à l'homme une oeuvre à poursuivre pour que, par son travail et son art, il contribue au perfectionnement du monde créé ». Un perfectionnement de l'univers semble bien ainsi affirmé mais c'est à l'homme qu'est conféré sa réalisation. Sans pour autant exclure l'action propre du créateur car le texte fait aussitôt allusion à « l'Alliance que Dieu a voulu instituer avec les hommes qu'il a créés ». Et cela « en les associant à son oeuvre » (ib.).

On s'attend alors à un appel à l'action des associés de Dieu, mais les évêques concluent « qu'ainsi entendue et contemplée dans la foi, la création suscite la prière et la louange » (ib.). Il n'en reste pas moins que l'on trouve ici l'affirmation de la possibilité et même de la nécessité de l'action humaine pour le développement de la création. Il semble bien que ce paragraphe marque l'originalité très discrète mais réelle du catéchisme des évêques français. Seule la catéchèse pontificale développera davantage ce point.

L'homme

Une double vision de l'homme dans la création sous-tend tout ce chapitre concernant le thème de l'homme "Image de Dieu". Il est d'une part capable de connaître et d'aimer son créateur pouvant « rayonner quelque chose de sa splendeur et entrer en communion avec lui ». D'autre part « il a été constitué seigneur de toutes les créatures terrestres, pour les dominer et pour s'en servir, en glorifiant Dieu » (p. 74).

Ces deux affirmations classiques, ne sont pas mises par les évêques sur le même plan. Ils tiennent en effet à inscrire la vocation de l'homme à la domination du monde en dépendance radicale de sa destinée de glorification du créateur.

Pour eux « la création est au service de l'homme [...] tout entière elle est ordonnée à (son) heureuse réussite et à (son) bonheur éternel » (p. 77). D'autant plus que l'homme tient de son statut d'image de Dieu toute sa dignité. « Mais il ne garde toute sa grandeur qu'en "rendant" à Dieu cette gloire reçue de lui" ."Il est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu pour la louange du créateur » (ib.). Tout se passe ici comme si les évêques de France craignaient de voir leurs contemporains donner trop d'importance à leur tâche scientifique et technique et à la valorisation qu'elle apporte. Aussi estiment-ils nécessaire de rappeler une affirmation traditionnelle assurant que « la création, ne trouve pas son achèvement dans le travail de l'homme ni, chez l'homme, dans la réalisation de soi » (ib.).

Il n'en reste pas moins qu'avec la Bible, les auteurs du catéchisme français répètent que l'homme « est chargé de soigner le jardin mis à sa disposition » (p. 78). Aussi est-ce bien « au milieu de cette création qui lui est confiée » qu'il va construire sa vie (ib.). Et pour cela, il doit se situer face à Dieu. Mais également face aux autres êtres de la création. Il va devoir "en être le maître" en vue de "les conduire avec lui à leur fin" , car là est bien sa capacité propre et exceptionnelle : soumettre la terre en la conduisant à sa fin. Et, dans cette perspective éminemment positive, le chapitre sur l'homme de conclure : « L'homme, qui reconnaît en Dieu celui qui l'a créé sait que sa vie et le monde lui sont chaque jour remis comme un don à faire fructifier » (p. 79). Un rappel de la vocation humaine affirmée plus haut de "perfectionner le monde".

Le mal

Le titre exact de ce chapitre en énonce tout le sens : "l'apparition du mal" . Après la Conférence épiscopale allemande, les évêques de France vont reprendre à leur compte, d'une façon plus subtile mais néanmoins assurée, l'affirmation que tout mal dans le monde vient de l'homme. Ils ne vont pas jusqu'à dire explicitement que le mal physique est dû au péché humain des origines. Mais l'on peut lire sous leur plume que « la transgression de l'interdit dont était marqué l'arbre de la connaissance du bien et du mal est à l'origine d'un monde "cassé" » (p. 80). Il est certes intéressant de voir que la "chute" n'est pas présentée comme une "punition" : « l'être humain, commentent les évêques, est plutôt renvoyé aux limites constitutives de la créature » (p. 81). Mais à propos du mal dans la création, ils se réfèrent aux Pères de l'Eglise et aux anciens conciles pour affirmer que « le mal provient du péché commis par l'homme dans l'histoire » (p. 82).

Comme on l'a déjà dit, le fait que les désordres physiques, constitutifs de l'univers, soient imputables à l'homme paraît difficilement acceptable aujourd'hui. On remarquera que cette affirmation tient vraisemblablement à la vision naïve et merveilleuse de la bonté de la création suggérée par la Bible et par la Tradition. Mais il est possible de se demander si cette vision s'impose. La bonté est-elle inévitablement synonyme de tranquillité béate ? Doit-elle ne comporter aucune tension, fût-ce constructive ? En tout cas, les catéchèses qu'on va résumer maintenant le prouvent, cette vision ne s'impose pas, doctrinalement tout au moins.

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