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Bulletin de Théologie, Théologie de la création
Sciences et théologies - Année 2000

Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques 84, 2000, 135-171


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3- Théologie de la création, culture et science

Parce que la question du mal est révélatrice du changement induit par l'approche scientifique de la nature et de la vie, la troisième partie commencera par deux ouvrages qui l'abordent. Même s'ils ne sont pas fondamentaux, ils montrent bien comment se renouvelle la théologie de la création, en grande part par le lien avec l'approche scientifique. En effet la perception du mal change si l'on prend en compte ou non l'éclairage scientifique.

La question du mal n'a pas de réponse simple ; elle est un lieu où les théologiens se séparent. L'anthologie présentée par M. Peterson le confirme37. Les textes qu'il cite montrent la diversité des opinions et leurs différences irréductibles. M.P. essaie cependant d'en trouver l'unité profonde en classant les auteurs cités non par le contenu doctrinal de leur position, mais par le point de vue adopté. Ainsi la deuxième partie envisage-t-elle la question du point de vue logique (textes de J. L. Mackie et A. Plantigenta), factuel (M. Martin et D. Basinger) et existentiel (W. Hasker et M. Adams). Ces textes sont précédés d'une première partie constituée d'extraits d'auteurs classiques, en théologie (la complainte de Job, Thomas d'Aquin et D. Hume), comme en littérature (F. Dostoïevski, A. Camus et E. Wiesel).

Dans la troisième partie, l'anthologie distingue entre trois types de problématiques caractérisées par les figures d'Augustin, d'Irénée et de Whitehead. La tradition augustinienne argue de l'existence d'un état de perfection perdu par la faute de l'humanité, tandis que la tradition d'Irénée se place dans une perspective eschatologique pour laquelle le mal est lié à un état provisoire de l'humanité en marche vers un accomplissement. La process theology , quant à elle, déplace l'ordonnance traditionnelle des attributs divins en parlant d'un "pouvoir de persuasion".

La quatrième partie semble bien prétentieuse avec son titre "Solutions au problème du mal". Les textes ont le mérite de placer le lecteur au seuil d'apories ou de questions ouvertes, à savoir : le meilleur des mondes (R.M. Adams), les autres mondes possibles (P.L. Quinn), le mal dans la nature (R. Swinburne et J. Walls) et des questions pratiques sur la souffrance (K. Surin et J. Wetzel).

Tous ces textes invitent à une réflexion plus approfondie que la brièveté des extraits ne permet pas à M.P. d'entreprendre. Les thèmes de la liberté, de la bonté, de la toute-puissance s'entrecroisent donnant un état de la question utile aux étudiants à l'intention de qui ce livre a été écrit, dans le souci de surmonter les objections de l'athéisme. Les auteurs modernes participent du paradigme de la philosophie analytique nord-américaine où la logique et l'analyse du langage jouent un rôle primordial.

L'ouvrage de synthèse de J. G. Stackhouse38 est écrit dans le souci d'atteindre un large public ; il se veut pastoral dans sa démarche pour répondre au défi que l'existence du mal pose à la foi en un Dieu bon et tout-puissant.

L'introduction pose la question à partir des informations et des débats diffusés par les mass media pour placer le lecteur face au mystère (p. 3) et donc dans la nécessité de renoncer à la prétention de tout comprendre. Ce n'est pas mépris de la raison (p.5) mais reconnaissance des limites de la réflexion. J.S. conclut son ouvrage par un appel à l'action (p. 174) seule vraie réponse au défi du mal.

Le chemin suivi par J.S. est traditionnel. Une première partie trace la problématique à partir des affirmations de la théologie classique : toute-puissance de Dieu (p. 12), nécessité en Dieu (p. 15). Ayant remis en cause l'énoncé selon lequel "du mal peut sortir un bien " (p. 24), l'A. envisage de renouveler la problématique en mettant en question corrélativement l'idée de Dieu, l'idée du mal et leurs relations respectives (p. 29). Le chap. 2 s'interroge sur le mal en ses différentes acceptions ; le chap. 3 sur la culpabilité et la responsabilité , pour donner une définition du bien (p. 50).

La deuxième partie commence par sortir de la problématique humaniste et déiste pour se placer dans une perspective plus vaste, reconnaissant l'existence de la vie éternelle après la mort (p. 57), invitant à considérer l'articulation des moyens et de la fin (p. 60s) et la responsabilité humaine (p. 64). J.S. développe une philosophie de la liberté dans le cadre d'une vision de l'univers en devenir (p. 76s). Il reconnaît mettre ainsi en oeuvre une "méta-théodicée" (p. 187, note 11).

Le long chapitre 6 ("A la croisée des chemins") expose l'essentiel de la pensée de J.S. La réponse à la question du mal est de l'ordre du salut, qui est une relation personnelle à Dieu et à autrui. Ainsi s'opère un dépassement de la théodicée classique, appuyé sur le livre de Job (p. 91-94), ouvert sur la foi en Jésus-Christ (p. 101), parce que l'acte de résurrection est le point central du salut (p. 120). Pour J.S., seul ce point permet de faire face au mystsère du mal et de nourrir l'espérance (p. 126s) dans la certitude de la victoire ultime du bien sur le mal. Celle-ci ne sera pas acquise sans la coopération de l'humanité (p. 129s). Ainsi l'attitude face au mal est-elle éclairée par l'événement de la résurrection (p. 133s) et par la foi qui surmonte le scandale, d'autant qu'elle travaille au salut du monde de manière désintéressée, surmontant le défi (p. 174s). Ce petit traité d'apologétique manifeste ainsi la transcendance de la foi et sa nécessité pour vivre le présent. On regrette que cet ouvrage ne traite pas du mal dans la nature et partant, du lien de l'homme avec la nature.

Après ces deux ouvrages consacrés au mal dans le monde, nous revenons au thème plus général du présent bulletin, la théologie de la création en relation avec la science. Nous avons classé les lectures suivantes en fonction de leur préférence d'intérêt pour la science proprement dite ou pour la culture, marquée par la vision scientifique du monde, mais plus largement inscrite dans l'activité humaine.

37 Michael L. Peterson (ed.), The Problem of Evil . Selected Readings, Notre Dame, Indiana, University Press of Notre Dame University, 1992, 15,2 x 22,7, 392 pages.

38 John G. Stackhouse, Can God be trusted ? Faith and the Challenge of Evil , New-York-Oxford, Oxford University Press, 1998, 14,5 x 22,5, X-196 pages.

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