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Bulletin de Théologie, Théologie de la création
Sciences et théologies - Année 2000

Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques 84, 2000, 135-171


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    La process theology

Un bon exemple de l'approche théologique dans la culture contemporaine marquée par la science est la process theology, qui reste un des outils principaux pour la réflexion concernant une théologie de la création.

L'ouvrage de R.C. Neville39 présente une étude critique de la process theology à partir de quelques théologiens américains importants. On sait que cette forme de théologie s'inscrit dans le sillage de la process philosophy développée par A.N. Whitehead.

Le livre de Neville (= R.C.N.) est une réédition de celui de 1979 qui ne diffère de la première que par l'ajout d'une nouvelle introduction à la précédente. Dans cette nouvelle introduction R.C.N. explique que le paysage théologique a considérablement changé entre les deux éditions. D'une part, les théologiens étudiés ont généralement évolué dans leurs conceptions et une nouvelle génération de philosophes et de théologiens est apparue. D'autre part, et c'est un point à souligner, la process theology n'est plus dominante. Elle est une théologie parmi d'autres qui sont aussi vivantes et pertinentes qu'elle. Alors, pourquoi une nouvelle édition ? Parce que, selon R.C.N., plusieurs des arguments critiques développés dans la première édition n'ont pas reçu de réponse satisfaisante et restent par conséquent toujours d'actualité. Ajoutons que ce livre sera utile aux lecteurs qui ne sont pas familiers de la philosophie de A.N. Whitehead (= Wh.) et de son application en théologie chrétienne.

Les chapitres 1 et 3 sont consacrés à une présentation critique des conceptions de Wh. sur Dieu et sur l'un et le multiple. Les autres chapitres traitent de théologiens appliquant la philosophie de Wh. en théologie chrétienne : L.S. Ford (chap. 2), C. Hartshorne (chap. 4), S. Ogden (chap. 5), C.E. Winquist (chap. 6) et J.B. Cobb, Jr. (chap. 7).

La thèse de R.C.N. est qu'autant la théorie de la causalité développée par Wh. est intéressante pour la théologie chrétienne, autant sa conception de Dieu ne l'est pas. Les principes qui structurent la métaphysique de Wh. conduisent en effet à distinguer radicalement créativité et Dieu, d'où le titre du livre. Or, cette distinction conduit à des conséquences qui selon R.C.N. sont incompatibles avec la compréhension chrétienne de Dieu.

Il ne s'agit pas de présenter ici l'ensemble des critiques adressées par R.C.N. à la process theology , mais d'illustrer à partir d'un exemple comment la philosophie de Wh. n'est pas d'emblée adaptée à la formulation d'une théologie chrétienne. Ainsi en est-il de la notion de créativité.

La créativité est présentée par Wh. comme le résultat de procès mis en œuvre par des agents, parmi lesquels bien sûr il y a Dieu. Toute réalité résulte ainsi d'un procès et n'existe en tant que telle qu'au terme de ce procès. Le rapport de Dieu au monde est alors pensé selon cette conception. Dieu ne peut accéder qu'à ce qui est effectivement réalisé. Du coup, il ne peut connaître que ce qui est réalisé et non le développement du procès qui y conduit. Dieu ne peut alors connaître l'être humain et encore moins le monde dans sa globalité, car cela suppose leur achèvement. De même, l'être humain ne peut connaître Dieu. Il n'est pas besoin de souligner combien ces affirmations s'opposent à l'image biblique de Dieu, du créé et de leurs relations mutuelles. La process theology a adapté la philosophie de Wh. pour la rendre compatible avec la tradition biblique et chrétienne. Selon R.C.N. ces adaptations se révèlent insuffisantes.

La reprise en théologie de la process philosophy constitue également l'objet du livre de H.J. Sander40. Par delà l'analyse de la philosophie de Wh. comme paradigme d'une théologie fondamentale de l'existence créatrice, H.J.S. propose une étude systématique des concepts de A.N.W. : L'atomisme et l'organisme (première partie), le contraste entre les existences créatives (création et nature, deuxième partie), l'intensité à partir de la notion de contraste (le processus de création comme une action de libération, le mal comme intensification pervertie, la permanence de la nouvelle création, troisième partie). La dernière partie traite de l'homme comme existence de la nature et comme possible libérateur. Suit un long excursus sur la théologie de la nature et la théologie de l'écologie, et un autre excursus sur l'existence créative comme trait caractéristique de la théologie fondamentale. Au long de sa présentation H.J.S. produit de manière systématique les commentaires anglais et allemands sur ces différents thèmes de la philosophie de Wh.

On sait que Wh. fut le fondateur avec G. Frege et A. Russell de la logique contemporaine. Une des questions qui traînent est celle du lien entre les deux grands moments de sa pensée philosophique. A première vue, on ne voit pas le lien entre la première partie de son existence qui culmina en une œuvre mathématique magistrale, et la deuxième consacrée à l'écriture de son œuvre philosophique. H.J.S. n'apporte pas de réponse, mais il a le courage de se plonger dans la question de la logique, omettant A. Russell, mais parlant longuement de G. Frege (p. 31 et surtout référence de sa correspondance au théologien Pünjer, enfin accessible en traduction française).

En ce qui concerne les textes de A.N.W., il faut souligner l'effort récent de traduction en langue française qui rend inexcusable celui qui n'ose y aventurer sa curiosité41.

39 Robert Cummings Neville, Creativity and God . A Challenge to Process Theology, Albany, N.Y., State University of New York Press, 1995 (précédente édition, 1979), 14,8 x 22,7, xv et 163 pages.

40 Hans Joachim Sander, Natur und Schöpfung - Die Realität im Prozess , Frankfurt am Main, Peter Lang, 1991, 14,8 x 20,8, 423 pages.

41 Maintenant nous pouvons disposer des traductions La science et le monde moderne (éd. du Rocher), de Aventures d'idées (Cerf), mais aussi et enfin de Procès et réalité (Gallimard).

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