Bulletin de Théologie, Théologie de la création Sciences et théologies - Année 2002 Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques 86, 2002, 85-121 |
Plusieurs ouvrages deJ.Polkinghorne (J.P.) ont été présentés dans ce Bulletin22. Pour J.P. le travail de la science esquisse des dépassements qui se développe pour le croyant sous la forme d'une théologie. J.P., professeur au Queen's College de Cambridge, a profité de l'invitation au General Theological Seminary de New York, à donner un cours sur le thème « Science et Théologie », pour rédiger un ouvrage23 qu'il présente comme un manuel consacré à cette thématique qui, à ses yeux, prend une importance croissante. Son plan qui va du général au particulier. Il part d'une présentation de la nature de la science et de la théologie (chap. 1) pour arriver à une réflexion sur les enjeux éthiques lancés à nos sociétés par les sciences et les techniques contemporaines, en particulier vis-à-vis de l'intégrité de la nature (chap. 8). Il prend soin de décrire les apports de la science contemporaine à la vision que l'humanité possède et élabore du monde, au travers des théories quantique et cosmologique et de celles du chaos et de la complexité (chap. 2). Il traite ensuite de la nature humaine, dont l'approche scientifique hésite entre réductionnisme et holisme ou encore s'attaque à la question de la conscience (chap. 3). D'une analyse de la théologie naturelle qui cherche à « prouver » Dieu à partir des éléments de la réalité, il passe à l'élaboration d'une théologie de la nature et de la création qui aboutit notamment à une réflexion sur l'espérance (chap. 4). Le thème de l'action divine dans un monde marqué par des processus évolutifs, par le hasard et la nécessité, est ensuite traité (chap. 5). J.P. présente ensuite les éléments essentiels de la foi chrétienne concernant le Christ, la Trinité et la destinée de l'univers et de l'être humain (chap. 6). J.P. étend alors son propos au thème de la pluralité des religions et de leur possible rencontre (chap. 7). Cette dernière étude est rendue nécessaire par le dialogue entre science et théologie afin de rendre compte de la diversité des religions et de leurs dissonances comparativement à l'unité que les sciences tirent de la démarche scientifique. La clarté de cet exposé en même temps que la diversité des thèmes qu'il aborde en font une présentation de premier ordre de la problématique Science et Théologie. Toutefois, un sentiment naît à la lecture du livre, celui de ne pas toujours bien voir « où est le problème ». Si J.P. n'évoquait pas, en guise d'introduction, les cas de Galilée et de Darwin, il serait souvent difficile d'imaginer les conflits qui ont traversé et traversent encore nos sociétés, lorsque s'affrontent les idées scientifiques et théologiques (ou religieuses). En revanche, l'apport ou simplement l'influence de l'un des deux domaines vis-à-vis de l'autre est bien mis en évidence ; de fait, dans cet ouvrage il s'agit avant tout des éclairages singuliers apportés par la science à des sujets théologiques centraux : le sens de la création, la conscience et l'activité humaines. Cette fois, ce sont les Terry Lectures (Yale University, octobre 1996) qui ont donné à J.P. la matière de ce livre24. Considérant qu'il avait déjà traité par ailleurs deux thèmes essentiels du domaine Science et Théologie (celui du rejet du réductionnisme par la science au nom du caractère holistique de la réalité et celui de la nécessité d'une théologie de la creatio continua pour tenir compte de la compréhension évolutionniste de l'univers), J.P. se propose de traiter trois autres thèmes de la même importance : le renouveau de la théologie naturelle, la place de la croyance dans la démarche scientifique et théologique, enfin la question des agents, tant humains que divins, dans la perspective d'une physique du process. J.P. développe deux idées principales : l'unicité de la connaissance et le partenariat possible entre la science et la théologie (il est plus question ici de théologie que de religion) dans la démarche rationnelle. Il qualifie de « cousines intellectuelles » ces deux disciplines et considère leur collaboration d'une manière plus équilibrée que dans l'ouvrage précédent : c'est dans une démarche analogue que la théologie traite de Dieu et la science de la nature. Dans un premier chapitre, J.P. se penche sur le renouveau de la théologie naturelle et des formes de croyance, à une époque marquée par la science (physique quantique, génétique, etc.) ; il souligne leur importance pour fonder une espérance pour l'humanité. S'appuyant ensuite sur la vision épistémologique de Thomas Kuhn, il prend comme exemples l'histoire des théories de la lumière et les débats théologiques qui ont abouti au Concile de Chalcédoine, pour analyser la manière dont s'élaborent les discours scientifiques et théologiques, au travers des tensions et des révisions, parfois radicales, conduisant à des solutions, qui demeurent souvent incomplètes (chap. 2). Celles-ci peuvent être analysées selon la théorie du chaos et la géométrie des fractales. C'est dans cette histoire que s'introduit l'action, humaine et divine, et de ce fait la causalité. J.P. critique la position de la process theology qui laisse Dieu aux marges de cette histoire. Il souligne la nécessité d'introduire les notions d'information et de temps. L'incarnation interdit toute forme d'atemporalité dans une approche holistique (chap. 3). Le dialogue doit s'établir entre sciences et religions, en y faisant intervenir davantage les sciences humaines et les sciences de la vie (chap. 4). Les deux derniers chapitres ne sont pas issus des Terry Lectures ; ils ont été rajoutés. L'un est un hommage aux mathématiques et à l'approche holistique à laquelle elles invitent (chap. 6). L'autre est consacré à la défense du réalisme critique qu'il estime possible en science comme en théologie, même dans une approche holistique (chap. 5). Si l'ouvrage précédent relevait du genre manuel, celui-ci serait plutôt un essai. Il en possède le caractère prospectif, brillant, mais aussi, il ne faut pas le cacher, celui de l'inachèvement. Les intuitions sont nombreuses, mais devraient encore être affinées ; l'exposé souffre parfois d'un manque de clarté, ce qui ne facilite pas toujours le dialogue. 22 Voir les recensions dans RSPT 75, 1991, 663-664 ; 78, 1994, 103-104 ; 80, 1996, 154. 23 John Polkinghorne, Science and Theology. An Introduction, London/Minneapolis, SPCK/Fortress, 1998 ; 15,6 x 23,4, 144 p. 24 John Polkinghorne, Belief in God in an Age of Science, New Haven/London, Yale University Press, 1998 ; 13,9 x 20,8, xv + 132 p. sur sciences et théologies reproduction autorisée pour DOMUNI référence Internet : http://biblio.domuni.org/revues/bt/ |