Recension
de Emmanuel PISANI, op
Cet
ouvrage se
veut être une présentation sommaire sous forme de
fiches
de l’histoire de l’islam, du Coran, du culte
musulman et
de la société islamique à
l’époque
contemporaine. Sa
lecture permettra au lecteur ignorant tout de la
religion du Prophète Muhammad
d’acquérir une
connaissance élémentaire de ses dogmes, de son
histoire, de ses courants de pensée. De
lecture facile,
l’ouvrage n’est cependant pas une introduction
à
caractère scientifique. Sa visée didactique et
schématique peut d’ailleurs conduire son auteur
à
quelques confusions. Relevons,
à titre d’exemple,
des
imprécisions terminologiques : ainsi, par exemple,
à
propos du shi‘isme,
l’auteur confond la wilâya
(exercice du pouvoir
« hérité »
du Prophète) et la walâya
qui désigne la qualité d’ami de Dieu
que possède
‘Alî et les imams ‘alides (p.
26) ; certaines
expressions brèves et commodes n’en sont pas moins
inexactes sur le plan historique : dire que les
shi‘îtes
zaydites s’arrêtent au cinquième
imâm (p.
27) est inexact historiquement parlant : d’une part,
nombreux zaydites n’ont jamais reconnu l’imamat du
quatrième imâm ‘Alî Zayn
al-‘Âbidîn,
et d’autre part, la doctrine zaydite de l’imamat ne
soutient pas le caractère héréditaire
de
l’autorité suprême et
reconnaît l’imamat
de la lignée hasanide (descendants d’al-Hasan)[1] ;
l’expression est parfois réductrice et
rend
imparfaitement compte des enjeux théologiques : concernant
l’existence de
« saints » en islam, la
question ne se limite pas à la présence de
marabouts
dans l’islam populaire, mais renvoie plus
profondément
au problème théologique de leur pouvoir
d’intercession
auprès de Dieu (p. 33). De
même, au sujet du
Coran, si
‘Uthman parvient à imposer une unique recension,
on ne
peut omettre de préciser qu’il existe dans la
tradition
orthodoxe sunnite, sept lectures (’ahruf)
différentes du Coran[2]
(p. 41). Quant
au mot imam, l’auteur rend imparfaitement
compte
de sa polyphonie : certes, le terme renvoie à celui
qui
« s’occupe de la mosquée, de
son organisation
et de son fonctionnement liturgiques » (p. 82), mais
il
peut aussi désigner celui qui a autorité sur une
discipline : tafsîr,
hadîth,
fiqh,
etc.,– en ce sens, les fondateurs des quatre
écoles
juridiques sont qualifiés d’imâms. De
même,
le terme peut être celui du titre
conféré au chef
de la communauté islamique ; il est alors
comparable à
celui de calife (khalîfa). Enfin,
l’analyse prend rarement en compte
l’émergence
d’une réflexion propre à un
« islam
occidental » et se restreint à la
présentation
des concepts médiévaux :
« pour les
musulmans, la planète se divise en trois zones bien
distinctes : le dar
el-islam,
maison de
l’Islam, le dar
el-Harb,
maison de la
Guerre et le dar
el-Sulh (ou
aussi dar
el-Ahd),
maison de la
Trêve ou de la Conciliation (…) On peut
aussi
remarquer que, dans cette conception religieuse quasi
géostratégique
établie en temps de guerre, la paix n’existe que
dans le
dar
el-Islam »»
(p. 28). C’est en grande partie exact, mais peut-on ignorer
l’élaboration depuis les années 1990
d’une
jurisprudence islamique propre à l’Europe ou aux
Etats-Unis (fiqh
al-aqalliyat)
promue
par des auteurs comme al-Alwani et al-Qaradâwî[3] ?
De même, que dire du concept médiatisé
de demeure
du témoignage (Dâr
ash-shahâda)
avancé par Tariq Ramadan qui vise
précisément, à
l’ère du « village
global », à
dépasser la classification
« sectaire et
inadéquate» héritée du moyen
âge[4] ? En
raison de ces confusions ou simplifications réductrices,
qu’il nous soit permis de préférer
l’ouvrage
de Samir Khalil Samir, qui dans le même format et
avec la
même ambition est une excellente présentation de
l’islam
et des enjeux contemporains auxquels il est affronté[5].
fr.
Emmanuel Pisani o.p.
[1]
Mohammad-Ali
Amir-Moezzi,
Christian Jambet, Qu’est-ce
que le shî’isme ?,
Paris, Fayard,
2004, p. 60-61.
[2]
Régis
Blachère, Introduction
au Coran,
Paris, Maisonneuve et Larose, 2002 (1959), pp.
103-135.
[3]
En
France, le
concept de droit de la minorité (fiqh
al-aqalliyat)
trouve un relais en la personne de Tareq Oubrou,
Recteur de la
mosquée de Bordeaux et Président de l'association
des imams de France. Voir notamment : Tareq Oubrou et Leïla Babès, Loi d’Allah, loi
des hommes, Paris, Albin Michel, 2002.
[4]
Tariq
Ramadan, Dâr
ash-shahâda,
Collection
‘‘Questions contemporaines’’,
Lyon, Tawhid, 2002,
p. 61.
[5]
Centro
di
Studi sull’Ecumenismo, Cento domande sull’islam,
Intervista a
Samir Khalil
Samir.
A cura di Giorgio Paolucci e
Camille Eid,
Marietti 1820,
2002, xiv - 226 pages. L’ouvrage traduit en plusieurs langues
européennes n’a malheureusement pas encore fait
l’objet d’une traduction française.
Présentation
par l'EditeurUn
spécialiste répond simplement et
brièvement aux grandes questions de
tout un chacun sur l’islam : ses fondements historiques, son
développement, ses textes et ses croyances, ses pratiques,
l’actualité
de cette religion et des musulmans en Europe et dans le monde. Antoine
Sfeir nous livre cinquante clés précieuses pour
dépasser la curiosité
parfois mêlée d’inquiétude,
pour découvrir, comprendre et vivre avec
l’islam, ce monde à la fois si proche et si
lointain. Antoine
Sfeir,
écrivain, politologue et journaliste français
d’origine libanaise, chrétien maronite, directeur
de la rédaction des Cahiers de l’Orient,
revue d’études et de réflexions sur le
monde arabo-musulman, président
du centre d’Études et de réflexion sur
le Proche-Orient, consultant
pour diverses émissions radio ou
télévisées sur les questions de
l’islam et du monde arabe. Ouvrage
édité en collaboration avec le magazine
Pèlerin
maj 24.04.2007
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